Cyclisme - Commentaire: quand les JO «foutent le bordel» au Tour de France
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CyclismeCommentaire: quand les JO «foutent le bordel» au Tour de France

Plusieurs coureurs ont choisi, sans motif impérieux, de quitter la Grande Boucle pour mieux préparer les Jeux olympiques. Mais avant, ils ont bien profité de la rendre folle pour en récolter la lumière, au détriment de ceux qui l’envisagent en entier. Pas très correct.

par
Patrick Oberli
(Andorre-la-Vieille)
A Andorre-la-Vieille, le Français Guillaume Martin a dit ce qu’il pensait des abandons pour cause de «préparation olympique».

A Andorre-la-Vieille, le Français Guillaume Martin a dit ce qu’il pensait des abandons pour cause de «préparation olympique».

AFP

Avec ses lunettes à monture fine et son air «intello», Guillaume Martin a tout du gendre idéal. Poli, beau gosse et bien dans sa peau, il a aussi l’avantage d’avoir le verbe clair. Lundi, à l’heure où une bonne partie de la caravane du Tour de France hésitait entre le réveil et dévaliser les boutiques de ce «duty free» géant qu’est Andorre-la-Vieille, l’éphémère deuxième du classement général a lâché une petite phrase avec un gros mot en séance Zoom: «Il a bien fait le bordel dans la course, puis nous a laissés avec notre fatigue». Il, c’est Mathieu van der Poel, le Néerlandais qui a fait chavirer la France en début de Tour, en dédicaçant sa victoire d’étape à Mûr-de-Bretagne et son maillot jaune à son grand-père, Raymond Poulidor.

Évidemment, les mots de Guillaume Martin ont buzzé. Le temps où le cyclisme vivait dantagonismes exacerbés est depuis longtemps révolu. Alors quand un ténor français du peloton critique le petit-fils de la légende «Poupou», l’éternel deuxième, ça gratouille. Jalousie de champion? Bisbille pour la notoriété?

Pas vraiment. Avec ces quelques mots, le coureur de l’équipe Cofidis a donné un autre angle de lecture à ce Tour de France, que les membres du peloton qualifient de complètement fou, sans structure, à l’image d’une «course de cadets». Depuis le départ, les larmes se sont multipliées. Pas celles de van der Poel, celles des dizaines de coureurs qui se sont retrouvés à terre. La faute à la nervosité, au climat, à la vitesse, aux attaques incessantes, et l’on en passe. Raison auxquelles on peut/doit ajouter une cause indirecte: les Jeux olympiques.

Si le Français a poussé le Néerlandais dans la bordure verbale, c’est donc à cause des JO. Ou plutôt du fait que Mathieu van der Poel s’est retiré au matin de la 9e étape qui, pour mémoire, a mené le peloton dans des conditions dantesques à Tignes, pour mieux se préparer à la course en ligne olympique. Il n’est pas le seul. Vincenzo Nibali, qui n’a plus d’espoir sur le Tour, a choisi la même option lundi.

Certes, la manœuvre n’est pas interdite par les règlements. Mais cela ne signifie pas qu’elle est correcte. En quittant le Tour sans raison impérieuse, Mathieu van der Poel a bafoué plusieurs fondements d’une compétition sportive. Non seulement, comme il savait dès le début que son Tour serait bref, son implication a été différente. Il a pu se permettre de puiser tout au fond de ses forces pour conquérir la lumière, alors que ses adversaires avaient en tête l’obligation de gérer trois semaines de course. Mais aussi, il s’est donné les moyens d’une préparation spécifique, pendant qu’une partie de ses futurs concurrents à Tokyo roulera sur les Champs-Élysées, en n’ayant plus que la peau sur des muscles vidés. Sans compter que, quelque part, c’est tout le déroulé du Tour qui a été modifié.

Devant son écran, Guillaume Martin, toujours très poli, a conclu que ce n’était «pas très respectueux pour le Tour». On peut même aller plus loin: c’est un camouflet pour le sport qui se laisse tordre avec la complicité du public qui n’adule que ceux qui gagnent. Et des sponsors qui n’arrosent que ceux qui plaisent au public.

Être le petit-fils de «Poupou» dans un maillot jaune a plus de gueule que de grimacer le cuissard déchiré et le dos brûlé pour ne pas abandonner, c’est vrai. Mais c’est bien dommage. Que l’on choisisse ses objectifs est une chose. Mais qu’on le fasse dans le respect de l’entier des compétitions. Sinon, le règne des «pique-assiette» de la gloire risque de durer.

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