Football - Commentaire – Que les gros se mangent entre eux!
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FootballCommentaire – Que les gros se mangent entre eux!

Divers gros clubs européens, dont certains détenus par des Américains, veulent faire sécession. Allez-y seulement! Mais sans moi.

par
Robin Carrel
Sport-Center

L'affaire fait trembler l'UEFA. Le Real Madrid et le FC Barcelone en Espagne, Manchester United, Manchester City, Liverpool et Chelsea en Angleterre, ainsi que la Juventus et l’AC Milan en Italie, pour un total de douze équipes, ont annoncé le lancement d’une «Super League», qui n'intégrerait ni Vaduz ni le Lausanne-Sport.

Cette nouvelle compétition privée se déroulerait bien loin du giron de l'UEFA et de sa future nouvelle Ligue des Champions. Le but? Amasser des milliards, que l'instance européenne récolte déjà, mais pas assez selon les initiants de cette sorte de NBA du football du Vieux Continent (entre 4 et 6, tout est déjà prévu). Oui, NBA est lâché à dessein.

Car le «comité directeur» de cette nouvelle compétition entre les plus riches européens - à part les Français du PSG et les Allemands de Dortmund et du Bayern, soit dit en passant – sera formé d'un président, l'omnipotent Florentino Perez (Real Madrid), mais surtout de quatre vice-présidents que sont Stan Kroenke (Arsenal), Andrea Agnelli (Juventus, qui a démissionné de ses mandats au moment de lancer cette bombe), John W. Henry (Liverpool) et Joel Glazer (Manchester United). Vous avez bien compté, trois des boss viennent d'outre-Atlantique. Tiens, tiens...

«Il faut croire que quand on a tondu le mouton trois fois, on ne peut pas le traire en plus dans la foulée.»

L'UEFA s'est pourtant depuis des lustres pliée aux quatre volontés des plus fortunés. Elle a même tenté un ultime grand écart ces dernières semaines, en lançant un format de compétition que personne n'a compris avec un mode de championnat dit «Suisse», histoire d'assurer plus de revenus avec dix matches de poule aux qualifiés.

On imaginait aussi que l'instance nyonnaise allait faire encore plus acrobatique, car on parlait même de repêchage au coefficient UEFA pour s'assurer que les gros qui se sont manqués une saison en compétition domestique puissent être quand même de la fête! Il faut croire que quand on a tondu le mouton trois fois, on ne peut pas le traire en plus dans la foulée.

Forcément, dans l'urgence, l'UEFA a fait les gros yeux et menacé. Les joueurs de ces équipes qui disputeront cette «Super League», toujours pas celle de Sion et de Servette, se verraient exclus des compétitions de l'UEFA. Pas de Granit Xhaka, pas de Xherdan Shaqiri pour l'équipe de Suisse et plus grand monde non plus pour l'Angleterre ou l’Espagne. Ca ressemble fortement à un suicide par le feu au moyen de la branche sciée sur laquelle le football était assis. Mais alors allez-y, les gars, faites votre Super League, toujours sans YB ni le FCB!

L’instance européenne avait de toute façon lancé le mouvement, après avoir évincé Michel Platini qui, lui, avait une quand même petite idée du vrai football. Depuis, l’«élite» se partage les grandes affiches du mardi et du mercredi, tandis qu’on a inventé une troisième compétition pour occuper les autres. Pas de bol, la Porsche de l’UEFA est en train de se faire doubler par la droite par un gros SUV américain.

Et bien comme quand je sirote une bière en terrasse et qu’un gros moteur me sort de ma torpeur juste pour montrer qu’il a des chevaux et qu’il a plus de pognon que moi, il me traverse souvent la vilaine idée où j’espère que le bolide restera coincé sur un ralentisseur quelques mètres plus loin. C’est exactement le même sentiment qui m’habite aujourd’hui.

Ce n’est pas parce que les marchés chinois ou américains sont friands de ces constants affrontements d’étoiles que le Vieux Continent doit suivre. Un Servette-Ludogorets en Europa Conférence League ou un Young Boys-Rosenborg au 1er tour qualificatif pour la Champions League aura toujours bien plus d’intérêt et seront les seuls à avoir un vrai sens. Tout simplement parce que c’est ça, le football.

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