15.09.2020 à 17:20

Hockey sur glaceCommentaire: et si personne n’était gagnant?

Englués dans des discussions à rallonge autour de Joel Vermin, Lausanne et GE Servette ont finalement mis un terme à ce feuilleton estival.

par
Grégory Beaud
Joel Vermin (à gauche), Tim Bozon (au centre) et Petr Cajka ont changé d’adresse.

Joel Vermin (à gauche), Tim Bozon (au centre) et Petr Cajka ont changé d’adresse.

Genève-Servette HC

Quel bonheur! Un autre échange a été officialisé en National League. Une autre occasion de faire des théories en cette période où tout le monde attend fébrilement de savoir dans quelles conditions le championnat aura lieu. Il s’agit même de la troisième transaction en moins d’un mois et Lausanne en est à chaque fois le dénominateur commun. Si l’on met de côté le «trade» d’Aurélien Marti contre Matteo Nodari entre Lausanne et Lugano, Genève et le LHC se sont donc échangés six joueurs. Quatre prennent l’autoroute A1 de Genève à Lausanne (Petr Cajka, Floran Douay, Guillaume Maillard et Tim Bozon), tandis que deux ont emprunté le chemin inverse (Joel Vermin et Tyler Moy).

Forcément, une question brûle les lèvres: qui sort gagnant de tout ce barnum lémanico-lémanique? Et si la réponse était: personne? Pas pour la même raison, mais c’est à se demander si les deux parties sont perdantes dans cette histoire qui semblait ne jamais vouloir se conclure. On s’explique.

Pourquoi Lausanne sort perdant

Pour une raison évidente et incontournable: le LHC cherchait désespérément une solution afin de se débarrasser de Joel Vermin à la suite de l’affaire personnelle qui a perturbé la préparation des Lions. Dans ces conditions, les éventuels repreneurs de l’ailier international savaient qu’ils partaient avec un avantage net dans les négociations. Selon nos informations, d’ailleurs, GE Servette était finalement la seule équipe réellement motivée à prendre le risque d’engager le No 91 de la Vaudoise aréna. Dans ces conditions, on ne peut pas reprocher grand-chose à Petr Svoboda et John Fust. Ils ont fait du mieux qu’ils ont pu.

Mais qu’ont-ils fait, du coup? Deux choses. Le binôme de directeur sportif a baissé la masse salariale malgré le fait qu’il a échangé deux de ses joueurs contre quatre Genevois. Dans une période où chaque franc compte, cet aspect est loin d’être anodin. Même à Lausanne. Surtout à Lausanne, d’ailleurs. Puisque la conjoncture semble actuellement compliquée pour les Lions.

On ne peut pas reprocher grand-chose à Petr Svoboda et John Fust. Ils ont fait du mieux qu’ils ont pu

Par ailleurs, les Vaudois ont rééquilibré un contingent qui paraissait pour le moins bancal la saison dernière. Trop de joueurs du Top 6 et pas assez de joueurs de rôle. Avec Guillaume Maillard, Floran Douay et Tim Bozon, les Vaudois ont engagé exactement ces profils. Le Lausanne HC version 2020-2021 ressemble davantage à une équipe construite avec une vraie cohérence. Moins de chefs et plus d’indiens. L’exact inverse de Genève, en somme (on y revient).

Est-ce que ces deux points compensent la perte de deux joueurs appartenant au cadre élargi de l’équipe nationale? Non, absolument pas. En temps normal, le retour pour Joel Vermin aurait pu (dû!) être bien meilleur. Mais pour des raisons largement documentées, il s’agissait là de la meilleure offre. Et si par ailleurs Petr Cajka venait à se développer et devenir un joueur d’impact dans la ligue, on pourrait même réévaluer positivement cette transaction dans quelques années.

Pourquoi Genève sort perdant

En général, l’équipe sortant d’une transaction avec le meilleur joueur est gagnante d’un échange. Il se trouve qu’avec deux potentiels internationaux suisses, GE Servette a même «chipé» les deux meilleurs éléments de la transaction. Alors peut-on parler de succès sur toute la ligne pour Marc Gautschi face à Petr Svoboda? Pas si vite!

Comme pour le Lausanne HC, la réflexion tient en deux points majeurs. Tout d’abord, GE Servette a sacrifié ce qui faisait sa force la saison dernière: sa profondeur de banc. En échangeant quatre éléments contre Moy et Vermin, le nouveau directeur sportif des Grenat a un pris un très gros risque. A-t-il un effectif suffisamment profond pour tenir toute une saison? Certes Damien Riat va aider en début de championnat. Mais en «blindant» son Top 9, GE Servette n’est-il pas devenu plus faible derrière? C’est très possible.

Ce double échange ressemble furieusement à une fable de Jean de La Fontaine: la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf. Marc Gautschi et les Aigles pensent-ils être capables de rivaliser avec les Lions zurichois et les Taureaux zougois? À en croire les mouvements réalisés, les Grenat pensent pouvoir franchir un palier et viser le Top 3 lors de la saison à venir. C’est oublier un peu vite les circonstances du dernier exercice. Combien de matches gagnés «à l’arrache»? Combien de fois la pièce est-elle tombée du bon côté? Le GSHC a certes terminé au quatrième rang. Mais est-ce sa vraie valeur? Si la réponse est positive, alors Marc Gautschi a eu raison de tenter cet échange qui pourrait lui permettre de faire des Grenat un club du Top 3. Mais le doute est permis.

Désormais entre trois étrangers, Rod, Richard, Moy, Riat, Vermin ou encore Smirnovs, les places seront chères dans les situations spéciales

Par ailleurs, l’équilibre de cette équipe version 2019-2020 tenait également dans un élément très clair: chacun connaissait son rôle et l’acceptait. Tim Bozon, Guillaume Maillard ou Floran Douay ne jouaient pas un rôle majeur en supériorité numérique et n’y voyaient aucun problème. C’était aussi la clé du succès genevois. Désormais entre trois étrangers, Rod, Richard, Moy, Riat, Vermin ou encore Smirnovs, les places seront chères dans les situations spéciales et il pourrait y avoir des mécontents. Cela ne vous rappelle pas le Lausanne HC des dernières saisons? Très exactement. Un vestiaire où il y a plus de chefs que d’indiens.

Pour finir, les dirigeants genevois vantent leur académie depuis plusieurs saisons. À raison. Mais quelle place va-t-il rester pour les jeunes joueurs en devenir censés éclore dans un futur proche? En échangeant trois de ses anciens juniors, le club des Vernets a également démoli une partie de la base sur laquelle il construisait patiemment depuis un certain temps.

Un des deux clubs, Lausanne, allait forcément perdre quelque chose cet été. Genève a mis le doigt dans cet engrenage sans y être forcé.

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10 commentaires
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saillie

16.09.2020 à 16:28

attention a vos copines le taureau en rut arrive

Florian

16.09.2020 à 11:17

Ça n'a pas d'importance. Au final, c'est de toute façon soit le SCB soit le Z qui gagne...

etlesautresclubs

15.09.2020 à 20:12

voilà c'est terminé... enfin pfffff vous pouvez passer à autre chose maintenant, peut-être aller un peu voir les autres clubs suisses, il y a pas seulement Lausanne et Genève