Interview: Cosey atteint la plus haute cime de la bd
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InterviewCosey atteint la plus haute cime de la bd

Le Vaudois a reçu hier le Grand Prix d’Angoulême, qui salue plus de 40 ans d’une carrière hors des sentiers battus.

par
Michel Pralong
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Cosey, victorieux, recevant le Grand Prix d'Angoulême, mercredi 25 janvier 2017.

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AFP
«Le retour de la bête» (1972)Il crée son premier héros, Paul Aroïd, pour le quotidien 24?heures.

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DR
«Kate» (1981)Le 8e tome de «Jonathan» est sacré meilleur album à Angoulême.

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Cosey est devenu le 50e nom inscrit dans le marbre du temple de la BD, le Festival d’Angoulême, qui lui a décerné hier son Grand Prix. Une récompense qu’un auteur ne peut recevoir qu’une fois et qui honore une carrière. Le Vaudois rejoint Franquin, Gotlib, Uderzo, Pratt et tant d’autres. «C’est impressionnant de se retrouver parmi tous ces grands, nous a-t-il confié hier soir en arrivant dans la préfecture de la Charente. Cela me fait vraiment superplaisir. D’autant plus que c’est toute la profession qui vote.»

«Je n’ai aucune chance»

Cela fait plusieurs années que Cosey figure parmi les nominés. La semaine dernière, on apprenait qu’il était dans le trio final. «Quand j’ai su que les autres étaient le Français Manu Larcenet et l’Américain Chris Ware, j’ai pensé que, face à eux, je n’avais aucune chance. Et puis le téléphone a sonné pour m’annoncer le résultat. J’ai dit: «C’est Larcenet.» «Tu te trompes», m’a-t-on répondu.»

À 66 ans, Bernard Cosendai, de son vrai nom, devient seulement le deuxième Suisse à recevoir cette récompense suprême. Le premier, c’était Zep, en 2004. «Je double la représentation helvétique. Nous sommes beaucoup moins que les Français (34), mais proportionnellement à nos populations, c’est bien. Et la Suisse compte encore beaucoup d’auteurs de talent.»

Dans notre pays, Cosey fut l’un des pionniers. Quand il s’est lancé dans le métier, en 1970, il est allé sonner à la porte du seul Suisse qui faisait de la BD: Derib. Le papa de Yakari et de Buddy Longway lui a mis le pied à l’étrier. «Je l’ai eu au téléphone tout à l’heure, il est très content pour moi.»

Cosey a vite trouvé sa propre voie, se lançant avec sa série Jonathan, personnage qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, dans une sorte d’autofiction inédite en BD. La montagne, le Tibet, la recherche de l’autre et de soi-même, des couleurs éclatantes, une neige qu’il dessine comme nul autre: Cosey a su, à travers une œuvre exigeante, trouver un large public. Il est devenu synonyme de qualité et de succès auprès des éditeurs qui l’ont choisi plusieurs fois pour inaugurer une collection. «Je pense que ce prix va permettre à un plus large public encore de découvrir mes albums.»

Hier soir, c’est le lauréat de 2016, le Belge Hermann, qui l’a accueilli sur scène au moment de l’annonce officielle du résultat. «Je suis très heureux que ce soit lui, dit Cosey. C’est un vieil ami. Il m’hébergeait lorsque je me rendais à Bruxelles pour rendre mes planches au journal Tintin. Et artistiquement, c’est quelqu’un dont j’admire le noir et blanc et le sens aigu du récit.»

Une édition 2018 à préparer

Jusqu’à la clôture du festival dimanche, Cosey va être très sollicité. Ensuite, cela ne sera pas terminé car, comme le veut la tradition, l’édition 2018 portera sa griffe. «Je ne sais pas encore ce que je vais faire. Ce qui m’inquiète, c’est que l’album sur lequel je travaille, le premier en noir et blanc et chez Futuropolis, risque de prendre un peu de retard.»

En attendant, il va profiter au maximum de cette consécration, recevoir des tapes amicales dans le dos de toute la profession. Car non seulement Cosey fait partie des leurs, mais en plus, depuis hier, il est officiellement parmi les plus grands.

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