Euro 2020 - Commentaire: l’UEFA aurait dû interdire d’elle-même ses images
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Euro 2020Commentaire: l’UEFA aurait dû interdire d’elle-même ses images

En s’attardant sur le drame qui s’est joué samedi avec le malaise de Christian Eriksen, l’instance européenne a fait preuve d’un voyeurisme insoutenable. Rien ne justifiait de diffuser ces scènes de détresse.

par
Nicolas Jacquier
Faisant barrage autour de leur coéquipier, les joueurs danois ont fait preuve d’une grande humanité.

Faisant barrage autour de leur coéquipier, les joueurs danois ont fait preuve d’une grande humanité.

AFP

Samedi en début de soirée, dans la désolation d’un stade, d’un pays, d’un Euro plongé dans l’effroi glacial, tout le monde a vu ce qu’il n’aurait pas dû voir, des scènes qui n’ont pas lieu d’être sur un terrain de football et surtout qui n’avaient pas à être diffusées en mondiovision.

Un homme au sol, alors en train de mourir, l’intervention décisive des équipes médicales lui prodiguant un massage cardiaque qui allait le faire revenir à la vie, des coéquipiers faisant barrage afin de repousser l'œil inquisiteur des caméras, une épouse en pleurs… Franchement, qui peut supporter de voir «ça» installé dans son salon ou devant un grand écran?

On ne joue pas avec le cœur des gens, d’autant moins quand celui-ci s’est arrêté de battre. Pourquoi nous avoir infligé des images aussi douloureuses, choquantes pour certains? Et surtout pourquoi ne pas avoir songé à préserver l’intimité de la famille du joueur? Chacun ayant compris la gravité du drame humain qui frappait Christian Eriksen, rien, ni le recueillement silencieux des fans, ni leurs larmes, ne justifiait de s’attarder à l’intérieur du stade, quand bien même la réalisation se voulait la plus «soft» possible aux dire de celui qui était aux manettes.

En sport aussi, la décence a des limites, outrepassées par un voyeurisme malsain que rien ne peut expliquer, pas même l’appétit des sponsors et des diffuseurs.

On connaît déjà les vrais héros de l’Euro 2020

Plutôt que de continuer à diffuser la retransmission de la réanimation du joueur puis de son évacuation, l’UEFA aurait dû s’inspirer de ce qu’a fait le RTS, qui, se rendant compte sur le plateau du terrible drame qui se jouait à même la pelouse à des milliers de kilomètres, a sobrement choisi de rendre l’antenne devant des images aussi insoutenables. Plutôt que de laisser chaque pays libre de son choix, l’instance européenne aurait dû le faire d’elle-même en disant stop - même encore plus vite que ne l’a fait la RTS –, quitte à revenir en direct dès l’annonce de premières informations plus rassurantes.

On doute d’ailleurs que la tour de notre télévision à Genève ait croulé sous les appels de téléspectateurs outrés qu’on les prive d’un tel «spectacle» morbide.

Le destin a fait que le No 10 a été sauvé, que ce n’était pas son heure, que la pièce est tombée du bon côté. Pas besoin désormais d’attendre la finale du 11 juillet à Wembley pour désigner les véritables héros du tournoi. L’Euro 2020 a déjà trouvé les siens en la personne de l’équipe médicale en poste au Parkum Stadium ce jour-là.

Mais on n’est pas certain du tout que l’UEFA braque aussi longtemps ses caméras sur ces vrais héros du quotidien. Qui le mériteraient pourtant tellement…

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