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FootballCommentaire: quatre minutes pour résumer toute une vie

À la fois ange et démon, tricheur assumé devenu Dieu, Diego Maradona ne laissait personne indifférent. Coups de génie, coups bas, coups tout court: il a divisé tout au long de sa carrière. Le commentaire de notre journaliste.

par
Renaud Tschoumy
Et Dieu prêta sa main gauche à Diego Maradona, un certain 22 juin 1986…

Et Dieu prêta sa main gauche à Diego Maradona, un certain 22 juin 1986…

KEYSTONE

Quatre minutes. Quatre minutes, ou 240 petites secondes – à peine –, pour résumer une vie de 60 ans – seulement.

La légende de Diego Maradona est née en ce 22 juin 1986, au Stade Aztèque de Mexico, en quart de finale du Mundial face à l’Angleterre, devant 114’580 spectateurs qui ne savaient pas encore à quel point ce à quoi ils venaient d’assister marquerait le monde du football et celui du sport. Le monde tout court.

Quatre minutes, 240 secondes pour marquer l’Histoire. 240 secondes entre le moment où il s’est fait prêter une main gauche par Dieu (51e minute du match), avant de laisser s’exprimer son pied gauche sur l’aile droite (55e). Le but de la Honte, avec un grand H. Puis le But du siècle, avec un B majuscule.

En quatre minutes, ce jour-là, Diego Armando Maradona a montré sa double personnalité à la planète entière. A la fois démon et ange, tricheur assumé – même pas repenti - et dribbleur génial, Satan autoproclamé Dieu.

Diego Maradona a passé en revue tous les joueurs anglais avant d’éliminer Peter Shilton pour inscrire le 2-0.

Diego Maradona a passé en revue tous les joueurs anglais avant d’éliminer Peter Shilton pour inscrire le 2-0.

AFP

Dieu. Ou «D10S». C’est ainsi qu’il était considéré à Naples. Un Dieu adulé par la population napolitaine, pauvre et croyante, et qui n’avait pas hésité à remplacer l’effigie du Christ par la sienne sur les croix ornant les murs de ses maisons. Mais un Dieu qui s’est dans le même temps acoquiné avec la Camorra locale. Diego Maradona jouait avec les lignes blanches du terrain comme avec les rails de coke. Mais qu’importe! Il permettait aux Napolitains de prendre leur revanche sur les riches, puissants et arrogants Italiens du Nord.

Je me souviens de ce soir du 8 juillet 1990, juste après la finale du Mondiale italien perdue par l’Argentine contre l’Allemagne qui était encore de l’Ouest (0-1). Quelques jours auparavant, il avait lancé des «hijo de puta» pendant l’hymne argentin, sifflé par le public avant la demi-finale remportée aux tirs au but contre l’Italie – à Naples, en plus! Mais après la finale perdue, Maradona avait craqué, pleurant toutes les larmes de son corps.

A ce moment-là, de mon siège de tribune dans le Stadio olimpico romain, je n’avais pu m’empêcher de penser que tout se payait dans la vie. Que cette défaite, vécue comme une injustice par Maradona, était un juste retour des choses après sa fameuse «main de Dieu», quatre ans plus tôt. Qu’on ne pouvait pas impunément se prendre pour Dieu sans se faire punir par Lui.

Diego Maradona avait pleuré toutes les larmes de son corps après la finale du Mondiale 1990, perdue 0-1 par l’Argentine face à l’Allemagne de l’Ouest.

Diego Maradona avait pleuré toutes les larmes de son corps après la finale du Mondiale 1990, perdue 0-1 par l’Argentine face à l’Allemagne de l’Ouest.

KEYSTONE

Mais pourtant, trente ans plus tard, il faut bien se rendre à l’évidence: Maradona était un Dieu vivant. Comme il n’en existe(ra) pas d’autre.

Il était un homme, aussi. Avec tous ses défauts et toutes ses faiblesses. Diego Armando Maradona, victime de ses excès en tous genres, a fini par être lâché par son cœur.

On aura pour toujours à l’esprit ses gestes d’anthologie, dribbles géniaux ou buts venus d’ailleurs. Et, promis: on essaiera d’oublier le reste pour ne garder que le meilleur de lui – pardon, Lui.

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11 commentaires
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druide

27.11.2020 à 14:48

Très bon article de RT! Entre génie et folie, Maradona a suscité tout au long de sa vie un florilège de commentaires et de réactions qui, comme le principal intéressé, vont dans tous les sens.

Sonidole

26.11.2020 à 17:33

Et dire qu'il y en même un qui ne cesse de vouer aux gémonies ceux que, dans son omniscience..., il a décidé qu'ils étaient des tricheurs, malgré que rien n'est venu prouver ses allégations diffamatoires, alors qu'il défend et encense un sportif qui a triché et qui s'est dopé alors qu'il était en activité, sans parler de sa vie dissolue, drogue, alcool, etc... Peut-être simplement par admiration et envie d'une vie de rockstar, nous dirait l'éphémère psy "melissa" !

Un contemporain supporter de foot

26.11.2020 à 17:17

1990 le retour du boomerang, l'univers n'aime pas les triches, les magouilles, les enrichissements abusifs. Tôt ou tard le profiteur se fait rattraper ce n'est pas une punition (terme humain) l'univers ne juge pas, mais n'admet pas certaines choses. Quant à dire que les secours ont tardé encore un réflexe humain il est mort le jour et à l'heure prévue. La vie n'est pas un cdi contrairement à ce beaucoup pense actuellement. Son âme n'avait plus besoin de son corps malade, elle est partie. Nous ne sommes pas le corps nous sommes plus que cela. Malgré ça ce gars était un surdoué dans son domaine. 1960 une bonne année pour les grands champions avec Senna, Lendl, Noah mais aussi Marcel Koller et Geiger