Commentaire: «Coronaleaks»: il faut sauver le soldat Berset

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Commentaire«Coronaleaks»: il faut sauver le soldat Berset

Les commissions de gestion du Parlement décident aujourd’hui quelles suites réserver à l’affaire des fuites du Département de l’intérieur durant la pandémie.

par
Eric Felley
Alain Berset dans les locaux de 20 Minuten juste avant la deuxième votation sur la loi Covid-19 du 28 novembre 2021.

Alain Berset dans les locaux de 20 Minuten juste avant la deuxième votation sur la loi Covid-19 du 28 novembre 2021.

Marco Zangger

Ce mardi, les commissions de gestion des deux Chambres fédérales tiendront un point de presse en fin d’après-midi pour évoquer les liens d’Alain Berset et de son Département de l’intérieur avec le groupe de presse Ringier durant la pandémie. Sous le nom de «Bersetgate» ou «Coronaleaks», cette affaire mobilise les médias alémaniques depuis bientôt dix jours. Elle y prend plus d’ampleur qu’en Suisse romande, étant donné que les opposants à la politique fédérale du Covid-19 y ont été bien plus virulents.

Aujourd’hui, on sent que les plaies de la pandémie ne sont pas encore refermées. Le fait qu’Alain Berset, durant cette période, ait eu connaissance peu ou prou des contacts réguliers de son collaborateur Peter Lauener avec le patron de Ringier, Marc Walder, est perçu avec beaucoup de défiance et divise l’opinion.

Deux options qui n’en sont qu’une

L’UDC a bien compris le parti qu’elle pouvait tirer de cette situation durant cette année électorale. Son président Marco Chiesa réclame la démission d’Alain Berset dans «Blick»: «En l’état actuel des choses, il n’y a que deux options. Soit Monsieur Berset savait pertinemment que son porte-parole informait Ringier des décisions gouvernementales à l’avance. Il devrait alors abandonner sa fonction. Soit Alain Berset n’était pas au courant que Peter Lauener faisait fuiter des informations, et ne s’en est pas rendu compte. Dans ce cas, il doit aussi en assumer conséquences». Il n’y a donc qu’une seule option.

Le patron de l’UDC ne manque pas de culot vis-à-vis de la presse en déclarant dans la même interview: «La réputation des médias souffre aussi de cette affaire. Une défiance de la population envers la presse ne peut avoir que de mauvaises conséquences». Quant au sait à quel point les voix de l’UDC ont saboté depuis des années la réputation des médias, on se réjouit de lire que, dorénavant, le parti va cesser d’alimenter la défiance de la population à leur égard…

La paix des ménages

Cette fois, il ne s’agit pas de la RTS, mais de Ringier, un groupe tout à fait privé. Son patron Marc Walder avait déjà suscité la polémique en déclarant dans une vidéo, datant de 2021, vouloir inciter les rédactions du groupe Ringier, actif dans plusieurs pays, à soutenir les mesures gouvernementales dans le cadre de la pandémie. Autrement dit, le patron de presse avait décidé d’œuvrer pour la paix des ménages, plutôt que d’exacerber les tensions. Il ne voulait pas souffler sur la braise des complotistes et autres mouvements qui avaient déclaré la guerre aux institutions, que ce soit en Suisse ou ailleurs. Mais pour les opposants à la politique fédérale, il avait rejoint le camp détestable des «médias d’État».

Quelle influence sur Alain Berset?

À la lecture de certains e-mails entre Marc Walder et Peter Lauener, on est très surpris par la familiarité entre les deux hommes, notamment du fait que le second lui présente ses informations comme confidentielles, se sachant donc dans l’illégalité. Quelle a été la plus-value pour le groupe Ringier? Quelques scoops probablement qui ont fait grimper son audience. Mais quelle influence cela a-t-il eu sur Alain Berset? Durant cette période, il a donné quantité d’interviews à tous les médias et il a surtout tenu la barque dans la tempête, jonglé avec les attentes des milieux sanitaires, des cantons, des milieux économiques et de la population. Personne ne s’est investi autant que lui pour assumer l’autorité face au chaos que proposait ses adversaires.

Dans ce contexte, Alain Berset n’était pas «innocent» des enjeux médiatiques que la situation imposait. S’il a réussi à faire passer la politique du Conseil fédéral, c’est parce qu’il était bien informé des intentions des uns et des autres. Lui reprocher aujourd’hui d’avoir fait en sorte de pouvoir faire son job relève soit de l’hypocrisie, soit de la naïveté.

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