Football: Constantin: «Gattuso m’a juste dit: Pour venir à Sion, je veux un million par an»
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FootballConstantin: «Gattuso m’a juste dit: Pour venir à Sion, je veux un million par an»

En 2012, le boss du FC Sion avait réalisé l’un de ses plus gros coups en rapatriant le champion du monde italien à Tourbillon. Histoire d’un transfert qui s’est réglé à l’aéroport de Malpensa.

par
Sport-Center
En juin 2012, Christian Constantin avait accueilli Gennaro Gattuso à la Porte d'Octodure, à Martigny.

En juin 2012, Christian Constantin avait accueilli Gennaro Gattuso à la Porte d'Octodure, à Martigny.

Le 15 juin 2012, le FC Sion avait provoqué un séisme sur la planète football en annonçant le transfert de Gennaro «Rino» Gattuso, l'infatigable aboyeur du Milan AC, à Tourbillon. Alors âgé de 34 ans, le champion du monde transalpin, couronné en 2006 avec la Squadra Azzurra, vainqueur de la France aux tirs au but à Berlin dans une finale marquée par l'expulsion de Zidane, s’y était engagé pour deux saisons, préférant l’offre valaisanne à des propositions turques (Galatasaray), écossaises (retour aux Glasgow Rangers) ou émanant de Chine, de Russie, du Qatar et des Etats-Unis, chacune plus rémunératrice.

Comment un tel transfert a-t-il pu être réalisé? Alors que Christian Constantin avait déjà essayé d'attirer en Valais Alessandro del Piero, quels en ont été les dessous. Tournons-nous d’abord vers Marco Degennaro pour en détailler la genèse.

«Nos chances étaient quasi nulles, mais...»

«A l’époque, se souvient l’actuel directeur général du FC Sion, chaque fois que l’on évoquait ce que devait être un leader sur une pelouse, on en revenait toujours au nom de Gattuso, qui était systématiquement cité en exemple. A un moment donné, avec le président, on s’est dit: «puisque l’on parle toujours de Rino, pourquoi n’essaiera-t-on pas de l’approcher?»

Pour établir le lien et tenter l’audacieux coup de poker, Degennaro approche alors Andrea D’Amico, l’agent historique de Gattuso. Un rendez-vous est même fixé à Malpensa, l’un des aéroports de Milan. «En obtenant ce rendez-vous, j’avais fait mon boulot, sourit notre interlocuteur. Nos chances étaient quasi nulles. Faire venir Rino à Sion, c’était quelque chose d’impossible à réaliser. C’était déjà extraordinaire de pouvoir juste le rencontrer… Durant la discussion, le président et Rino allaient pourtant se trouver. Entre ces deux-là, ça a fait tilt…»

Un footballeur-acteur, généreux dans l'effort

La suite, c’est Christian Constantin qui la raconte: «Gattuso, c’est un footballeur-acteur au grand cœur, généreux dans l’effort. J’ai toujours aimé sa grinta, la manière dont il défendait ses couleurs. C’est le genre de gaillard qui n’hésite pas à mettre les pieds dans la boue et qui en sort toujours.» A Malpensa, aucun sujet n’est banni, ni les soucis oculaires du joueur à l’œil gauche en raison d’une paralysie du nerf crânien, ni ses prétentions salariales. «On s’est très vite pris en sympathie, reprend le patron du FC Sion. A un moment donné, Gattuso m’a juste dit: «Pour venir à Sion, je veux ça: un million de francs par an.» Et c’était fait, il n’y a pas eu de chichis. Un million, c’est peu pour un joueur qui gagnait à l’époque 5 millions de francs net au Milan AC par saison…»

Après le repas, aucun accord n’est formellement signé, l'infatiguable ratisseur du milieu de terrain demandant 48 heures de réflexion pour la forme. «Quand je l’ai appelé deux jours plus tard, à 18h précise comme convenu, raconte Marco Degennaro, il m’a simplement répondu: «Ok, pour moi, c'est tout bon. On se voit demain à Martigny.» Avant de me préciser qu'il avait accepté l'offre du président dès leur rencontre, deux jours plus tôt.»

Gattuso effectuera le trajet à bord de l’avion de son nouveau président, avant d’être officiellement présenté à la presse. Offrant dès ce moment-là une extraordinaire visibilité au FC Sion sur la scène internationale, principalement en Italie. Deux mois après son arrivée, le «pitbull»valaisan était revenu sur les circonstances de son arrivée en Valais dans les colonnes du Nouvelliste. «On m’a conseillé de ne pas m’engager à Sion parce que le président était fou, j’ai fait le contraire parce que je suis comme ça dans la vie, dévoilait-il alors. Je ne suis pas normal comme joueur. Entre fous, nous nous comprenons.»

«Durant son passage chez nous, reprend Degennaro, Rino habitait avec toute sa famille à Montreux. C'était la grande classe, jamais une embrouille. C'est le propre des très grands joueurs. Tout l'inverse d'éléments nettement moins doués, n'ayant pas vécu le dixième de sa carrière, mais qui, à titre comparatif, posent sans cesse des problèmes.»

Il rebondit à Palerme avec Lafferty dans ses bagages

Après avoir aligné 467 matches durant les treize saisons vécues sous le maillot du Milan AC, un parcours auréolé de deux Coupes des Champions (soulevées en 2003 et 2007), le nouveau No 8 du FC Sion, très vite nommé capitaine, allait disputer 32 matches et inscrire un but (contre Bâle) sous ses nouvelles couleurs.

En mai 2013, une rupture du tendon d’Achille devait précipiter la fin de sa carrière de joueur et sa reconversion définitive en tant qu’entraîneur.

Un mois plus tard, l’actuel coach de Napoli signait à Palerme. «Je suis assez fier d’être le premier à lui avoir donné sa chance, conclut Christian Constantin. A un moment donné, je suis descendu voir Maurizio Zamparini (ndlr: le bouillant président de Palerme)dans sa belle demeure. Je l’ai convaincu de prendre Gattuso pendant que sa femme médium, également présente, tirait les cartes à côté de nous.» Dans le deal conclu à l’époque figurait aussi le transfert de Kyle Lafferty, l’international nord-irlandais de Tourbillon, parti moyennant un chèque de 2,6 millions d’euros.

N.JR

Cette saison-là, Sion avait consommé sept techniciens

Durant la saison 2012-2013, le FC Sion avait multiplié les changements d’entraîneur, en consommant pas moins de sept techniciens, un «record» sans doute difficile à battre. Après avoir commencé la saison avec Sébastien Fournier (8 matches), le club valaisan allait la poursuivre avec successivement, par ordre d’apparition sur le banc, Michel Decastel (7 matches), Pierre-André Schürmann (4 matches), Victor Muñoz (3 matches)…

Alors qu’il avait débuté l’exercice sur la pelouse, Gennaro Gattuso allait lui-même succéder à l’ancien coach de NE Xamax en coiffant le 25 février 2013 la double casquette d’entraîneur-joueur. Ne possédant pas les diplômes requis, l’Italien allait recevoir un mois plus tard le soutien administratif d’Arno Rossini, venu mettre à disposition sa licence.

Au lendemain d’un naufrage à Saint-Gall (cuisant revers 5-0), Christian Constantin avait effectué un énergique nettoyage de printemps en virant Rossini - remplacé par le revenant Decastel - et en sortant du contingent sept joueurs: Dindsdag, Bühler, Sauthier, Yoda, Regazzoni, Mrdja et Adao, tous mis à l’écart.

Après avoir échoué en demi-finale de la Coupe (0-1 contre Bâle à Tourbillon), le premier leader de la saison 2012-2013 avait bouclé l’exercice à la 6e place.

N.JR

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