Contraint de déplacer sa maison, la complainte d’un garagiste
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Jura bernoisContraint de déplacer sa maison, la complainte d’un garagiste

Les autorités locales ne font pas de cadeau à un citoyen de Frinvillier victime d’un incendie qui a détruit son atelier et son mobile-home.

par
Vincent Donzé
Entre le rail et la route, la micromaison du garagiste Alfred Hofstetter surplombe son atelier sinistré.

Entre le rail et la route, la micromaison du garagiste Alfred Hofstetter surplombe son atelier sinistré.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Tout perdre dans un incendie, à 64 ans, c’est la tragédie vécue par un garagiste de Frinvillier, une semaine avant Noël. Dans un atelier calciné, Alfred Hofstetter a mis une croix sur quatre motos qui racontaient sa vie, lui qui a mis «Yamaha 1972» dans son adresse e-mail. Mais il a aussi perdu son camping-car où il vivait depuis une séparation difficile.

Depuis le sinistre du 17 décembre dernier, Alfred Hofstetter n’a pas eu d’autre choix que de s’installer dans une micromaison, une «tiny house» de 47 m² qu’il a assemblée tout seul, il y a deux ans, sur un terrain agricole lui appartenant. Problème: pour la commune fusionnée de Sauge, cette construction est illicite.

Nulle part

«Après cet incendie, je n’ai nulle part où aller», a indiqué le garagiste au «Journal du Jura». «Je me suis installé dans ma minimaison et je ne demande qu’une chose: pouvoir vivre chez moi», insiste-t-il. Son espoir résidait dans un changement d’affection de son terrain agricole. Les démarches ont été entreprises, mais la commune n’y a pas donné une suite favorable.

La situation s’est envenimée lorsque le maire a pris des photos de la construction, avant d’entrer dans le garage, une attitude qui lui a valu une plainte pour violation de domicile et enregistrement illégal de leur conversation. «Cela me fait beaucoup de peine d’obéir à des gens qui ne respectent pas la loi», fulmine le garagiste.


Pendant 15 ans, son terrain en pente n’a servi à rien, et d’après ce que le maire lui a dit, la situation ne changera pas au cours des 15 prochaines années. «Je possède une parcelle sur laquelle je ne peux rien faire et pour laquelle je paie des impôts. C’est un terrain vague!» résume le garagiste.

Sur des plots

«Je prends cela comme une expropriation», reprend le garagiste. «Ma maison ne possède pas de fondation: elle est posée sur des plots», précise-t-il. Mais la loi sur l’aménagement du territoire et le plan d’aménagement local sont du côté des autorités: le garagiste doit débarrasser son «terrain vague» avant le 31 janvier.

Alfred Hofstetter reconnaît ses lacunes: «Je n’ai pas fait tout juste, en pensant naïvement que la commune allait m’aider», admet-il. Mais il demande du bon sens: «Ce terrain s’est retrouvé en zone agricole pour des raisons qui m’échappent: il n’a pas cette vocation». Aucun accès n’est possible, ni pour un tracteur, ni pour du bétail, ni culture. «Il n’y a pas d’agriculteur à Frinvillier», relève le propriétaire.

Son terrain est situé en zone agricole, même si sa configuration ne s’y prête pas.

Son terrain est situé en zone agricole, même si sa configuration ne s’y prête pas.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Dans ce village proche de Bienne, bétonné par des viaducs, Alfred Hofstetter est désespéré. Arrivé là il y a 36 ans en provenance de Tramelan, ce garagiste n’a pas le sentiment d’avoir suscité des inimitiés par son comportement, bien au contraire. «On me traite comme si l’incendie n’avait pas eu lieu», se dit-il, en omettant que la commune proposait de le reloger.

Sa maison assemblée sur un cadre métallique, il tentera de la déplacer sans la démonter, mais là où elle sera, elle gênera les travaux de reconstruction du garage détruit par l’incendie. «Je n’ai plus de force après avoir tout perdu: mon travail et mon domicile», confie le garagiste, convaincu que sa «tiny house» «sympa et écolo» ne dérange personne.

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