Neuchâtel: Comment un haricot perçoit l’attaque d’une chenille!
Publié

NeuchâtelComment un haricot perçoit l’attaque d’une chenille!

Épaulés par l’Université de Neuchâtel, des scientifiques américains ont identifié le récepteur chimique qui prévient le légume de la présence d’un ravageur herbivore. L’agriculture profitera de cette découverte.

par
Vincent Donzé/communiqué
Une chenille ravageuse Spodoptera exigua sur une feuille de haricot.

Une chenille ravageuse Spodoptera exigua sur une feuille de haricot.

Thomas Degen

Avec l’aide de scientifiques de l’Université de Neuchâtel, des chercheurs de Californie et de l’État de Washington ont identifié le récepteur chimique qui avertit le haricot d’une attaque de chenille herbivore! C’est grâce à la signature provenant de la salive du ravageur que la plante peut se préparer une défense chimique naturelle appropriée.

Ce résultat fait l’objet d’une publication dans la prestigieuse revue PNAS. La première étude démontrant que les plantes réagissaient à l’attaque des chenilles a été faite par le professeur Ted Turlings il y a trente ans, alors qu’il était doctorant à l’Université de Floride. Or, Ted Turlings est aujourd’hui directeur du Centre de compétence en écologie chimique de l’Université de Neuchâtel.

Bouclé la boucle

Heureux d’avoir participé à une première, Ted Turlings juge sa contribution modeste mais il relève qu’il est «bon de voir que nous avons bouclé la boucle depuis l’observation initiale selon laquelle les chenilles induisent des réponses de défense des plantes».

«Nos collègues américains et nous-mêmes avions déjà identifié des éliciteurs spécifiques dans les sécrétions buccales des chenilles. Aujourd’hui, plusieurs décennies plus tard, le premier récepteur végétal qui permet aux plants de haricots de percevoir un tel éliciteur a été caractérisé par nos collaborateurs», détaille le scientifique.

Le groupe de recherche de Neuchâtel s’est surtout concentré sur la façon dont l’alimentation des chenilles déclenche la libération de composés volatils spécifiques chez les plantes. L’odeur qui en résulte a une fonction indirecte de défense des végétaux en attirant les ennemis naturels des chenilles, comme des guêpes parasites (qui vont déposer leurs œufs dans la chenille ravageuse) et les insectes prédateurs (qui vont manger le ravageur de la plante).

Odeurs différentes

Les odeurs sont légèrement différentes pour les différents insectes et peuvent également être déclenchées par des infections pathogènes. La recherche actuelle, qui s’inspire du résultat publié aujourd’hui, vise à développer des capteurs capables de détecter les odeurs des plantes sur le terrain. Ces capteurs pourraient informer les agriculteurs de la présence de parasites et de maladies, bien avant qu’ils ne puissent nuire gravement à leurs cultures.

«Cela permettra aux agriculteurs de prendre des mesures spécifiques au bon moment et au bon endroit, et pourrait limiter considérablement le besoin de pesticides synthétiques», explique Ted Turlings. La découverte d’un récepteur spécifique dans les plantes de haricot permettra de reproduire ou de créer des plantes qui réagissent plus fortement et résistent ainsi mieux aux attaques des insectes.

Votre opinion

1 commentaire