Cyclisme - Commentaire – Pour un vrai âge d'or du cyclisme suisse, il faut l’accompagner
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CyclismeCommentaire – Pour un vrai âge d'or du cyclisme suisse, il faut l’accompagner

Grâce à Gino Mäder (24 ans) et Mauro Schmid (21 ans), la Suisse a fêté deux succès sur un même Giro pour la première fois depuis 1988.

par
Robin Carrel

Stephan Joho et Tony Rominger il y a 33 ans. Jürg Bruggmann et Stefan Mutter en 1984. Robert Dill-Bundi et Urs Freuler en 1982. Une année auparavant, c'était Beat Breu et Daniel Gisier. Tiens, tiens... Dans l'histoire de la petite reine helvétique, il n'y a jamais eu que quatre doublés sur le Tour d'Italie. Autant dire que c'est rarissime! Et un autre temps: celui où le cyclisme était bien moins globalisé, notamment.

Profitons-en, me direz-vous? Bien sûr, mais peut-être faudra-t-il aussi s'y habituer... Mauro Schmid est devenu mercredi le 25e Suisse à lever les bras sur le Giro, le plus jeune de l'histoire de son pays sur un grand Tour en devançant un certain phénomène nommé Marc Hirschi, et de quelle manière! Le Zurichois l'a emporté au terme d'un ultime mur à 12%, à la fin d'une étape épique sur les routes blanches et en vrai cador.

Pas forcément, un hasard, vu la puissance développée par le jeune homme. Et surtout pas tombé de nulle part non plus, quand on se penche sur le passé du Zurichois qui sait tout faire. Il y a quatre ans, par exemple, le natif de Bülach avait réussi un triplé très «poulidorien», devenant vice-champion de Suisse des moins de 19 ans en cyclo-cross, sur route et en contre-la-montre!

L'année suivante, il prenait la 3e place chez les grands de la poursuite individuelle sur piste, avant de s'imposer aux Championnats de Suisse sur route espoirs cette fois-ci, devant Antoine Aebi et Damian Lüscher. Il a ensuite assuré le bronze contre la montre derrière un certain Stefan Bissegger. Vous avez dit cycliste à tout faire?

Quelques jours auparavant, c'est Gino Mäder qui avait frappé fort, lors de la première vraie étape de montagne de ce 104e Giro, au sommet d'Ascoli Piceno. Lui aussi Zurichois, mais presque vieux en comparaison (24 printemps!), il transformait enfin l'essai après un début de saison canon et une tranquille montée en puissance lors des derniers mois, sur le front du World Tour.

Après avoir vécu des années 90 que l’on qualifiera de «fastes», avec des pointes à plus de 50 victoires par saison, le cyclisme suisse a compté presque exclusivement sur Fabian Cancellara pour exister. Il y a eu aussi l'époque des fantastiques gregarii et des tentatives du futur retraité Mathias Frank de m'immiscer dans le top 10 des grands Tours. Dorénavant, le danger suisse peut venir de partout, dans le sillage du chef de file Stefan Küng!

Ils sont quinze Suisses à être sous contrat au sein d'une équipe World Tour et c'est un petit miracle quand on connaît le manque d'équipes pros et de courses à tous niveaux dans leur pays. Mais les Gino Mäder, Marc Hirschi, Johan Jacobs, Mauro Schmid, Tom Bohli, Stefan Bissegger, le presque ancien Simon Pellaud et compagnie ont eu le caractère pour aller s'imposer à l'étranger et on ne se rend pas forcément compte à quel point c'est exceptionnel.

Et si on ne s'arrêtait pas en si bon chemin? De glorieux anciens se sont lancés pour mettre en place des structures, des organisateurs essaient de sortir la tête de l'eau après ce vilain covid – eux qui trimaient déjà avant… - qui a arrêté le vélo comme le reste... Mais tous ont la volonté nécessaire pour continuer à promouvoir les coureurs du coin. Ne manquent que des moyens, comme trop souvent.

Le pays prendra-t-il le sillage de ces jeunes pousses? C’est, comme souvent, aussi une question d’argent. Parce que les compétences sont là.

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