Football – Commentaire: il faut sauver les sélections avant leur disparition

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FootballCommentaire: il faut sauver les sélections avant leur disparition

A l’image du FC Bâle, n’ayant pas donné son bon de sortie à Djiga, les clubs européens se montrent toujours plus réticents à libérer leurs internationaux pour disputer la lointaine CAN. Il en résulte une pagaille à laquelle la FIFA doit mettre fin.

par
Nicolas Jacquier
Sous la pression du FC Bâle, peu chaud à l’idée de libérer son jeune défenseur, Nasser Djiga a finalement renoncé à disputer la CAN pour laquelle il avait été convoqué sous les couleurs du Burkina Faso. 

Sous la pression du FC Bâle, peu chaud à l’idée de libérer son jeune défenseur, Nasser Djiga a finalement renoncé à disputer la CAN pour laquelle il avait été convoqué sous les couleurs du Burkina Faso.

Claudio Thoma/freshfocus

Cette drôle d’histoire est en même temps une sale affaire qui dit beaucoup du pouvoir des clubs au détriment des équipes nationales. Elle met en scène le puissant FC Bâle et l’un de ses grands espoirs, Yacouba Nasser Djiga, retenu dans un premier temps pour participer à la Coupe d’Afrique des Nations qui débute le 9 janvier sous les couleurs du Burkina Faso. Le défenseur du Parc Saint-Jacques ne rejoindra pourtant pas les Etalons au Cameroun.

Bloqué par son club qui a apparemment refusé de le libérer (ou n’a rien fait pour dans une version plus soft), Djiga est interdit de CAN. Dans sa jeune carrière, avoir l’opportunité de disputer un tel tournoi majeur n’aurait pas manqué de constituer là une expérience irremplaçable. Fichtre, ce n’est pas tous les jours que l’on peut participer à un tournoi international.

Désireux de ne pas faire de vagues ni d’entrer en conflit avec son employeur actuel, l’intéressé s’est borné à expliquer qu’il refusait diplomatiquement sa convocation, précisant qu’il s’alignait sur la position du FCB, et patati et patata…

Sauf que tout cela n’a rien de très diplomatique, relevant même d’une obligation pour les clubs concernés à libérer les internationaux retenus.

Ethiquement peu défendable

Dans le cas présent, le club rhénan, en accentuant la pression sur son joueur, a manqué à ses devoirs et chacun est en droit de se demander pourquoi. Que l’on ne s’y méprenne pas, on ne parle pas ici d’un pilier indiscutable du FCB - le serait-il d’ailleurs que cela ne changerait rien au fond de l’affaire - mais d’un jeune homme de 19 ans comptant 270 minutes de jeu en Super League cette saison. Quelles que soient les raisons, officielles ou demeurées cachées, de leur décision, l’attitude des responsables rhénans est éthiquement peu défendable.

Cette fin de non-recevoir du FC Bâle, ayant fait en sorte de manigancer jusqu’à obtenir gain de cause, ne manque pas d’interpeller; devant pareil imbroglio, elle a en tout cas déjà fait bondir Aristide Bancé, team manager du Burkina Faso, aux yeux duquel il convient urgemment de redonner aux équipes nationales le crédit et tout le respect qu’elles méritent. En attendant, il a déposé le dossier auprès de la FIFA, sollicitant l’arbitrage du département juridique de l’instance internationale.

Bâle, qui pourrait s’exposer à des sanctions si sa mauvaise foi était confirmée, n’est pas le seul club européen à s’être montré réticent. D’autres organisations, souvent bien plus influentes, n’ont pas agi autrement (avant de s’incliner le plus fréquemment). Certains joueurs eux-mêmes ont tout autant traîné les pieds, jusqu’à renoncer pour certain à participer à la CAN afin d’aider leur club ou ne pas freiner leur progression individuelle sinon perdre une place de titulaire pour ceux qui en avaient décroché une - autant d’excuses classiques qui ont bon dos.

Dédain européen

Agirait-on avec le même haussement d’épaule impuissant et un pareil dédain s’il s’agissait d’une Coupe du Monde? Bien sûr que non. Le fait que cela concerne la lointaine - et peu médiatique - CAN arrange tout le monde, surtout en Europe. Devant la déferlante Omicron, les protocoles sanitaires imaginés par les organisateurs (que beaucoup jugent insuffisants) ont par ailleurs fini de convaincre les clubs à conserver la main sur leurs joueurs. Une situation exceptionnelle qui n’enlève rien au fond du problème.

Car ces sempiternels refus de donner suite à une convocation, ces éternels atermoiements en raison de la pression inadmissible des clubs, ces blocages administratifs ou sportifs, cela suffit! La FIFA se doit d’y mettre rapidement fin en sanctionnant ceux qui se prêtent à ce sordide marchandage. A trop négliger les équipes nationales dans un calendrier déjà surchargé, on court sinon le risque d’accélérer leur extinction. On ne snobe pas une sélection; on la respecte et l’on s’y engage en défendant ses couleurs au lieu de les souiller comme trop souvent.

Pour Yacouba Nasser Djiga, le cas est entendu. Au lieu de rejoindre sa sélection burkinabé à Yaoundé pour y disputer le match d’ouverture contre le Cameroun, il s’envolera le 3 janvier avec le FC Bâle pour Dubaï et les Emirats Arabes où un camp d’entraînement (sous la forme d’un tournoi international) l’attend. On en est désolé pour lui mais sans doute y avait-il mieux à faire que de dribbler ce qui fait – encore – battre le coeur des peuples et des supporters. Quant à savoir jusqu’à quand…


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