Genève: Condamné à six ans pour traite d'êtres humains
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GenèveCondamné à six ans pour traite d'êtres humains

Jeudi, le Tribunal correctionnel de Genève a condamné un employeur pour avoir exploité des employés.

L'entrepreneur contestait la plupart des faits.

L'entrepreneur contestait la plupart des faits.

Photo d'archives, Keystone

Un entrepreneur lituanien de 36 ans a été condamné jeudi à six ans de prison par le Tribunal correctionnel de Genève pour avoir, durant des années, exploité des ouvriers sur des chantiers en Suisse romande. Il a été reconnu coupable de traite d'êtres humains et d'usure qualifiées.

Il s'agit d'une forme d'esclavage moderne, a souligné le Tribunal correctionnel. Le système de recrutement des ouvriers, qui venaient des pays de l'est et du nord de l'Europe, était réfléchi et efficace, selon les juges. L'entrepreneur contestait la plupart des faits.

Il recrutait ses ouvriers notamment via internet. Il leur faisait miroiter des emplois avec un salaire horaire de l'ordre de 10 euros. Une aubaine pour ces personnes, qui ne pouvaient que rêver d'un tel revenu, incomparable à ce qu'ils pouvaient espérer dans leur pays respectif.

Vulnérabilité

Une fois débarqués en Suisse, les ouvriers ont toutefois rapidement perdu leurs illusions. Ils touchaient, pour la majorité d'entre eux, un salaire horaire situé entre 20 centimes et 6 francs 50. Les heures supplémentaires qu'ils effectuaient n'étaient pas compensées. Ils étaient aussi sollicités certains dimanches et jours fériés.

Démunies financièrement, les victimes dépendaient de l'entrepreneur et ne pouvaient quitter la Suisse. Il a ainsi abusé de leur position de vulnérabilité, estime le Tribunal. La circonstance aggravante de traite des êtres humains par métier est retenue.

Précarité

Généralement, les ouvriers n'avaient aucun contrat de travail écrit. Ils n'avaient droit à aucun vêtement de protection ni de dispositif de sécurité quand ils procédaient à des travaux sur les toits. Ils étaient logés dans des conditions précaires et n'avaient pas de nourriture en quantité suffisante. L'entrepreneur disparaissait avant la fin du chantier.

L'homme a aussi été reconnu coupable d'abus de confiance, de gestion frauduleuse, de calomnie, de dénonciation calomnieuse et de diverses infractions aux législations sur le travail, les étrangers et les assurances sociales. Il a été acquitté de quelques accusations, dont la contrainte et les voies de faits.

Le Tribunal a aussi ordonné son expulsion du territoire suisse pendant dix ans. Il devra verser 5000 francs pour tort moral aux victimes de la traite humaine. Le Ministère public avait requis une peine de six ans et demi de prison. L'accusé, détenu préventivement depuis octobre 2017, a sévi dans les cantons de Genève, de Vaud et du Valais.

(ats)

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