Football: Commentaire: Retour vers le futur au Wankdorf
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FootballCommentaire: Retour vers le futur au Wankdorf

Le Stade de Suisse est mort. Grâce à un partenariat qu'il faut louer, Young Boys va récupérer le nom de son ancienne enceinte. Une variante de la mode du «naming» qui fait fureur.

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Sport-Center
Le 4 juillet 1954, le Wankdorf avait accueilli la finale de la Coupe du monde entre l'Allemagne de l'Ouest et la Hongrie.

Le 4 juillet 1954, le Wankdorf avait accueilli la finale de la Coupe du monde entre l'Allemagne de l'Ouest et la Hongrie.

Keystone

Le football helvétique, plus particulièrement celui de la capitale, s’apprête à remettre au goût du jour le stade du Wankdorf. Après avoir perdu son appellation historique avec la construction du Stade de Suisse (inauguré en 2005 après deux ans de travaux), l’enceinte bernoise retrouvera son nom d’origine à compter de la saison 2020-2021. Dans six mois, le public convergera à nouveau vers le Wankdorf, cheminant vers la renaissance de souvenirs enfouis dans la mémoire collective.

Un retour vers le futur rendu possible par le partenariat de longue durée que les propriétaires du stade ont conclu avec CSL Behring, une société pharmaceutique australienne implantée à Berne. Plutôt que de sacrifier à la mode du «naming» en donnant au nom du stade celui de leur société selon la formule classique, les nouveaux investisseurs ont imaginé une sympathique variante qui ravira tous les nostalgiques: imposer un retour à la situation qui prévalait avant la destruction de l’antique Wankdorf, un monument en péril dont la première pierre avait été posée en 1925.

On s’ingénie souvent à fustiger l’intérêt purement mercantile des marchands de bonheur pour ne pas applaudir ici la décision des nouveaux partenaires. S’il convient de ne pas être dupe non plus – soyons sûrs que les patrons de Behring, qui ne sont pas des philanthropes, sauront s’y retrouver d’une manière ou d’une autre -, ils n’étaient pas obligés de rendre à YB «son» Wankdorf, ce qu’ils ont pourtant fait. Un choix symbolique fort, revendiqué d’ailleurs depuis des années par les supporters d’YB (plusieurs pétitions avaient même été lancées, sans succès jusque-là).

Durant sa première vie, le Wankdorf avait été vénéré loin à la ronde, aussi bien en Valais (le FC Sion y avait soulevé ses premières Coupes de Suisse) que chez nos voisins germaniques, après avoir été le théâtre de la renversante finale de la Coupe du Monde 1954 entre l’Allemagne de l’Ouest et la Hongrie (3-2). Ce 4 juillet 1954, devant 65'000 spectateurs, les joueurs de Sepp Herberger, pourtant humiliés 8-3 par Puskas & Cie en phase de poule, avaient réussi ce qui allait demeurer comme le miracle de Berne. Deux finales de Coupes d'Europe y avaient aussi été organisées: celle des clubs champions en 1961 (Benfica-Barcelone 3-2) et celle, déjà plus récemment, des vainqueurs de Coupe en 1989 (Barcelone-Sampdoria 2-0). Mais c'est aussi, et peut-être même d'abord, la maison originelle de l'équipe de Suisse, là même où des générations d'internationaux se sont distingués, en bien mais parfois aussi en mal.

Le nouveau Wankdorf ne ressemble certes plus du tout à l’ancien. Trônant sur l'esplanade de la Papiermühlerstrasse, le seul vestige que l’on y trouve aujourd’hui épouse les formes de l’ancienne horloge qui ornait à l'époque la tour ouest, une horloge réhabilitée en 2008 après avoir été bloquée à 18h33 le jour du miracle de Berne en 1954.

Au cœur du pays, les dirigeants d'YB se sont dits qu'il était probablement l’heure de renouer avec la marque du temps passé. Afin de pouvoir encore mieux se projeter vers demain. Dans l'ancien Stade de Suisse, sifflé hors jeu.

Nicolas Jacquier

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