Ski alpin - Commentaire: Odermatt décolle, Janka s’en va, tout un symbole
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Ski alpinCommentaire: Odermatt décolle, Janka s’en va, tout un symbole

Passage de témoin à Wengen entre le dernier suisse vainqueur de la Coupe du monde et son successeur. Même s’il y a eu beaucoup d’émotions, le timing était plutôt mal choisi.

par
Christian Maillard
Entre Carlo Janka et Marco Odermatt, il y avait beaucoup de similitudes.

Entre Carlo Janka et Marco Odermatt, il y avait beaucoup de similitudes.

Getty Images

L’un décolle, avec le sourire, l’autre range ses skis, l’âme en peine. Alors que Marco Odermatt explose cette saison sur le devant de la scène, enchaînant les victoires de prestige avec une classe déconcertante, Carlo Janka, qui a aussi brillé par le passé dans les étoiles, a décidé, ce jeudi à Wengen, de tirer sa révérence. L’un gagne à huis clos, devant des banquettes vides, l’autre s’en va par la petite porte, sans tambour ni trompette. Comme un passage de témoin dans l’ombre

Tout un symbole entre le dernier Helvète vainqueur du général de la Coupe du monde (2010) et son futur successeur qui va logiquement soulever le grand globe au terme de la saison tant il domine désormais la concurrence. Ainsi va la vie de champions.

S’il est difficile de comparer les époques et les athlètes d’exception qui ont toujours existé, force est de constater qu’au niveau du toucher de neige, ils sont peu à faire ronronner la poudreuse sous leurs spatules, comme Pirmin Zurbriggen ou Joël Gaspoz avant ces deux-là. Comment donc ne pas trouver des similitudes entre ces deux «Federer du ski», qui ont été frappés chacun à leur tour par la providence?

Champion du monde de géant à Val-d’Isère en 2009, titré aux Jeux de Vancouver l’année suivante dans la même discipline et victorieux à onze reprises en Coupe du monde dont trois fois dans l’Oberland: Carlo Janka avait lui aussi ce petit truc en plus sur ses lattes qui en avait fait le meilleur skieur de la planète. Comme Marco Odermatt aujourd’hui, il ne skiait pas, il volait, c’était la perfection au masculin, la référence, un don de Dieu.

Rien ne pouvait le toucher, sauf la grâce. Seule différence avec le Nidwaldien: sorti d’une vallée obscure dans les Grisons, on l’avait affublé du surnom de «Iceman» . C’était un brave gars de là-haut, taiseux et bûcheur, élevé dans les valeurs sacerdotales de la montagne. Contrairement à «Odi», il s’exprimait uniquement et surtout avec ses skis. Jamais un mot plus haut que l’autre, il avait beaucoup de difficulté à dévoiler ses émotions.

Avec 28 podiums (dont huit au Lauberhorn) dont le dernier il y a deux ans dans la descente à Kvitfjell, le coureur d’Obersaxen peut se retirer avec le respect de ses pairs et le sentiment d’une carrière bien réussie, même si ses blessures l’ont empêché d’ajouter encore d’autres victoires à son riche palmarès. Du jour au lendemain, plus rien ou presque, il s’est retrouvé dans les profondeurs des classements, surtout en géant.

Problème de dos, de cœur (il souffrait d’arythmie), les genoux en compote, il est tombé de haut. Longtemps convaincu de pouvoir revenir au sommet, il a longtemps traîné son âme en peine ces derniers hivers, s’accrochant à un passé qui n’est jamais revenu. La confiance en berne, le doute en bandoulière, il a tenté de s’accrocher au péril de sa santé, avant de reconnaître enfin que le jeu n’en valait pas la chandelle. Bientôt papa, il était temps pour lui, à presque 36 ans, de raccrocher.

C’est donc à Wengen, dans cette station de l’Oberland qu’il aimait tant, là où il a si souvent brillé, qu’il a décidé de planter définitivement ses bâtons ce samedi sur cette piste qui lui a si souvent souri.

Dommage qu’il ait annoncé sa retraite ce jeudi, jour du premier succès de Marco Odermatt, qui a dû donc partager les honneurs avec son aîné. N’aurait-il pas pu sortir de piste plus tôt dans la saison ou cet été comme l’avait fait Bruno Kernen en 2007 sur ce Lauberhorn? Même s’il y avait tout un symbole avec ce passage de témoin, le timing était certainement assez mal choisi…

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