Espagne: Corruption: le parti de Rajoy en accusation
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EspagneCorruption: le parti de Rajoy en accusation

Des responsables comparaissent pour «Pots-de-vins», «fausses factures».

Le parti populaire (convervateur) du chef du gouvernement Mariano Rajoy (ici le 29 septembre 2016 à Madrid) fait l'objet d'un procès pour corruption.

Le parti populaire (convervateur) du chef du gouvernement Mariano Rajoy (ici le 29 septembre 2016 à Madrid) fait l'objet d'un procès pour corruption.

Keystone

L'heure du procès a sonné en Espagne pour une douzaine d'anciens élus, hauts responsables et trésoriers du parti conservateur de Mariano Rajoy, jugés pour leur participation à un vaste réseau de corruption, à partir de mardi.

«Pots-de-vins», «fausses factures», «comptes en Suisse»: ces ingrédients de l'affaire Gürtel sont déjà bien connus des Espagnols, instruits par une série de scandales ayant impliqué tout particulièrement des membres du Parti populaire (PP).

Mais cette fois la presse parle du «procès de l'année», car trois anciens trésoriers du PP font partie des 37 prévenus, dont Luis Barcenas, détenteur de comptes en Suisse où il amassa des dizaines de millions d'euros.

«Don Vito»

Le parti lui-même - présidé depuis douze ans par le chef du gouvernement sortant Mariano Rajoy - n'est pas jugé en tant qu'auteur de délits mais cité comme «bénéficiaire» de fonds obtenus illégalement par des élus.

L'affaire avait été baptisée «Gürtel» par la police - soit «courroie» en allemand - en référence au nom du dirigeant du réseau, Correa.

L'homme d'affaires Francisco Correa préférait, lui, se faire surnommer «don Vito», comme le mafieux du film «Le parrain».

Francisco Correa est accusé d'avoir, entre 1999 et 2005, arrosé de pots-de-vin des élus du PP. En échange, ses entreprises ou celles de ses amis se voyaient attribuer des contrats de travaux publics ou l'organisation d'événements d'envergure, telle la visite en 2006 du pape Benoît XVI à Valence.

Commission en liquide

Le réseau - dont le numéro deux était un ancien dirigeant du PP en Galice - agissait dans les régions de Valence, de Castille-et-Léon et de Madrid ainsi que dans la capitale, deux villes voisines - Pozuelo de Alarcon et Majadahonda - et la station balnéaire andalouse d'Estepona.

L'an dernier, le journal d'investigation diario.es avait publié une «confession» de M. Correa. Il assurait que des chefs d'entreprises lui versaient «une commission de 2 à 3%» sur le montant des contrats publics attribués, qu'il remettait ensuite «en liquide» à M. Barcenas après avoir prélevé sa part.

A la veille du procès, Francisco Correa, qui a déjà passé trois ans en détention provisoire, a annoncé au quotidien «El Pais» qu'il comptait «raconter tout ce qu'il savait».

L'entrepreneur au train de vie luxueux était un proche de l'ex-chef de gouvernement conservateur (1996-2004) José Maria Aznar, et avait été témoin au mariage de sa fille.

L'affaire Gürtel est d'autant plus rocambolesque que l'un des prévenus a contribué à la dévoiler. Un petit magnétophone caché dans sa veste, l'ex-conseiller municipal PP de Majadahonda José Luis Peñas, avait enregistré les conversations de Francisco Correa et d'autres prévenus.

Cadeaux, voyages, clowns

En 2014, l'affaire avait poussé à la démission la ministre de la Santé Ana Mato.

Elle comparaît à présent comme simple «bénéficiaire à titre lucratif» des délits commis par son ex-mari, Jesus Sepulveda, accusé de détournement de fonds publics et trafic d'influence en tant qu'ancien maire de Pozuelo de 2003 à 2009. La famille aurait profité de différents cadeaux, voyages ou fêtes d'anniversaire avec clowns...

L'affaire avait par ailleurs abouti à la mise à l'écart très controversée du plus médiatique des juges d'instruction espagnols, Baltasar Garzon, qui avait ouvert l'enquête en 2009. En 2012, le juge avait perdu le droit d'exercer la magistrature pendant 11 ans, pour avoir ordonné des écoutes téléphoniques des conversations entre avocats et prévenus en détention.

Le procès doit durer plusieurs mois devant l'Audience nationale, en banlieue de Madrid.

Dans la salle d'à côté, mardi, des juges entendront un ancien pilier du PP: l'ex-patron du Fonds monétaire international Rodrigo Rato, jugé pour détournements de fonds quand il était banquier entre 2010 et 2012.

S'il a perdu sa majorité absolue en décembre, le PP reste le premier parti d'Espagne.

Après neuf mois de paralysie politique, Mariano Rajoy espère profiter de la crise au Parti socialiste pour pouvoir, finalement, former un nouveau cabinet.

(AFP)

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