Tennis: Comment les smicards du tennis suisse s'en sortent
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TennisComment les smicards du tennis suisse s'en sortent

Privés de tournois, les Genevois Antoine Bellier et Johan Nikles ont dû revenir vivre chez leurs parents pour joindre les deux bouts.

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Sport-Center
Antoine Bellier lors d'un match de Coupe Davis contre la Suède.

Antoine Bellier lors d'un match de Coupe Davis contre la Suède.

Keystone

Le week-end dernier, Swiss Tennis a annoncé que la fédération n’avait pas les moyens de soutenir financièrement ses joueurs et joueuses qui souffrent de l’arrêt total du circuit. «Non, nous ne sommes malheureusement pas en mesure d’aider tous nos joueurs et joueuses qui sont les victimes collatérales de cette pandémie du coronavirus», a précisé le président de Swiss Tennis, René Stammbach.

Contrairement à ce que font certaines fédérations voisines, les «smicards» suisses se retrouvent donc pour la plupart privés de toute rentrée financière depuis près de deux mois. Comment font alors ces indispensables sans-grade, qui consentent tant de sacrifices - pour, peut-être, un jour réaliser cet exploit qui leur permettrait de vraiment lancer leur carrière - pour joindre les deux bouts? Nous avons pu joindre deux d’entre eux, Antoine Bellier et Johan Nikles (tous deux âgés de 23 ans), pour faire un petit point de leur situation.

Occuper au mieux ses journées

«Pour l’instant je m’en sors, commence Antoine Bellier (544e ATP). Simplement parce que je n’ai plus mes habituels frais de voyages et d’hôtels et que je suis retourné vivre chez mes parents à Genève. Ce n’est bien entendu pas une situation idéale mais je m’y fais depuis quelques semaines. Du coup, malgré les contraintes et cette privation de tennis qui me pèse, le moral est plutôt bon. Le principal pour moi est de rester le plus occupé possible. J’y arrive finalement assez bien et mes journées passent sans que je m’ennuie.»

Un retour dans sa famille auquel Johan Nikles (500e ATP) s’est lui aussi plié. «À part un petit appartement en Espagne qui me coûte 300 euros par mois, je n’ai heureusement plus aucun frais, admet-il. Et comme j’avais quelques réserves, je ne me plains pas.» D’autant moins que le Genevois en a profité pour reprendre ses études. «En début d’année, je m’étais mis en tête de terminer ma Maturité fédérale et là l’occasion m’est donnée de m’investir pleinement dans mes études. Entre mes entraînements physiques - parfois concoctés par mon préparateur en Espagne et parfois selon mes propres envies - et les bouquins, mes journées sont bien remplis.»

Pour garder la forme, Antoine Bellier suit, lui, scrupuleusement un programme que lui a concocté son préparateur physique depuis la Suède, en espérant que cette situation ne se prolongera pas jusqu’à la fin de l’année. «Même si je pense pouvoir supporter financièrement une saison blanche, j’apprécie énormément les différentes initiatives destinées à soutenir les joueurs et joueuses moins bien classés. Notamment celle de Federer, Nadal et Djokovic de créer un fonds de solidarité qui verrait les 100 premiers du classement ATP aider ceux qui sont classés entre la 250e et la 700e place. Les 10'000 dollars que je pourrais recevoir représenteraient un gros bol d’air frais. L’initiative de Patrick Mouratoglou, qui plaide pour un salaire minimum pour tous ceux et celles dont le niveau leur permet de tenter leur chance sur le circuit, est elle aussi très intéressante. Cela fait vraiment plaisir de voir que des idées sortent durant cette période compliquée. Mais pour que les choses évoluent positivement, il est indispensable que ceux qui ont le pouvoir d’influencer le cours des choses s’impliquent, ce qui est heureusement le cas.»

L'espoir de vite rejouer en Suisse

Une solidarité des tout meilleurs qui a étonné positivement Johan Nikles. «Pour être sincère, je ne m’y attendais pas du tout. En général, le sort des «petits» joueurs ne fait pas partie de leurs préoccupations. Mais dans ces circonstances difficiles, ils font preuve d’une belle solidarité. Quant à ce salaire minimum que préconise Patrick Mouratoglou, je pense aussi que ce serait une bonne chose. Notamment pour les joueurs victimes de lourdes blessures. Un geste qui me semble d’autant plus réalisable que les moyens financiers existent. Il suffirait de distribuer un petit peu plus équitablement les gains.»

Si les deux hommes ont un peu de peine à imaginer un retour à une situation normale ces prochains mois, ils partagent le même espoir de livrer quelques belles batailles cet été déjà. «Il faut rester lucide et admettre qu’il ne nous sera pas possible de voyager à travers le monde avant la fin de cette année au mieux, soupirent-ils, mais la perspective de pouvoir disputer quelques compétitions en Suisse est, elle, envisageable. Comme, par exemple, de jouer les interclubs au mois d’août. Puis quelques tournois que Swiss Tennis envisage de mettre sur pied.»

Cela dit, et même s’ils devaient connaître une année blanche, ni Antoine Bellier ni Johan Nikles n’envisagent un instant d’abandonner le tennis pour une profession un peu moins à risques. «La motivation et la passion pour le tennis sont toujours intactes», assurent-ils. «Et puis, conclut Johan Nikles, notre sort est quand même enviable si on le compare à celui de nombreux tennismen étrangers. La qualité de vie que l’on trouve chez nous, en Suisse, nous permet d’envisager l’avenir avec plus de sérénité que beaucoup d’autres.»

André Boschetti

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