Tennis – Commentaire: Djokovic et le sentiment de malaise
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TennisCommentaire: Djokovic et le sentiment de malaise

Le No 1 mondial, au cœur de la tempête à Melbourne, est-il victime de lui-même ou d’une cabale?

par
Daniel Visentini
Novak Djokovic a fait recours de son annulation de visa d’entrée sur le territoire australien, après avoir pourtant reçu une exemption médicale. Il est actuellement confiné dans un hôtel de Melbourne contrôlé par les autorités fédérales.

Novak Djokovic a fait recours de son annulation de visa d’entrée sur le territoire australien, après avoir pourtant reçu une exemption médicale. Il est actuellement confiné dans un hôtel de Melbourne contrôlé par les autorités fédérales.

AFP

Dans les marécages de la pensée stagnante, le ressentiment flotte en surface. Il faut se méfier de l’eau qui dort. Surtout si elle nous conforte dans nos certitudes. Dans l’affaire Djokovic, la tentation est grande d’embrasser la séquence désastreuse de son arrivée à Melbourne d’une formule lapidaire: il n’avait qu’à être vacciné, il n’en serait pas là, pas enfermé dans une cellule, pardon, une chambre, d’un hôtel contrôlé par les autorités fédérales australiennes.

Le premier point est inattaquable dans le fond. C’est vrai, Novak Djokovic n’en serait pas là s’il avait accepté le vaccin. Cette réalité rappelle ce à quoi il s’est soustrait et les conséquences qui en découlent, qu’il ne pouvait pas ignorer: le risque d’être emmerdé, comme dirait l’autre. Si l’Australie avait érigé en seul principe incontournable l’obligation d’être vacciné pour entrer sur le territoire, l’affaire Djokovic n’aurait pas existé.

Le No 1 mondial serait resté chez lui. Parce que s’il a bien le droit de refuser le vaccin, il a aussi lobligation d’assumer la portée de ses choix. Pour tout dire: le Serbe, enfermé dans ses croyances antivax, partagées parfois sur les réseaux sociaux en pleine pandémie, s’est tiré une balle dans le pied tout seul, en premier, comme un grand. La morale est-elle sauve pour autant?

Il avait une exemption

À considérer la séquence de son arrivée à Melbourne, on peut s’interroger. Si Djokovic s’est rendu en Australie, c’est parce que l’État de Victoria lui a accordé une exemption médicale qui devait lui permettre d’entrer sur le territoire. Il y a eu 26 demandes effectuées dans le cadre de l’Australian Open, par d’autres joueurs ou des membres de staff. Certaines ont été acceptées, comme pour lui. En étant toutes scrupuleusement vérifiées par des médecins indépendants, selon le directeur du tournoi lui-même.

On peut bien penser ce qu’on veut de Novax, pardon Novak, mais on doute fort qu’il ait traversé la moitié du globe en touriste, sans document, pour «forcer» l’entrée en Australie en pensant obtenir une fois sur place un passe-droit. S’il l’a fait, s’il a voyagé avec des documents incomplets ou des certificats de complaisance, alors ce serait grave et il mériterait ce qui lui arrive.

Un recours déposé

On espère que l’histoire dira ce qu’il en est, et également si l’État de Victoria a ignoré ou pas des lois fédérales, ou si, face à la déferlante de haine anti-Djokovic suscitée dès l’annonce de l’exemption obtenue, dans un pays dont la population s’est pliée aux plus sévères mesures de confinement à tant de reprises, les autorités fédérales ont versé dans un rétropédalage politique et opportuniste en reprenant la main, sacrifiant le vilain Djoko, et seulement lui apparemment, sur l’autel de l’exemple à faire. D’ailleurs, le recours du Serbe pour aller contre son expulsion du territoire australien (il a obtenu de pouvoir rester, confiné, jusqu’à lundi), dit déjà un malaise.

Avec Novak Djokovic, il y a souvent ce sentiment de malaise, qui surnage aussi sûrement que le ressentiment qu’il suscite. Piqûre de rappel.

Djokovic, c’est celui que l’on disqualifie à l’US Open en septembre 2020, quand il envoie involontairement une balle dans le cou d’une juge de ligne. Le règlement, c’est le règlement, peut-être. Sauf qu’un mois plus tôt à Cincinnati, Aljaz Bedene avait pareillement touché un cameraman, involontairement aussi, et s’en était tiré avec un avertissement.

Djokovic, c’est aujourd’hui celui qu’on veut renvoyer d’Australie après lui avoir accordé une exemption médicale. Qu’elle ait été mal vérifiée ou pas n’est pas de sa faute, à moins de malversations de sa part.

Deux poids, deux mesures?

Tout cela aurait-il été infligé à Roger Federer, s’il avait été à la place de Novak Djokovic? Le Suisse aurait-il vraiment été disqualifié pour un geste malheureux et involontaire? Aurait-il vu son visa annulé en Australie après avoir obtenu une exemption médicale? On peut sérieusement en douter. Mais on doit aussi souligner par écho, comme une évidence, que, justement, cela n’arrive pas à Roger Federer. Parce qu’il ne se met pas dans ces situations-là.

Si Novak Djokovic est victime, il l’est d’abord de lui-même. De ses impulsions maladroites, de son choix de ne pas se vacciner, dont il doit assumer les conséquences. Il ne faudrait pas, en revanche, qu’il soit victime d’une cabale sur son simple nom, sur sa personnalité. Et c’est un peu le désagréable sentiment qui transpire aussi de sa mésaventure australienne.

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