Unesco: Lavaux: Corseaux veut détruire 10 000 m² de vignes pour y bâtir un EMS
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UnescoLavaux: Corseaux veut détruire 10 000 m² de vignes pour y bâtir un EMS

La commune de Corseaux va voter le 19 juin sur l’affectation d’une parcelle pour un projet d’EMS. Partisans et opposants ont des avis très très tranchés.

par
Eric Felley
La parcelle de 10 000 m² au premier plan qui fait l’objet d’un plan d’affectation pour construire l’EMS, la crèche et l’établissement médico-social.

La parcelle de 10 000 m² au premier plan qui fait l’objet d’un plan d’affectation pour construire l’EMS, la crèche et l’établissement médico-social.

Protégeons Corseaux/FB

L’EMS ou le paysage? C’est une âpre bataille qui s’annonce dans la commune de Corseaux (VD) près de Vevey. Le 19 juin, la population est appelée à trancher concernant l’utilisation d’un terrain communal de 10 000 m2 acquis en 1976, aujourd’hui en vignoble. Les autorités veulent y construire un complexe composé d’un nouvel EMS, d’une crèche et d’un établissement médico-social.

Quatre associations contre

Mais dans cet endroit en Lavaux, classé au patrimoine de l’Unesco, les défenseurs du paysage entendent faire barrage à cette nouvelle construction. Mardi, quatre associations – Protégeons Corseaux, Sauver Lavaux, Patrimoine Suisse Section Vaudoise et la Fondation Franz Weber - ont annoncé unir leurs forces «pour combattre ce projet destructeur du patrimoine et du paysage».

Le souci «du bien commun»

Du côté de la commune, la motivation principale du projet est le souci «du bien commun». Les 10 000 m² du terrain de Châtonneyre ont depuis 40 ans la vocation de servir l’intérêt public. Un nouvel EMS doit répondre au vieillissement de la population dans une commune où les octogénaires vont doubler d’ici 20 ans et où l’actuelle résidence près du lac est obsolète. Pour les places de crèches, la commune se voit dans l’obligation d’agir après la résiliation d’une convention avec la commune de Vevey.

Attentisme suspect

Les opposants rappellent que le projet, mis à l’enquête publique à fin 2019, avait suscité plus de 200 oppositions. Celles-ci ont incité la commune à revoir le projet en restreignant le périmètre du bâti à 4280 m² et en conservant 4400 m² de vignes. Mais cela ne suffit pas. Ancien syndic de Corseaux et président de l’association «Protégeons Corseaux», Georges Charotton critique l’attentisme des autorités actuelles: «L’EMS existant aurait dû être remis aux normes depuis près de dix ans, mais la Commune préfère confier à un tiers un mandat d’entreprise global pour réaliser la construction d’un nouveau bâtiment, plutôt que de contraindre les propriétaires et les exploitants de l’EMS à rénover les infrastructures actuelles».

L’EMS actuel en logement de luxe

Le même s’interroge aussi sur les réelles intentions de la commune: «Parallèlement, un autre plan d’affectation spécial, qui permettrait aux propriétaires de l’actuel EMS de construire, à sa place, des logements de luxe, a été déposé auprès de la Commune». L’actuelle résidence proche du lac est par ailleurs un magnifique bâtiment construit au début du XXe siècle, fleuron architectural de Corseaux.

Tout dans les règles

Mais pour la commune, la nouvelle affectation de son terrain a été faite dans les règles de l’art: adoptée par le Conseil communal, approuvée par les instances cantonales, redimensionnée pour répondre aux oppositions et enfin indispensable à l’avenir de la commune pour accueillir les plus jeunes et les plus vieux.

Un concours d’architecture suivra

Pour l’instant, on ne sait pas à quoi va ressembler le projet final. Les Corsalins vont voter uniquement sur le plan d’affectation de la fameuse parcelle: «L’apparence du projet sera définie par un concours d’architecture, précise la commune, qui devra respecter l’identité de Corseaux et les attentes de la population».

L’Unesco, l’atout touristique

Sur son site, la commune vante les qualités touristiques de la région: «Terre gorgée de soleil, le vignoble de Lavaux est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis juin 2007. L’harmonie majestueuse qui s’en dégage capte le regard. Sur une pente abrupte, l’homme cultive depuis des siècles une vigne plantée sur des terrasses aménagées à force de patience et d’obstination».

Une dégradation irréversible

Pour Suzanne Debluë, présidente de Sauver Lavaux, ce projet d’EMS serait fatal: «Le paysage si typique et l’identité du village s’en verraient à jamais dégradés, en contradiction avec la protection du vignoble, introduite dans la Constitution vaudoise par l’initiative «Sauver Lavaux» de Franz Weber en 1977. Le classement de la région au Patrimoine mondial de l’Unesco s’en verrait également menacé».

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