Football: Commentaire: au FC Sion, les vrais coupables sont les joueurs

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FootballCommentaire: au FC Sion, les vrais coupables sont les joueurs

Exit Henchoz, au suivant! S'il veut sortir de cet engrenage malsain, le club de Tourbillon doit radicalement changer de politique. Le veut-il?

par
Sport-Center
Lorsqu'il a pris le FC Sion en main en juin dernier, Stéphane Henchoz avait encore l'adhésion de ses joueurs.

Lorsqu'il a pris le FC Sion en main en juin dernier, Stéphane Henchoz avait encore l'adhésion de ses joueurs.

Keystone

En Valais, le Totomat continue de dicter son implacable loi. La défaite du Kybunpark, où le FC Sion a été humilié samedi par un formidable FC Saint-Gall, a été celle de trop pour Stéphane Henchoz, qui a préféré s'en aller en pensant à son image plutôt que de se faire virer moins de six mois après avoir pourtant été accueilli comme l'homme de la situation.

Au lieu d'aller à l'encontre de tout ce que tout le monde pressentait, ce qu'il aurait été possible de faire en sanctionnant par exemple ses présumés leaders, Christian Constantin a choisi la facilité en acceptant un nouveau changement de banc. Avec, au-delà de l'aspect purement cosmétique (démission/limogeage) et des conséquences financières que cela entraîne, un scénario bien rôdé, sans surprise ni rebondissement. Mais un scénario toujours identique, devenu bien trop lassant au fil des années à force de se répéter.

Samedi soir déjà, Stéphane Henchoz renvoyait l'image d'un technicien résigné, le regard inexpressif, presque hagard, conscient de ne plus pouvoir échapper à son triste sort. Dans un rôle d'intérimaire, le sauveur de Xamax avait déjà dû avaler quelques couleuvres ce printemps, à la Maladière, en se faisant «doubler» par Joël Magnin pour le poste fixe de No 1 – d'autres que lui, en pareilles circonstances, auraient claqué la porte. Mais l'homme s'est accroché à sa mission, ce dont on ne le remerciera sans doute jamais assez du côté de Neuchâtel.

Henchoz a voulu sortir les joueurs de leur confort

A Tourbillon, la nomination, lundi dernier, de Christian Zermatten dans un rôle de super adjoint a constitué un autre désaveu. Tout comme la présence de Christian Constantin, venu constater lui-même les dégâts jusque sur le banc à Saint-Gall, ce qui ne peut se produire qu'au FC Sion et certainement dans nul autre club au monde.

Mis sous tutelle ces derniers jours, Stéphane Henchoz a certainement commis des erreurs dans sa communication. Trop souvent, le coach d'une équipe de Super League qu'il était s'effaçait, pour laisser parler le consultant TV d'une soirée de Ligue des champions. Ses critiques appuyées ont peut-être pu blesser ceux à qui elles étaient destinées. Difficile ensuite, dans ces conditions, de prôner l'union sacrée. La stratégie qu'il a voulu appliquer - faire du Xamax en Valais, en négligeant l'aspect offensif du jeu - a aussi fini par se retourner contre lui.

Au-delà des chiffres, le vrai problème est celui des joueurs eux-mêmes, lesquels, dès qu'ils posent un pied à la «Porte d'Octodure» se complaisent dans un confort douillet n'incitant pas au surpassement de soi. Très bien payés en regard des prestations offertes, ils ne font que profiter du système mis en place pour mieux fuir les responsabilités qui devraient être les leurs. En ce sens-là, ils se comportent au mieux comme des «fumistes», au pire comme des tricheurs. Parce qu'aucun d'entre eux, faute d'identification, n'aime le FC Sion comme peuvent l'aimer ses fans. Car on peut être un mercenaire et avoir malgré tout la reconnaissance du ventre. Gageons qu'ils passeront tous une excellente journée en ce gris dimanche de novembre – peu importe qu'ils aient gagné ou perdu la veille.

A son arrivée, Henchoz avait pourtant essayé de faire bouger la ligne de front. On l'avait ainsi vu mettre en place des exigences plus élevées, ce qui avait obligé les joueurs à sortir de leur zone de confort. Durant quelques semaines, l'entraîneur avait même été suivi par le vestiaire. Des «efforts» plus soutenus que ses protégés ont, de manière très insidieuse, cessé progressivement d'entreprendre pour privilégier la culture de la plainte. Jamais assez cela, toujours trop ceci et en fin de compte jamais contents. Sans que cela puisse être démontré, le départ abrupt de Valon Behrami a peut-être contribué à semer la zizanie parmi le clan proche de l'ancien international.

Quel que soit le prochain entraîneur qui s'assiéra sur le banc de Tourbillon, rien ne changera pour autant: les joueurs continueront à n'en faire qu'à leur tête et le cirque continuera. A moins d'opérer un virage à 180 degrés et d'accepter un nouvel horizon. Pour retrouver une équipe qui, faute de dénominateur commun, n'existe pas sur le terrain, le FC Sion doit radicalement changer de politique, miser à l'avenir sur de jeunes espoirs locaux, qu'il suffirait d'encadrer, ce qui contribuerait déjà à rapprocher le club de son public. En Suisse, l'exemple à suivre existe déjà. Il n'y aurait qu'à imiter pour cela le FC Saint-Gall, dont la politique régionale est l'exact opposé de celle du FC Sion qui, à force de brasser à tous vents, en a perdu son identité valaisanne.

Moins de coups de bluff, moins de transferts prétexte ou parfois carrément bidon pour plus d'authenticité? Le défi aurait de quoi séduire, qui donnerait naissance à un autre FC Sion. Moins clinquant, mais davantage respecté, aimé peut-être aussi.

Demeure une question: son boss le souhaite-t-il? Et là...

Nicolas Jacquier

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