Qatar 2022: Comment les arbitres vont s’y prendre pour vous séduire

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Qatar 2022Comment les arbitres vont s’y prendre pour vous séduire

Hors-jeu semi-automatique ultra-rapide, tolérance zéro pour les simulateurs, possibilité de compenser les pertes de temps sans gêne: le plan de marche des arbitres au Qatar est bâti pour réduire la frustration. Et dans les faits?

par
Florian Vaney
(Doha)
129 arbitres seront engagés à la Coupe du monde. Dont l’Américain Ismail Elfath.

129 arbitres seront engagés à la Coupe du monde. Dont l’Américain Ismail Elfath.

AFP

Les arbitres aussi entretiennent leurs marronniers. Prenez la chasse aux «tricheurs». Débusquer et sanctionner les adeptes de la simulation doit faire partie des lignes directrices de l’immense majorité des groupements de directeurs de jeu depuis des décennies. Pour un résultat qui étonne toujours lorsqu’un joueur peut tenter de s’inventer trois penalties par match sans jamais voir la couleur d’un avertissement. Alors a priori, il n’y avait pas à s’enflammer lorsque Pierluigi Collina, le célèbre président de la Commission arbitrale de la FIFA, a pris son ton le plus intraitable vendredi. «La simulation, c’est un manque de respect. Il a été demandé aux arbitres qui officieront ces prochaines semaines de se montrer particulièrement vigilants à ce niveau.»

Banalité d’usage? L’entraînement dispensé ce matin-là aux 129 arbitres triés sur le volet pour cette Coupe du monde nuance la perspective. Dans l’antre du Qatar Sport Club, l’un des clubs de première division qui partage son domaine le temps de l’événement planétaire, la séance se situe à mi-chemin entre football et pièce de théâtre. De toute évidence, il a été demandé aux deux équipes qui s’affrontent (composées de footballeurs locaux) de créer un maximum de contacts et de scènes litigieuses. Quitte à ce que les débats tournent à la parodie.

L’un des très nombreux «contacts» créés de toutes pièces pour entraîner les arbitres du Mondial à dissocier le vrai du faux.

DR

«C’est digne de Shakespeare en action», s’amuse un journaliste de la BBC à la vue d’un énième plongeon grossier qui fait à peine broncher le trio arbitral en exercice. Les mêmes schémas se répètent à foison. Soit un attaquant lancé en profondeur se laisse rattraper par le dernier défenseur adverse pour faire naître un duel. Soit un ailier rentre dans l’axe balle au pied, affronte et choisit systématiquement de s’écrouler une fois à hauteur de son vis-à-vis. 

La grande nouveauté: le hors-jeu semi-automatique

Derrière le procédé comique à observer de l’extérieur, l’idée est évidente: former les arbitres à dissocier le vrai du faux, la victime de l’abuseur. On est loin de la reproduction à l’identique des conditions d’un match de Coupe du monde, mais il y a là une intention. C’est déjà ça. Elle ne demande qu’à trouver écho dès dimanche, dans un univers nettement moins théâtral.

C’est peut-être ici que débute l’opération séduction des éternels mal-aimés du sifflet. D’ailleurs, l’intervention numéro 2 de Pierluigi Collina saura satisfaire le fan exigent. «On veut des arbitres qui comprennent le football.» Basique. Mais surtout révélateur de plusieurs ajustements de règlement sur lesquels pourraient buter la plupart des spectateurs des matches à venir ce prochain mois. Notamment autour de la grosse nouveauté: le hors-jeu semi-automatique.

Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres de la FIFA: «On veut des arbitres qui comprennent le football.»

Pierluigi Collina, président de la commission des arbitres de la FIFA: «On veut des arbitres qui comprennent le football.»

AFP

Vous voyez cette ligne du hors-jeu placée à hauteur du dernier défenseur, qui vous oblige à plus ou moins plisser les yeux en fonction de sa proximité avec l’attaquant adverse le plus proche? Oubliez-la. Ou plutôt, ménagez vos yeux et laissez faire la bête. Une puce à l’intérieur du ballon, 12 caméras dans chaque stade, des joueurs dont la position sera flashée 50 fois par seconde en 29 points de leur corps, le tout relié pour atteindre un résultat: que le hors-jeu devienne principalement une affaire électronique.

«La durée moyenne d’un check autour d’une situation incertaine de hors-jeu actuellement, c’est 70 secondes»

 Johannes Holzmüller, directeur de la division Innovations et Technologie de la FIFA.

Le remplacement de l’homme par la machine nourrit un idéal. Gagner du temps. «La durée moyenne d’un check autour d’une situation incertaine de hors-jeu actuellement, c’est 70 secondes», pointe du doigt Johannes Holzmüller, directeur de la division Innovations et Technologie de la FIFA. Durée qui promet d’être largement divisée au Qatar grâce à une alerte automatique à chaque situation fautive. Par combien? C’est là que la compréhension du football des directeurs de jeu intervient.

Un peu de football dans la soupe

La machine prend en compte la situation brute et finale. Elle laisse aux arbitres la responsabilité de ce qui a précédé. Un adversaire a-t-il coupé le hors-jeu en déviant le ballon? Volontairement? Involontairement? En étant complètement maître de ses mouvements ou forcé de prendre un risque majeur? Ce qui demeure du domaine de l’interprétation ne peut être confié à des robots. «De la même manière qu’un arbitre n’oublie pas de déjeuner, de dîner et de souper, il n’oublie jamais non plus de manger sa dose quotidienne de football pour s’entretenir.» La formule est du Suisse Massimo Busacca, directeur de l’arbitrage de la  FIFA.

Puisqu’il en est question, la chasse au temps perdu aussi est un marronnier du milieu. Dans la liste des priorités pré-Coupe du monde, elle semble apparaître en deuxième, juste derrière la protection de l’intégrité des joueurs. «La donne est la même qu’en Russie il y a quatre ans: il ne sera pas rare de vivre sept, huit ou neuf minutes d’arrêt de jeu en fin de match», promet Pierluigi Collina. Le mot d’ordre est compensation. Une célébration de but par exemple, c’est trente secondes. «Si le moment s’étend plus longtemps, l’arbitre a la consigne de rattraper le temps qui s’est perdu en fin de partie.» Pour que l’opération séduction fonctionne dans la pratique, il faudra s’y tenir.

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