Actualisé 26.06.2020 à 07:14

Coronavirus: fossoyeur le jour, pasteur la nuit

Brésil

Alors que la pandémie est toujours vivace au Brésil, un pasteur évangélique de Manaus aide les familles défavorisées et enchaîne les funérailles. Portrait.

Le pasteur Izaias donne corps et âme pour tenter d'atténuer la douleur des familles.

Izaias Nascimento mène une double vie: fossoyeur le jour, pasteur évangélique la nuit. Il aide les familles pauvres à enterrer leurs proches et prêche pour ses fidèles à Manaus, au coeur de l'Amazonie brésilienne.

Dès 7h00 du matin, il revêt ses équipements de protection de la tête aux pieds et prend le volant d'une fourgonnette remplie de cercueils pour aller chercher des cadavres dans les hôpitaux ou chez les gens. «Je ressens la douleur de l'autre. J'adore mon boulot, c'est Dieu qui me l'a confié», dit-il à l'AFP.

Ce métis de 47 ans à forte carrure dit avoir reçu il y a quatre ans un appel de Dieu «pour s'occuper de ceux qui ont besoin de conseils, de mots gentils». Pasteur de l'Eglise pentecôtiste «Alcançando Vidas» («atteindre des vies»), il travaille aussi pour «SOS Funerais» («SOS funérailles»), un programme social de la municipalité qui propose gratuitement des services de pompes funèbres aux défavorisés.

Saisissantes fosses communes

Avec près de 70 000 personnes contaminées et près de 3 000 décès liés au Covid-19, l'Etat d'Amazonas, dans le nord du pays, est l'un des plus touchés du Brésil. Les hôpitaux étaient au bord de la saturation en mai et le nombre de décès quotidiens a augmenté de plus de 200% au plus fort de la pandémie, poussant les autorités à ouvrir de saisissantes fosses communes dans le principal cimetière de Manaus, la capitale régionale.

La situation s'est améliorée depuis, mais le pasteur Izaias continue de se donner corps et âme pour tenter d'atténuer la douleur des familles. «Au plus fort de la pandémie, on n'arrêtait pas», raconte-t-il. Son équipe, une des huit mobilisées par «SOS Funerais», devait parfois gérer une dizaine d'enterrements par jour.

«Avec amour»

La situation s'est «normalisée» depuis, selon lui, avec trois enterrements quotidiens. Mais il continue d'être confronté à des situations dramatiques. «Les gens sont souvent désespérés, certains crient N'emportez pas ma maman . Parfois, on subit même des agressions, mais il faut supporter tout ça en silence parce qu'on comprend leur douleur», confie-t-il.

Avec son masque noir de protection sur lequel on peut lire «SOS Funerais», le pasteur console un jeune homme qui vient d'enterrer son père, emporté par le coronavirus. La mairie ayant interdit tout rassemblement dans les cimetières, le jeune homme n'est accompagné d'aucun autre membre de sa famille. «Dieu m'a donné ce don de la parole et je fais ce travail avec amour, malgré les risques», poursuit Izaias Nascimento, qui assure ne pas avoir peur du virus, ni de la mort.

Bras au ciel

À 19h00, après 12 heures de dur labeur, il rentre chez lui et prend une longue douche avant de dîner avec sa famille. Mais sa journée n'est pas terminée. Il sort à nouveau à la nuit tombée pour aller prêcher chez un de ses fidèles.

Les cultes religieux restent interdits à cause de la pandémie, mais Izaias Nascimento peut tout de même prêcher devant des petits groupes, à domicile. Dans le salon d'une modeste maison en briques, les bras levés au ciel et le masque protégeant toujours son visage, il prie d'une voix forte et passionnée.

Plus tard, quand la crise sanitaire sera terminée, Izaias Nascimento espère pouvoir reprendre la construction de son temple, sur un terrain cédé par sa belle-mère.

(AFP)

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