Football: Comment on fait si, mercredi, c’est fini?
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FootballComment on fait si, mercredi, c’est fini?

Ce mercredi, le Conseil fédéral tient une conférence de presse en milieu d'après-midi. Si les championnats de Suisse sont impossibles à terminer, on sacre et on relègue qui?

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Sport-Center
St-Gall, le dindon de la farce?

St-Gall, le dindon de la farce?

Keystone

La France a «montré la voie» mardi. Le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé que les saisons de football et de rugby professionnels étaient terminées et qu’aucun événement réunissant plus de 5000 personnes ne serait possible avant le début du mois de septembre prochain. Il devrait en être presque de même en Suisse, mais pour des rassemblements de plus de 1000 personnes. Les Sept Sages helvétiques pourraient ainsi faire des annonces décisives pour le sport du pays mercredi après-midi.

Alors que la Swiss Football League a prévu des plans de retour à l’entraînement et au jeu pour tenter de finir cet exercice 2019-2020 – et demandé de pouvoir laisser les joueurs au chômage technique, s’ils évoluent dans des stades à huis clos – auquel il manque 13 journées, le jeu de ballon va-t-il devoir lui aussi rester aux vestiaires? Et si le coup de sifflet final retentit lors de la conférence de presse du Conseil fédéral, on fait comment?

Voici quelques pistes pour établir les classements, en espérant que la SFL a de nombreux tours dans son sac. Et aussi de bons avocats!

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On fait comme les «petits»

Il y a une dizaine de jours, la Ligue Amateur a tranché dans le vif et soumis une proposition sans concession à l'ASF, qui doit encore la valider. La deuxième ligue interrégionale, les deuxième, troisième, quatrième et cinquième ligues, les championnats dames, seniors et juniors doivent être arrêtés et aucun titre, aucune promotion ni relégation ne seront offerts ou prononcés. Si ça se fait «en bas», ça peut se faire «en haut», au nom de l’«universalité du football».

Sauf que le sport déteste le vide et tant St-Gall, actuel leader de Super League et auteur d’une saison remarquable, ainsi que le Lausanne-Sport, qui survole la Challenge League, risquent de ne pas du tout aimer. Le hockey sur glace a osé faire ainsi et il n’y a eu ni champion, ni promu, ni relégué, au grand dam, certainement, des Kloten Flyers, par exemple.

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On fait comme si c’était fini

Plutôt que de décréter une saison blanche, on décide de faire comme si tout s’était terminé au soir du 23 février, puisque presque 64% des parties ont été jouées, et on assume que le sportif a rendu un verdict convenable. Le FC St-Gall est donc sacré champion à la différence de buts face aux Young Boys, tandis que Thoune est relégué à la différence de buts. Le Lausanne-Sport est quant à lui promu et tout le monde est content sauf les Bernois.

Mais là, des problèmes majeurs se posent: quid des barrages de promotion-relégation? Et est-il vraiment équitable de prendre en compte un classement, alors que les équipes n’ont pas affronté le même degré de difficulté, en ayant eu des adversaires différents lors du début du 3e tour, entre le 18 janvier et le 23 février? Faut-il qualifier le quatrième, Servette, pour l’Europa League puisque la Coupe n’a pas pu désigner un Européen?

Choisir cette solution ne semble pas être très «sportif». En prime, Vaduz était, ce soir-là, devant GC au classement. Pas sûr que la SFL souhaite laisser de côté si facilement un club historique avec un nouveau et riche propriétaire...

Classement après la 23e journée:

1. St-Gall 45 points (+20) 2. Young Boys 45 (+15) 3. Bâle 40 4. Servette 37 5. Zurich 32 6. Lucerne 31 7. Lugano 26 8. Sion 23 9. Neuchâtel 19 (-13) 10. Thoune 19 (-23)

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On joue la carte plus «sportive»

La SFL peut tout aussi bien décider que le classement qui reflète le plus la vérité de ce championnat 2019-2020 est le dernier où toutes les équipes se sont jouées deux fois, au soir du 15 décembre 2019 et d’un nul 1-1 entre le FC Sion et Neuchâtel Xamax. Dans ce cas-là, le trio de tête est inchangé, mais bouleversé, puisque ce sont les Young Boys qui seraient alors premiers, devant Bâle et St-Gall.

Pas de changement en revanche en bas de classement, où Thoune était dernier et potentiellement relégable, alors que Xamax était déjà barragiste. «Avantage» pour la SFL, en Challenge League, les deux «gros» LS (39 points) et GC étaient premier et deuxième (33), loin devant Kriens (28). De quoi éviter quelques tourments juridiques pour la suite.

Classement après la 18e journée:

1. Young Boys 38 points 2. Bâle 36 3. St-Gall 35 4. Zurich 30 5. Servette 27 6. Lugano 21 7. Sion 21 8. Lucerne 18 9. Neuchâtel 14 10. Thoune 9

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Quand même des barrages et une Coupe?

En assumant qu’un des deux classements ci-dessus soit pris en compte, il reste tout de même deux cas majeurs à traiter: que faire avec les barrages de promotions-relégations et des sept matches restant à jouer en Coupe de Suisse? Peut-on imaginer que ces trois «journées» de Coupe et les deux parties entre l’avant-dernier de Super League et le dauphin de son antichambre puissent avoir lieu au début de la saison prochaine, à huis clos par exemple?

L’équité sportive, là aussi, en prendrait un sacré coup. Puis que le marché des transferts de l’été risque d’être passé par-là et qu’il est difficilement concevable que l’équipe sacrée, promue ou reléguée n’ait plus grand-chose à voir avec celle qui a débuté l’exercice. On pourra nous rétorquer que cela se fait déjà et qu’on appelle ça le mercato d’hiver.

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Et les qualifiés pour les Coupes d’Europe?

Il y a une semaine, l’Union européenne de football a commencé à se faire à l’idée que tous les championnats ne pourraient pas se terminer et atténué la pression qu’elle avait mise à ce propos. Plutôt que la première rumeur qui a évoqué un repêchage des clubs pour les prochaines Coupes d’Europe selon leur coefficient UEFA compilant les résultats des dernières années, l’institution nyonnaise a mis en avant le «mérite sportif».

«La procédure de sélection des clubs devrait être fondée sur des principes objectifs, transparents et non discriminatoires. Les associations et ligues nationales devraient sinon avoir la possibilité de décider des places finales dans leurs compétitions nationales, compte tenu des circonstances spécifiques de chaque compétition.» Donc sans doute selon les mêmes critères que ci-dessus.

Y a-t-il une bonne solution? Se poser la question est y répondre. Dans tous les cas, il y aura des lésés et des heureux et la Swiss Football League devra faire preuve d’une sacrée «suissitude» pour faire l’unanimité. Ou, à défaut, au moins pas trop de mécontents.

Robin Carrel

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