Football: Comment Xamax a fait taire ses détracteurs

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FootballComment Xamax a fait taire ses détracteurs

En s'imposant 1-0 à Lugano, les Neuchâtelois ont laissé deux équipes derrière eux. L'émergence de nouveaux leaders explique en partie leur renouveau.

par
Sport-Center

Christian Binggeli, son président, ne manque pas une occasion de le rappeler: son Xamax n'a pas beaucoup d'argent à dépenser, ce qui l'oblige à faire en fonction de ses moyens limités. Voilà qui se répercute à tous les niveaux, à commencer par un recrutement plus ciblé, sans doute assez loin de correspondre au standing de la Super League.

Cela se traduit aussi dans des secteurs a priori moins impactant mais contribuant au bien-être de la vie d'une équipe et, dans le cas présent, de la meilleure façon de préparer un rendez-vous aussi important que celui qui attendait dimanche après-midi la lanterne rouge au Tessin.

Alors que n'importe quelle autre formation appartenant à l'élite ayant joué à Lucerne le jeudi soir aurait très probablement prolongé son voyage jusqu'au sud des Alpes afin de s'y préparer (en évitant des heures de car astreignantes), Xamax a d'abord songé à ses finances. Pour lui, le voyage de Lucerne à Lugano est donc repassé par la case Neuchâtel. Un retour à la maison bien davantage dicté par le souci d'économiser deux nuits d'hôtel que par la possibilité offerte de goûter – même de loin! - à l'ambiance de la Fête des Vendanges. Ainsi, ce n'est que samedi que Xamax a pris la route pour Lugano et une nuit passée à l'hôtel Colorado, un trois étoiles proche du centre-ville.

Ces derniers jours, le car «rouge et noir» a donc beaucoup sillonné les autoroutes du pays mais nul doute que les derniers 300 km parcourus, ceux du retour depuis Lugano, ont été parcourus avec une légèreté compréhensible, voire dans une certaine allégresse. Conséquence d'une première victoire fêtée contre une autre équipe de Super League, ce qui n'était plus arrivé aux Neuchâtelois depuis le 5 mai dernier, lors de la 32e journée (2-0 à Thoune).

Alors oui, Xamax compte peut-être ses sous, ou tout au moins en est-il proche, mais ce qu'il a montré au Cornaredo, où ses joueurs se sont cette fois dépensés sans compter, démontre au moins deux choses. D'abord que l'équipe vaut sans doute beaucoup mieux que les tristes prévisions auxquelles une majorité d'observateurs la condamnaient déjà avant le coup d'envoi du championnat.

Ensuite, il est bon de se rappeler que tout découle souvent de l'attitude - positive, encourageante, crispante, suspecte, etc. -, suivant ce que l'on a choisi de faire de son rendez-vous. Or au Tessin, Xamax a joué exclusivement pour gagner, Joël Magnin n'hésitant pas pour cela à prendre quelques risques courageux (comme celui de remplacer Haile-Selassie par un autre attaquant en deuxième période, alors que la pression tessinoise s'accentuait pourtant) et il a fini par en être récompensé.

Voilà qui tranchait avec l'attitude défaitiste rencontrée trois jours plus tôt à Lucerne où les visiteurs avaient surtout joué pour ne pas perdre, ce qui ne leur avait guère réussi au bout du compte puisqu'ils avaient effectivement perdu. Quand on a la chance de disposer de footballeurs dans ses rangs, il parait vain et surtout illusoire d'espérer en faire uniquement des combattants de la lutte aux crampons.

L'«avènement» de Corbaz, les buts de Karlen

Mais il n'y a pas que cela. Par rapport à la saison dernière où il pouvait se reposer uniquement sur ses cadres (Walthert, Oss, Nuzzolo pour n'en citer que trois), Xamax possède aujourd'hui une marge de manœuvre qui s'est considérablement élargie, d'où une marge de progression sans doute plus intéressante que voici douze mois à pareille époque. Si les anciens répondent toujours présent, ils ne sont plus seuls, désormais rejoints par l'apparition de nouveaux leaders.

On pense par exemple à Thibault Corbaz, en passe de changer de statut pour s'imposer comme un titulaire indispensable au milieu du terrain, ce qui était loin d'être le cas la saison passée, une saison qu'il avait terminée au mieux sur le banc au pire dans les tribunes. S'il demande bien sûr confirmation, son «avènement» est le symbole du nouveau Xamax, peut-être moins technique mais pas moins travailleur, où il importe de transpirer avant de songer à briller, l'un n'excluant plus l'autre.

Un raisonnement identique vaut pour Gaëtan Karlen, dont le potentiel tardait à s'exprimer au point que d'aucuns commençaient même à douter de ses réelles qualités de finisseur. Parfois moqué pour sa nonchalance, l'attaquant valaisan est pourtant en passe de faire taire ses détracteurs - Nuzzolo n'est plus seul à pouvoir marquer des buts. L'émergence de Corbaz et Karlen s'accompagne des progrès spectaculaires d'un Léo Seydoux dont l'audace percutante sert les intérêts neuchâtelois.

Il en résulte une douce inconscience qui se répercute sur l'ensemble du groupe. Joël Magnin lui-même a vu que son message passait, qu'il possédait des leviers pour emmener ses joueurs dans la plus folle des aventures – assurer le maintien, voire plus si entente.

En manque de dénominateur commun, Xamax se cherchait une identité. Même si tout demeure bien sûr fragile pour la désormais ancienne lanterne rouge, il semble l'avoir trouvée de l'autre côté du Gothard au moment où Servette abandonnait quelques certitudes supplémentaires en s'inclinant devant son public contre Zurich. Attendues samedi, les retrouvailles des deux promus - l'ancien et le nouveau – promettent d'être savoureuses. Deux dynamiques se croiseront-elles à la Maladière?

Nicolas Jacquier, Lugano

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