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PartenariatsComment le hockey peut inspirer Majid Pishyar

Le président du Servette FC crie au manque de soutien de la place genevoise. Aux Vernets, le club de hockey a dû multiplier ses implications pour devenir séduisant.

par
Thomas Dayer
Keystone

En un vibrant message, le président du Servette FC, Majid Pishyar, l'a regretté lundi: «Personne ne répond à notre appel pour donner au Servette cet appui et ce soutien financier vital pour le club.» Ces derniers temps, des factures impayées ou réglées tardivement ont avivé les craintes. Ainsi plusieurs employés n'ont-ils reçu leur salaire de décembre qu'en fin de semaine dernière. L'ASF et la SFL se préoccupent de cette situation.

A un jet de pierre de la luxueuse Praille se dressent les Vernets, vétuste écrin du Genève Servette Hockey Club. Ni Hugh Quennec, président, ni Chris McSorley, manager, ne veulent se poser en donneurs de leçons. Cette saison pourtant, alors que les Aigles traversent l'une de leurs plus mauvaises saisons depuis leur retour en LNA, le record de fréquentation de la patinoire a été battu. «J'aurai de la peine à vous trouver un billet pour les matches à venir», sourit Hugh Quennec. Certes, le club «grenat» ne peut incarner un modèle financier. La vente forcée de quelques leaders a traduit la gestion sensible d'une organisation dont le budget ne peut être comparé avec celui du Servette FC. Mais dont l'action pourrait inspirer Majid Pishyar.

«Payer ses factures à temps»

Chris McSorley a débarqué à Genève en 2001, poussé par le groupe américain Anschutz. Sa première saison en LNA, déjà, a débouché sur de bons résultats. Ils n'ont pas suffi à enflammer l'environnement. «Ce n'est pas étonnant, estime Luiggino Torrigiani, consultant en marketing sportif. Les victoires n'offrent pas un écho à un projet. C'est toute une philosophie qu'il faut partager.»

Chris McSorley se souvient de ses premières années dans la Cité de Calvin. «J'ai mis du temps à me faire accepter, témoigne-t-il. Cela nécessite un engagement total. Il faut commencer par payer ses factures à temps et faire savoir aux gens ce que vous êtes venu faire là, qui vous êtes, quels sont vos objectifs. Pour moi, ça a représenté près de dix années de labeur.» Un proche de Hugh Quennec s'en rappelle: «Il y a quelques années, lorsqu'on invitait des gens au match, ils pensaient qu'ils allaient voir du football. Aujourd'hui, on n'entend personne aux Vernets parler du Servette FC.»

«L'opacité ne rassure personne»

Ce qui prime? Le réseautage. «Les partenariats ne s'appuient pas que sur des questions d'argent, estime Philip Zimmerman, responsable de presse de Citroën Suisse. Ils se décident aussi en fonction d'affinités.» Aux yeux d'un conseiller en marketing travaillant sur La Côte, «Majid Pishyar cristallise trop l'attention en mettant en avant sa personne plutôt que son club. En outre, il est un mauvais payeur et l'opacité ne rassure personne. Pour être crédible, il faut tenir ses promesses. Enfin, la gestion de la communication est catastrophique.» Les valeurs véhiculées comptent pour tisser des alliances. «L'équipe première ne doit être qu'un porte-drapeau, analyse Luiggino Torrigiani. Un club doit démontrer son implication dans la société.» La marque du GSHC se vend ainsi dans plus de 120 manifestations, à travers ses entraîneurs, ses joueurs, ses mascottes. Elle se fraie un espace dans la communauté, par des actions dans les hôpitaux, les écoles. Elle s'associe à des causes. «Et dans le même temps, elle attire l'attention des hautes sphères en se profilant comme un produit de luxe, par l'engagement d'un directeur général issu de l'industrie horlogère», relève Jean-Loup Chappelet, directeur de l'IDHEAP.

Autrement dit, elle bosse dur dans l'ombre. «Nous avons davantage à faire hors de la glace que sur la glace, admet Chris McSorley. Mais je peux vous assurer que Genève est une ville de sport.» Majid Pishyar serait-il donc trop impatient à récolter les fruits de ses investissements? «Il faut d'abord faire ses preuves, lâche Hugh Quennec qui, encore une fois, pose un regard général sans juger la direction du Servette FC. En affaires, ce n'est jamais difficile. Il faut seulement se rappeler que rien ne tombe du ciel.»

L'EXPERT JEAN-LOUP CHAPPELET directeur de l'IDHEAP

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