Football - Commentaire: Comment Vladimir Petkovic est devenu un loser à Bordeaux
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FootballCommentaire: Comment Vladimir Petkovic est devenu un loser à Bordeaux

En quelques mois, Petko est passé du statut de sélectionneur qui gagne à celui de coach qui perd. Après la déroute des Girondins, humiliés 6-0 à Rennes, seul son contrat semble encore le protéger.

par
Nicolas Jacquier
A Rennes, Vladimir Petkovic n’a jamais trouvé la parade pour empêcher Bordeaux de sombrer (6-0). Son bilan intermédiaire ne compte que trois victoires et huit nuls contre déjà dix défaites.

A Rennes, Vladimir Petkovic n’a jamais trouvé la parade pour empêcher Bordeaux de sombrer (6-0). Son bilan intermédiaire ne compte que trois victoires et huit nuls contre déjà dix défaites.

AFP

L’été dernier, les doutes avaient surgi au moment même de sa nomination à Bordeaux et de sa volonté d’abandonner l’équipe de Suisse, qu’il venait pourtant de hisser en quart de finale de l’Euro. Tant le choix de la destination, jusqu’aux yeux du profane, paraissait incompréhensible. Mais qu’allait donc faire Vladimir Petkovic dans cette galère, sinon y percevoir un salaire que les dirigeants helvétiques n’étaient pas en mesure de lui offrir?

A ce moment-là, c’est bien l’argument financier qui a convaincu le sélectionneur de répondre aux sirènes de la L1. Nouveau propriétaire des Girondins, Gérard Lopez ne s’y était pas trompé à l’époque sur la meilleure façon de réussir à débaucher l’ancien coach national; il est difficile de résister à un salaire annuel estimé à 2,5 millions de francs - un contrat de surcroît «blindé» jusqu’en juin 2024. Une folie pour un club tombé dans la précarité, au bord du dépôt de bilan quelques mois plus tôt.

A Bordeaux, on misait sur l’effet Petkovic pour restaurer le lustre d’antan, relancer une institution en perdition. Or, cet effet-là ne s’est jamais produit. Pire: la saison 2021-2022 ressemble à une chute sans fin - voici Bordeaux condamné à une 19e place qui en fait un relégué en ce début d’année. Alors qu’il possède la plus mauvaise défense des cinq grands championnats européens (avec 50 buts encaissés en 21 parties), seule la faiblesse de l’opposition dans l’Hexagone l’autorise à entrevoir des jours moins sombres.

Le capitaine écarté

Huit jours après la défaite «historique» subie à domicile contre Marseille, vécue comme un affront par les supporters girondins si l’on sait que les visiteurs ne s’étaient plus imposés au bord de la Garonne depuis 44 ans, Bordeaux a bouclé la semaine avec une roue de vélo en étant humilié un set à zéro (6-0) par une équipe de Rennes qui restait sur trois revers consécutifs. Entre-temps, les dirigeants ont fait le ménage en écartant plusieurs joueurs du groupe pro, dont le capitaine Laurent Koscielny, payant à la fois son manque de leadership supposé et une fiche de paie exorbitante apparemment bien réelle.

«On a mal commencé, la fin a été pire. Les joueurs ont eu peur d’eux-mêmes, je n’ai pas réussi à les libérer de cette peur»

Vladimir Petkovic, après la correction subie à Rennes ce dimanche

Alors qu’au Roazhon Park, Vladimir Petkovic devait prendre sur lui la responsabilité de cette nouvelle déroute – «On a mal commencé, la fin a été pire. Les joueurs ont eu peur d’eux-mêmes, je n’ai pas réussi à les libérer de cette peur», devait-il convenir, son président s’en est ouvertement pris à l’équipe dans le vestiaire.

Devant pareille faillite sportive, on peut légitimement s’interroger sur les raisons ayant conduit à pareil fiasco pour un homme ayant mis la France à genoux à l’Euro. Pourquoi le sémillant Petkovic échoue-t-il après avoir aussi bien réussi sur le banc helvétique? Sans doute ce décalage traduit-il autant sa méconnaissance d’un championnat dont il ignorait tout quelques mois plus tôt que la différence notoire existant entre les deux fonctions. Tant le rôle d’un sélectionneur, retrouvant ses internationaux à intervalles réguliers, diffère fondamentalement de celui d’un entraîneur, travaillant au quotidien avec un matériel «humain» lui aussi différent.

Il ne maîtrise pas le français

Dans le Sud-Ouest, la différence est encore accentuée par le fait que le technicien aux trois passeports ne maîtrise toujours pas, ou alors très sommairement, le français, un facteur pourtant d’intégration linguistique - il y a lieu de s’enquérir pourquoi.

Accessoirement, il importe de se demander si une équipe qui gagne - la «Nati» au hasard - ne tournerait pas de toute manière, peu importe l’identité de celui qui en aurait la charge. Le «grand coach» ne révélerait ainsi tout son potentiel qu’en s’aventurant sur des terrains minés et en parvenant à redresser des situations perdues. Une théorie qui, si elle devait être appliquée à Petkovic, en atténuerait aussitôt le pedigree.

Arrivé en Nouvelle-Aquitaine précédé d’une flatteuse réputation, en étant perçu comme l’homme qui allait offrir aux Marines un nouveau départ, Vladimir Petkovic devait rapidement gaspiller tout son crédit. Vu de l’extérieur, son déclin semble pathétique. Le voici sous pression, dans une position que d’aucuns jugent intenable au moment où les appels à démissionner se multiplient.

Assurance tous risques

Il nous étonnerait que Petko cède à la vindicte populaire, comme il serait surprenant que son président choisisse de s’en séparer, compte tenu du prix que coûterait son départ.

Alors oui, fragilisée par ses échecs à répétition, la position de l’ancien entraîneur à succès de l’équipe de Suisse peut paraître bien incommode. Paradoxalement, elle n’a peut-être jamais été aussi confortable, tant le coach possède une assurance tous risques en étant assis sur un contrat en béton, plus solide que sa défense.

Alors que sa tête est mise à prix, l’accusé Petkovic a quitté Rennes en s’accrochant à son signe astrologique, le fait d’être un Lion, un «battant qui ne lâche jamais», promettait-il. Pour l’heure, le Lion sommeille et Bordeaux poursuit son hibernation. Pour la réception dominicale de Strasbourg (7e), le pensionnaire du Matmut Atlantique devra afficher un tout autre instinct de survie et trouver d’autres énergies pour calmer l'exaspération des fans girondins, trompés sur la marchandise. Et faire d’un loser un entraîneur qui sait encore gagner.



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