Actualisé 03.05.2018 à 11:45

SuisseConstruction: la retraite à 60 ans, c'est peut-être fini

Une institution de prévoyance nationale a résilié le contrat avec la fondation qui finance les rentes transitoires. Motif: trop d'ouvriers partent à 60 ans.

par
Christine Talos
Les ouvriers de la construction devront peut-être travailler plus longtemps.

Les ouvriers de la construction devront peut-être travailler plus longtemps.

Keystone

Mauvaise nouvelle ce jeudi pour les travailleurs actifs dans la construction: en effet, ceux qui souhaitent prendre une retraite anticipée à 60 ans devront s'attendre à recevoir 200 à 300 francs en moins par mois de la part de leur caisse de pension. La Fondation institution supplétive LPPa résilié le contrat conclu avec la branche. Motif: les travailleurs qui partent à 60 ans paient moins de cotisations que ce qu'ils recevront plus tard sous forme de rente.

Le Conseil de fondation de l'Institution supplétive paritaire (LPP) a résilié le contrat d'affiliation de la Fondation pour la retraite anticipée (FAR). Conséquence: «les rentes transitoires de la retraite anticipée entre 60 et 65 ans ne sont plus automatiquement attribuées au régime de prévoyance professionnelle dans l'Institution supplétive avec prise d'effet au 1er janvier 2019», indique jeudi la Société suisse des entrepreneurs (SSE).

La Fondation a expliqué à la FAR, qu'elle ne pouvait plus se permettre des subventions croisées pour éponger les pertes de celle-ci sur le dos de ses autres assurés, explique le Blickjeudi.

Jusqu'ici, lorsqu'un ouvrier voulait prendre sa retraite à 60 ans, il était pour la plupart du temps exclu de sa caisse de pension. Pour qu'il puisse continuer d'épargner ses avoirs de vieillesse, c'est la Fondation institution supplétive LPP, qui prenait le relais jusqu'à l'âge de 65 ans. Cette dernière est une institution de prévoyance nationale mandatée par la Confédération qui permet d'assurer du personnel ou des particuliers dans le cadre d’une prévoyance professionnelle facultative.

Graves conséquences

Cette décision a des conséquences immédiates. Si rien ne change pour ceux qui ont 60 ans et plus actuellement, ce n'est pas le cas pour ceux qui ont 59 ans cette année et qui auraient souhaité prendre leur retraite l'an prochain. Ceux-là ne seront plus acceptés par la Fondation.

Cela tombe très mal pour le secteur, écrit le Blick. Car l'idée même d'une retraite anticipée est sur le point de s'effondrer. En effet, la FAR, qui verse une rente transitoire à partir de 60 ans jusqu’à l’âge de la retraite, connaît de graves problèmes financiers. Là aussi parce que trop de travailleurs partent avant l'heure.

Le système anticipé dans la construction «est en péril», selon la SSE. Pour les entrepreneurs, «des mesures d'assainissement doivent être donc prises d'urgence». La SSE pointe de graves lacunes: «Sur les 18% du salaire qui sont transférés aux caisses de retraite, pas moins de la moitié s'évapore dans le système sans effet et avantage pour l?assuré comme primes de risque». Elle demande aux syndicats de proposer «enfin de véritables mesures d'assainissement et de cesser d'abuser de la question de la retraite anticipée dans la construction avec leurs manoeuvres politico-syndicales».

Fake news

Dans un communiqué distinct, Unia et Syna estiment que la retraite des travailleurs de la construction à 60 ans est un succès. Selon eux, la caisse de pension est solide: en 2017, elle a plus reçu que dépensé. Les syndicats ajoutent que les entrepreneurs refusent de négocier afin de résoudre les problèmes et préfèrent lancer «des fake news» (fausses informations). La retraite à 60 ans nécessite des négociations, pas une «polémique bon marché sur les dos des travailleurs».

La retraite anticipée est la pierre d'achoppement entre syndicats et représentants patronaux en vue du renouvellement de la convention collective de travail (CCT). Afin de rééquilibrer les finances de la Fondation de retraite anticipée (FAR), les syndicats proposent un relèvement général des cotisations. Ils se disent aussi prêts à discuter sur les prestations. L'objectif consiste à éviter de pénaliser la seule génération des baby-boomers.

Relever l'âge de la retraite anticipée

La SSE souhaite pour sa part, soit relever l'âge de la retraite anticipée, soit réduire les prestations. Selon la proposition de l'association patronale, un travailleur bénéficiant d'une retraite anticipée à 60 ans verrait sa rente diminuer de 20%. L'alternative patronale consiste en un relèvement de l'âge de la retraite anticipée à 62 ans , sans perte financière sur la rente.

Pour Unia, les rentes sont trop basses - montant moyen de 4500 francs - pour être encore réduites. Et pas question de toucher à l'âge de la retraite, la plupart des salariés de la branche n'étant déjà plus apte à travailler avant 60 ans.

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