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USAContre l'oubli, il offre des stèles aux boxeurs défunts de Philadelphie (MAGAZINE)

Par Peter STEBBINGS Philadelphie (Etats-Unis), 17 oct 2014 (AFP) - Ils sont enterrés sans stèle, dans des tombes anonymes.

Philadelphie a pu servir de décor aux films de "Rocky" mais les boxeurs qui ont rendu cette ville célèbre sont aujourd'hui pour la plupart sous terre et sur le point d'être oubliés. A une époque différente et avec une fin moins tragique, Tyrone Everett, surnommé "The Mean Machine", aurait pu devenir une star internationale. Et multi-millionnaire, grâce à l'argent qui coule à flot à l'époque actuelle sur les grands noms du sport. Au lieu de cela, en mai 1977, six mois après que ce gaucher eut connu la seule défaite de sa carrière dans un combat hautement controversé à l'emblématique Spectrum de Philadelphie, il mourait, fauché en pleine jeunesse, tué par sa compagne à l'âge de 24 ans. "Tout le monde l'adorait. Il avait beaucoup de copains et de copines. Il avait beaucoup de style, il était super beau, super cool. Tout le monde l'aimait. C'était une star", raconte John DiSanto, le créateur du site spécialisé sur la boxe à Philadelphie, phillyboxinghistory.com. John DiSanto, âgé de 52 ans, n'a pas rencontré Everett mais il affirme avoir été frappé par l'immense émotion que la mort prématurée du poids plume avait provoquée. "Lors de son enterrement, son frère Mike, qui était aussi un boxeur, avait insisté pour qu'on ouvre le cercueil et que les gens puissent voir que Tyrone était toujours aussi beau car son visage était encore intact", raconte-t-il. "Je nageais dans tous ces détails: il y avait ce type si populaire et tous ces gens venus lui dire un dernier au revoir. Et je me suis dit, je dois aller sur sa tombe pour lui rendre hommage", ajoute-t-il. Mais quand cet expert de l'histoire de la boxe à Philadelphie est arrivé au cimetière, il découvre, choqué, un simple carré d'herbe. "J'ai tout de suite pensé qu'il fallait que je lui trouve une stèle". Grâce à ses nombreuses connaissances dans le monde de la boxe, il est parvenu à retrouver la mère d'Everett pour lui demander son accord. "Elle était super contente, émue, surprise que quelqu'un se rappelle encore de son fils. Il avait été la prunelle de ses yeux et elle s'est mise à pleurer au souvenir de son fiston qui avait été tué", raconte-t-il. Grâce à un programme de récolte de fonds qu'il a monté, Everett a maintenant une pierre tombale. Tout comme Garnet Hart le rusé, ou Eddie Cool le sans-peur, mort à 35 ans, alcoolique, et Joe Harris le gitan, dont la licence de boxeur lui a été retirée lorsqu'on s'est aperçu qu'il était borgne depuis une blessure à un oeil lors d'une bataille de gosses dans la rue. Harris, alcoolique et toxicomane, meurt à 44 ans, sans un sou, jeté dans une fosse commune. "Quand ils m'ont retiré ma licence, ça m'a cassé", avait-il confié un an avant de mourir en 1990. "C'était comme si une partie de moi était morte. Ils m'ont tué". Personne ne sait combien d'autres boxeurs encore sont morts, abandonnés dans des tombes anonymes à travers la ville dont ils ont pourtant contribué à faire la réputation. DiSanto confie avoir encore une liste de 10 boxeurs qu'il voudrait honorer avec une stèle mais les choses ne sont pas toujours faciles. L'argent est un problème, mais parfois aussi, les familles des sportifs se méfient et rechignent à remuer le passé qui fait ressurgir des querelles qu'elles auraient aimé ensevelir avec le défunt. "Le côté positif, c'est lorsque les gens se souviennent de ces gars. Cela fait ressurgir des noms dont on ne parlait plus. C'est l'un de mes objectifs", dit-il. "Mais le côté négatif, c'est que cela fait toujours remonter la même histoire pourquoi ce type n'a pas de stèle? c'est indigne!" Plutôt que d'accuser la famille, DiSanto préfère incriminer la fédération de boxe de la ville qui a laissé tomber la fine fleur de Philadelphie. "Ces gens n'avaient pas le moindre sou. Dans de nombreux cas, c'est déjà un miracle qu'ils aient réussi à payer une cérémonie et un enterrement en raclant les fonds de tiroirs. Alors naturellement la stèle ne faisait pas partie du plan", dit-il. "Mais cela pose une question qui me met mal à l'aise car cela implique de juger soit la famille soit le défunt. En fait, c'est la boxe qui est sur le banc des accusés parce que ces types lui ont donné leur vie et n'ont rien eu en retour". pst/rap/bdx/mf

(AFP)

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