Football en Suisse – Commentaire: cette fois, il faudra aller plus vite que la musique
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Football en SuisseCommentaire: cette fois, il faudra aller plus vite que la musique

L’assemblée de la Ligue, durant laquelle les Romands ont joué placé, a mis en évidence le désir de changement exprimé par les clubs. Après les promesses électorales, on attend des actes.

par
Nicolas Jacquier
Lors de l’assemblée de la Swiss Football League, les clubs ont voté en faveur d’un changement.

Lors de l’assemblée de la Swiss Football League, les clubs ont voté en faveur d’un changement.

Urs Lindt/freshfocus

Il n’y a pas eu d’improbable renversement de tendance, ni de nuit des longs couteaux. Réunis vendredi en assemblée à Ittigen, dans la banlieue bernoise, les représentants des vingt clubs de Swiss Football League ont porté à leur tête l’un des leurs. Philipp Studhalter, avocat d’affaire de 45 ans, était l’unique favori pour succéder à Heinrich Schifferle, en poste depuis 10 ans. Il l’a emporté sans coup férir ni surprise avec un score à faire rougir le régime de Pyongyang.

Dans l’isoloir, l’ancien boss du FC Lucerne a ainsi été largement plébiscité. A la Maison du Sport, il n’y a d’ailleurs pas eu de match tant le verdict était acquis d’avance et l’opposition réduite au silence. Les quelques – trop raresvoix discordantes, appelant à un changement radical de direction afin de dépoussiérer une Ligue sclérosée à leurs yeux, n’ont rencontré aucun écho. Ceux qui rêvaient d’un coup d’Etat en imaginant naïvement pouvoir imposer un coup de force en ont été quitte pour remballer leurs arguments. Pour la révolution, il faudra encore patienter.

Un grand coup de balai

Pour autant, cela ne signifie pas que l’immobilisme l’a emporté dans les urnes. Cela s’est surtout vérifié s’agissant de l’élection au comité de la SFL, où la bataille a fait rage entre les 12 candidats briguant l’une des huit places. Au final, un grand coup de balai a éjecté les sortants Ancillo Canepa (FC Zurich) et Jean-François Collet (Xamax), l’un et l’autre victimes de la volonté affichée par les clubs d’imposer de nouvelles têtes. Le revers que l’ancien président du LS a encaissé est particulièrement cruel, s’ajoutant à celui qu’il avait déjà subi voici deux ans lorsque le Vaudois avait été balayé lors de l’élection à la présidence de l’ASF à laquelle il s’était présenté.

Au jeu de stratégie mis en place ce vendredi, les clubs latins, sous-représentés jusque-là, ont fait très fort en plaçant trois des leurs: Richard Feuz (Servette), Marco Degennaro (Yverdon) et Michele Campana (Lugano). Un tir groupé venu récompenser un travail de conviction entrepris afin de dénicher des alliances.

Des contours encore flous

Partis en ordre dispersés et allant jusqu’à afficher leurs divergences au grand jour, les clubs romands ont habilement su manoeuvrer en coulisses. Alors qu’on les pensait divisés, un objectif commun – celui de pouvoir décanter les choses – a fini par les réunir au-delà de leurs différences.

Symbolisant une volonté de changement, le renouvellement du comité (avec l’arrivée de cinq nouveaux membres) n’a rien d’un aboutissement. Considérons-le plutôt comme le point de départ d’une nouvelle ère dont les contours, encore flous, restent à définir.

Sécurité, introduction de billets nominatifs à l’échelle helvétique dès la saison prochaine, formule de championnat à redéfinir, etc: les sujets chauds - et de fâcherie - ne manquent pourtant pas. La restructuration du fonctionnement même de la Ligue, attribuant de nouvelles compétences à son président ainsi qu’à l’organe de contrôle, devrait favoriser davantage de pragmatisme dans les relations restées souvent troubles entre la base (les clubs) et le sommet de la pyramide (comité). C’est ce devoir de représentativité qu’il va falloir garantir.

Message sans ambiguïté

A Ittigen, dans une élection s’apparentant aux états généraux du football suisse pour ce qui concerne les thèmes abordés, chacun était bien conscient de l’importance du moment et de ce qui s’était tramé au fond des urnes. A cet égard, les représentants des clubs ont lancé un message clair, sans ambiguïté, qu’il convient désormais de mettre en pratique. Plus question pour eux de se laisser manipuler ou bercer par des discours de campagne. Les vagues promesses électorales, résonnant souvent creux, ne suffiront pas, les sourires de façade et les tapes amicales non plus; il faut leur associer des actes concrets afin de répondre à l’attente des clubs. C’est à laune des projets réalisés que l’on jugera l’action des nouveaux dirigeants du football helvétique.

Parce que désormais, il importe de traduire urgemment la volonté de renouveau exprimée dans les urnes. En allant pour une fois plus vite que la musique. On sait déjà que des dossiers vont bouger. Les premiers mois de la présidence Studhalter diront dans quel ordre et au bénéfice de qui.

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