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Cinéma«Conjuring 2»: à mourir de peur!

Suite au décès d'un spectateur, le récit horrifique de James Wan s'inscrit dans la catégorie des films maudits.

par
Jean-Philippe Bernard

La semaine passée, dans le sud de l'Inde, un homme est mort. De peur. En regardant un film: «Conjuring 2». Certes, on ignore dans quel état de santé se trouvait le malheureux avant la projection et si son décès est réellement dû aux images effrayantes concoctées par le réalisateur, James Wan. Il est d'ailleurs fort probable que tout le monde s'en moque…

Nouvel épisode des exploits d'Ed et Lorraine Warren, un couple de chasseurs de fantômes ayant résolu de nombreux cas de possessions dans les années 1970 et 1980, «Conjuring 2: le cas Enfield» nous transporte cette fois dans le Londres de 1977. Là, un poltergeist (esprit frappeur) malmène une mère de famille et plus précisément Janet, sa fillette. Un tantinet moins surprenant que le premier volet déjà réalisé par l'excellent James Wan, le présent long-métrage se démarque des produits de consommation courante grâce à une image vintage et une mise en scène très inspirée jouant astucieusement sur le tempo du récit pour balader le spectateur entre songe et réalisme. Evénements dramatiques

Pourtant, ce ne sont pas ses nombreuses qualités artistiques qui font aujourd'hui de «Conjuring 2» un film exceptionnel. Depuis l'accident de la semaine dernière, l'ouvrage appartient à la catégorie des «films d'horreur maudits». La roue du destin cessant rarement de tourner, il arrive souvent que la fabrication d'un film soit ternie par plusieurs événements dramatiques. Que dans les mois, les années qui suivent, des membres de l'équipe, de simples spectateurs, jadis en bonne santé, décèdent. Accidentellement ou de maladie. Comme des millions d'êtres humains. Sauf que dans le cas d'un film d'horreur, les raccourcis sont tentants, pour ne pas dire vivement recommandés. Personne n'aurait l'idée de ranger «Le Saint prend l'affût» (Christian-Jaque, 1966) dans la catégorie qui nous occupe alors que sur le tournage de cette histoire d'aventure dans lequel Jean Marais tient le rôle principal, le mythique Gil Delamare a perdu la vie en exécutant une cascade automobile qui semblait sans grand danger pour un homme de sa trempe…

Les pires démons

Mais lorsque le drame vient rôder dans les coulisses du cinéma d'horreur, forcément, les passions se déchaînent. Parmi ces films sous l'emprise des pires démons de l'enfer, on trouve bien entendu «L'Exorciste» de William Friedkin (1974). Outre le fait qu'Ellen Burstyn, l'actrice qui joue la mère de la fillette possédée, se blessa au dos à la suite d'une mauvaise chute et qu'un incendie de plateau retarda le tournage de 6 semaines, on raconte que 9 personnes, membres de l'équipe du film, perdirent la vie dans un laps de temps assez court après la sortie sans qu'il soit prouvé que ces décès aient été liés aux exactions d'une créature hurlante.

Chiens féroces

Deux ans plus tard, la bien nommée «Malédiction», chronique de la venue sur terre de L'Antéchrist signée Richard Donner, décrocha rapidement son statut de film maudit. En effet, on observa là aussi plusieurs faits dramatiques, pas forcément liés au démon: la foudre manqua de tomber sur un producteur, l'avion à bord duquel l'acteur Gregory Peck avait prévu d'embarquer s'écrasa, des chiens féroces refusèrent d'obéir à leurs dresseurs, l'IRA dynamita un restaurant dans lequel devait dîner toute l'équipe, sans parler d'un spécialiste des effets spéciaux et sa femme victimes d'un accident de la route peu après le tournage…

Centaines de rumeurs

Autre film majeur, autres faits terribles: «Poltergeist». Sur le tournage de ce film de Tobe Hooper largement supervisé par Steven Spielberg, un jeune acteur faillit mourir étranglé par une marionnette diabolique en raison d'un câble défectueux et l'actrice Dominique Dunne, qui tient un second rôle, mourut étranglée par son petit ami quelques mois après la sortie du film en 1982… Des anecdotes plus ou moins troublantes parmi des centaines de rumeurs qui courent sur la Toile, ou dans le vent, et dont les détails varient selon leurs narrateurs. On attendra avant de s'affoler car comme il est dit dans «L'Homme qui tua Liberty Valance» (John Ford, 1962): «Lorsque la légende dépasse la réalité, on publie la légende.»

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