13.10.2020 à 08:46

Hockey sur glaceComment Moser est devenu la coqueluche de Bienne

Le défenseur seelandais est le meilleur compteur de la ligue à 20 ans seulement. Au-delà de l’anecdote, c’est également l’affirmation du potentiel de ce joueur que les Biennois viennent de prolonger jusqu’en 2024.

par
Grégory Beaud
Affublé du casque de Top scorer, le défenseur a marqué les esprits en ce début de saison.

Affublé du casque de Top scorer, le défenseur a marqué les esprits en ce début de saison.

KEYSTONE

Non, Janis Jérôme Moser ne va pas «tourner» à plus de deux points par match jusqu’au terme de la saison. Déjà parce que personne ne peut tenir une moyenne pareille et, surtout, parce que ce n’est pas son jeu. Jugez plutôt. En un soir à Langnau, «JJ» a doublé son total de buts en National League. De deux en 99 matches, il est désormais passé à quatre en 100 rencontres dans l’élite. La régression vers la moyenne va évidemment faire son apparition et l’arrière retombera sur terre. Mais l’occasion est tout de même belle pour s’arrêter sur le développement quasi exponentiel du gamin de Safnern, qui fait des merveilles depuis trois matches.

Prolongation de contrat jusqu’en 2024

Comme nous l’annoncions en septembre déjà, Janis Jérôme Moser a prolongé son contrat avec le club de la Tissot Arena. Le HC Bienne a paraphé une entente jusqu’en 2024 avec son ancien junior. L’accord entre le club et son défenseur se terminait au terme de la présente saison. Les autres clubs de National League avaient rapidement abandonné toute ambition de le recruter, tant il semblait évident qu’une prolongation allait intervenir tôt ou tard.

Par ailleurs, Kevin Fey s’est également engagé sur le long terme avec le HCB. Le capitaine a signé une entente jusqu’en 2025 avec Bienne. L’arrière de 29 ans avait débarqué dans le Seeland en 2013 après avoir évolué durant quatre saisons en LNB, à Ajoie.

Habituellement, lorsque le Top scorer du HC Bienne déborde sur une aile et fait trembler les filets, il s’agit de Toni Rajala. Mais en ce début de saison, le serial buteur finlandais a troqué son maillot distinctif à un invité surprise: Janis Jérôme Moser. Le défenseur de 20 ans le portait pour la première fois samedi soir à Langnau après avoir distribué quatre passes décisives lors des deux premiers matches des Seelandais. «C’était déjà cool de pouvoir mettre le casque avec les flammes, a souri le principal intéressé. Ensuite j’ai juste essayé d’aider l’équipe.» Et comment! L’arrière a ajouté deux buts et une passe décisive à sa moisson du début de saison.

Meilleur compteur de la ligue

Plus que les points, c’est surtout l’importance de ceux-ci qui a fait la différence. Dans l’Emmental, le défenseur a sorti son club d’une bien mauvaise situation puisqu’il a inscrit le but de la victoire en prolongation (4-5 ap). Plus tôt dans la soirée, il avait déjà aidé les Biennois à revenir au score après un départ chaotique. Avec ses sept unités au compteur, «JJ» est même devenu le meilleur compteur de National League. Rien que ça. Il devance de deux longueurs ses plus proches poursuivants. Pas de quoi le départir de sa sobriété. Il préfère revenir à des choses basiques: «Bien sûr que c’est cool. Mais je pense que nous avons perdu un point à Langnau. C’est décevant.»

La saison dernière, Moser avait totalisé neuf points en 40 matches. Son record en carrière. Autant dire qu’avec sept unités en trois rencontres, il part sur des bases hors-normes pour lui. Y a-t-il eu un changement drastique entre la saison 2019-2020 et 2020-2021? «Non je pense que rien n’a vraiment changé sur la glace. J’ai juste eu un été de plus pour travailler, ce d’autant plus que le dernier championnat s’était terminé rapidement. J’ai essayé de me concentrer surtout sur ma vitesse et ma force. Chaque année, tu essaies d’ajouter quelque chose à ton jeu.»

Biographie

KEYSTONE

Nom Janis Jérôme Moser

Date de naissance 6 juin 2000

Position Défenseur

Carrière Il a commencé sa carrière dans les mini A de Zuchwil avant de rejoindre le HC Bienne en 2012. Hormis de brefs passages à Tramelan ou Neuchâtel (14 et 2 matches), Moser a évolué durant toute sa formation dans le mouvement junior seelandais. Il a disputé ses premiers matches en National League lors de la saison 2017-2018. Durant le championnat suivant, il devient titulaire indiscutable à la Tissot Arena et ses bonnes prestations lui ouvrent les portes de l’équipe nationale. Lors du mondial 2019 à Bratislava, il dispute trois matches avant de se blesser.

En ce début de saison, il y a une évolution notable: le power-play. Lors de ses deux premières saisons dans l’élite, il était cantonné à un rôle exclusivement défensif. La supériorité numérique ne figurait pas (encore) à son programme. En tout et pour tout, il n’avait d’ailleurs griffé la glace à 5 contre 4 que durant 1’26’’ lors de ses 40 matches de la saison dernière. Depuis le début de l’actuel championnat, il joue à peine moins que Yannick Rathgeb dans cette situation avec 3’27’’ de présence par rencontre. Forcément, sa production offensive ne peut que s’en voir améliorée.

Cet été, Lars Leuenberger a repris le HC Bienne à la volée après l’annonce de la maladie d’Antti Törmänen. «J’ai rapidement appris à le connaître, a-t-il souri samedi soir après le victoire à l’Ilfis. Mais honnêtement il n’y a pas grand-chose à dire (rires). C’est un immense talent qui a accepté de travailler fort.»

Anders Olsson: «Il a tout pour jouer en NHL»

Anders Olsson a rejoint BIenne au début de la saison 2017-2018

Anders Olsson a rejoint BIenne au début de la saison 2017-2018

EQ Images

Au HC Bienne, Anders Olsson, entraîneur-assistant, s’occupe des défenseurs depuis quatre saisons. Et c’est donc lui qui a suivi de l’intérieur l’évolution de Janis Jérôme Moser. Interview avec, peut-être, celui qui est le moins surpris par ce début de saison en fanfare.

Anders Olsson, vous attendiez-vous à un tel début de saison de votre joueur?

Depuis mon arrivée à Bienne, j’ai eu la chance de suivre son évolution au sein du mouvement juniors puisque je participais aux entraînements deux fois par semaine. Je l’avais tout de suite remarqué, car on avait l’impression que c’était un adulte qui jouait avec des gamins tellement il était calme et toujours en contrôle. Jour après jour, j’ai pu suivre sa progression à mesure que sa confiance grandissait.

Pourquoi a-t-il franchi une étape cette année?

Il y a plusieurs points importants. Mais je pense surtout qu’en participant au camp de jeunes joueurs suivis par les Canadiens de Montréal, il s’est rendu compte de tout son potentiel. Que même s’il n’avait pas été drafté en 2019, la vie continuait. Je pense même qu’il a eu un surplus de motivation à travailler. Non pas qu’il en avait besoin (rires). Mais il y a désormais une envie supplémentaire de prouver aux franchises de NHL qu’elles ont eu tort de ne pas le sélectionner.

Ces sept points sont tout de même étonnants, non?

Oui, je ne peux pas vous contredire. Mais nous avions envie de lui donner une place sur le power-play. La saison dernière, Anssi Salmela tenait ce rôle. En engageant Petteri Lindbohm, un profil plus défensif, nous avions envie de lui faire confiance. Il a vraiment bossé dur pour y parvenir.

Ce calme sur la glace malgré ses 20 ans est une de ses forces.

Exactement. Sa maturité est assez épatante. A son âge, beaucoup de joueurs se contentent de faire ce que demandent les coachs. Janis Jérôme Moser est non seulement le premier sur la glace, mais aussi le dernier à en sortir. Il veut toujours progresser. Et comme il apprend rapidement, tout paraît simple. Les séances de vidéo sont révélatrices de cet aspect de sa personnalité. Il n’y a pas besoin de lui expliquer dix fois pour qu’il comprenne. Par ailleurs, il sait s’entourer. Depuis cet été, il est suivi par une prof de pilates. Ce renforcement musculaire le rend meilleur. Ce n’est pas tous les jours qu’un joueur de 20 ans prend à ce point soin de lui.

Quel est son potentiel?

Pour moi, il a toutes les qualités pour jouer un jouer en NHL. Va-t-il y arriver? Les places sont chères. Mais si on ne parle que du potentiel, je pense que c’est possible. Mais j’espère aussi que le HC Bienne pourra profiter de sa présence encore un moment (rires). En voyant son début de saison, je me demande toutefois s’il ne va pas taper ans l’oeil de certaines équipes…

Son développement est tel que l’intérimaire de luxe a placé Yannick Rathgeb au bout du banc samedi soir à Langnau. A la place, Janis Jérôme Moser a évolué durant plus de 20 minutes sur la glace. «Je n’étais pas content de Yannick, c’est un fait. Tout le monde doit être prêt, a martelé Leuenberger. Tout le monde doit le comprendre si nous voulons progresser en équipe. J’ai la chance de pouvoir compter sur sept ou huit bons défenseurs. Les meilleurs jouent, point. Il doit y avoir une culture de la performance.» Et une récompense au mérite dont a parfaitement su profiter Janis Jérôme Moser depuis le début de saison.

Leader par l’exemple

Thierry Paterlini a suivi de près son développement. L’actuel entraîneur de La Chaux-de-Fonds a emmené avec lui Janis Jérôme Moser pour son premier championnat du monde M18. C’était lors de la saison 2017-2018. «On voyait déjà à l’époque que c’était un joueur très spécial, s’est-il souvenu. C’est un défenseur complet qui travaille beaucoup.» L’ancien sélectionneur national l’avait nommé capitaine lors de certaines rencontres. Et ce n’était pas un hasard. «Ce n’est pas quelqu’un qui parle beaucoup dans le vestiaire, mais il a cette faculté à montrer l’exemple par un travail acharné lors de chaque entraînement.»

Il est très complet et n’a aucun manque dans son jeu. Il doit tout simplement continuer son développement de manière linéaire

Thierry Paterlini, ancien coach de Moser en équipe de Suisse M18.

Toujours est-il que Thierry Paterlini ne peut qu’être surpris par le début de saison de son ancien protégé. «Je ne pense pas que cela reflète vraiment le joueur qu’il est, précise-t-il. Il est très complet et n’a aucun manque dans son jeu. Il doit tout simplement continuer son développement de manière linéaire.» Le technicien voit toutefois une amélioration notable ces deux dernières saisons dans le jeu de Moser: «Son tir n’était pas aussi bon qu’il ne l’est aujourd’hui, avance-t-il. Il a énormément travaillé pour progresser dans ce domaine et les résultats sont déjà visibles même s’il a encore une certaine marge pour atteindre le top niveau.»

Épatant en équipe de Suisse

Il avait débarqué sus la pointes des pieds dans le vestiaire de l’équipe de Suisse «des grands», mais s’était fait une place à Bratislava.

Il avait débarqué sus la pointes des pieds dans le vestiaire de l’équipe de Suisse «des grands», mais s’était fait une place à Bratislava.

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Quelques mois après avoir disputé son premier championnat du monde M20, Moser était sélectionnée avec «les grands». C’était lors de la préparation en vue du championnat du monde 2019, à Bratislava. Condamné par quasi tout le monde à un recalage rapide, il avait surpris tout le monde pour s’assurer une place dans l’avion vers la Slovaquie. «Si je vous dis que je n’ai pas été surpris de voir un joueur de 19 ans évoluer avec l’équipe de Suisse, je vous mentirais, rigole Thierry Paterlini. C’était clairement une grande surprise pour tout le monde. Mais dans le même temps, cela prouve qu’il a une vitesse d’apprentissage hors du commun. C’est d’ailleurs l’un de ses atouts principaux.»

Lors des trois premiers matches, Moser avait fait forte impression avant qu’une blessure ne le force à quitter le navire. Benoît Pont était le coach vidéo en Slovaquie et se souvient bien de ses premiers pas dans ce nouvel environnement: «Si vous m’aviez dit trois semaines avant le championnat du monde qu’il serait présent, j’aurais vraiment été étonné. Mais après l’avoir observé lors des matches de préparation, je trouvais cela normal et mérité.» La principale force de Moser? «Il ne fait jamais d’erreur, détaille le Valaisan. Durant toute sa carrière, il a été surclassé et s’est à chaque fois adapté sans problème. C’est une sacrée qualité.»

Comparaison prestigieuse

S’il ne travaille pas avec lui spécifiquement en-dehors du cadre de l’équipe nationale, l’entraîneur spécialisé l’a tout de même profilé durant l’été. «Il n’a pas eu le même développement que Roman Josi, mais on peut y déceler des similitudes, explique-t-il. Pour schématiser, ils ont le même moteur. Ils se déplacent de manière similaire sur la glace. Ce n’est pas le plus explosif sur les premiers pas, mais une fois lancé, il a une bonne capacité à garder sa vitesse.» Evidemment, la comparaison avec Roman Josi ne veut pas dire qu’il est promis au même avenir que le meilleur défenseur de NHL. C’est surtout une typologie de joueur. «Pour lui, la prochaine étape se passe sur le plan offensif, poursuit-il. A 19 ans, Josi était déjà sur le premier power-play de Berne. Preuve qu’il était plus avancé que lui. Mais j’aime l’intelligence de Moser sur la glace.»

Evidemment la parenthèse dorée que constitue cette place au sommet de la ligue n’est pas censée s’éterniser. L’arrivée au premier de l’ancien junior du HCB, elle, devrait s’inscrire dans la durer.

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3 commentaires
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Pas vu, pas pris.

14.10.2020 à 07:37

Il n'y a que Rochette qui a vu ces défauts lors des derniers championnat du monde... il n'avait que des critiques à son égard. Par chance, ils y a de bon coach pour donner du temps aux jeunes et leur faire confiance.

Ici c est Bienne

13.10.2020 à 10:48

Hop!Bienne

Marcel Glovelier

13.10.2020 à 10:28

Moser est un joueur épatant qui ne fait jamais un pas en arrière. Deux points par match, ce ne sera tenable, mais il va finir la saison avec de très belles stats, j'en suis convaincu.