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footCôte d'Ivoire: Ouattara surfe sur le succès des "Eléphants", l'opposition dénonce une récupération (PAPIER D'ANGLE)

Par Pierre DONADIEU Abidjan, 11 fév 2015 (AFP) - Chez lui, à l'aéroport, au stade, au palais...

le président Alassane Ouattara a été omniprésent aux côtés des footballeurs ivoiriens depuis leur victoire à la Coupe d'Afrique des Nations, s'attirant les critiques de l'opposition qui dénonce une récupération politique à quelques mois de la présidentielle. "La Côte d'Ivoire avance, merci ADO (Alassane Dramane Ouattara)". L'incroyable liesse populaire qui s'est emparée lundi d'Abidjan avait parfois des allures de meeting politique. Parmi le million de supporteurs, des centaines de pancartes vertes et oranges rendaient avant tout hommage au président. Depuis dimanche soir, Alassane Ouattara est partout. Les caméras de la télévision nationale l'ont d'abord montré fou de joie chez lui devant le match. Puis elles l'ont suivi dans une virée nocturne dans Abidjan, avec un président hilare, tout d'orange vêtu - la couleur des Éléphants - saluant la foule depuis le toit ouvrant de son 4X4. Le lendemain du sacre, "ADO" a accueilli les joueurs à l'aéroport. Puis il les a escortés jusqu'au stade Félix Houphouët-Boigny, où il a pris une longueur d'avance sur eux. Accompagné du capitaine Yaya Touré, c'est lui qui a présenté le trophée à l'arène en ébullition. "La Côte d'Ivoire qui gagne est en marche", affirmait Joël N'Guessan, le porte-parole du Rassemblement des républicains (RDR, le parti de Ouattara), dans un communiqué envoyé à la presse quelques instants après le sacre des "pachydermes". Et d'y appeler les Ivoiriens, à l'instar de leurs footballeurs, à être "unis et disciplinés" et à "pratiquer les consignes du chef" pour "remporter toutes les victoires sur le mal développement". Interrogé par l'AFP, M. N'Guessan nie tout opportunisme politique. "Nous n'avons pas besoin de faire de la récupération", affirme-t-il. "Après, nous sommes un parti politique, donc si les gens nous associent à cet évènement heureux, c'est une bonne chose pour nous". "Cette récupération est naturelle car tout pouvoir sait ce que le football représente pour les Ivoiriens, note l'analyste Yves Ouya. Mais cela n'a des effets qu'à court terme." Mardi, Alassane Ouattara recevait à la présidence les 23 footballeurs ivoiriens. Et donnait à chacun pour plus de 90.000 euros de primes. Une somme importante pour un pays dont la Banque Mondiale notait en novembre le niveau de pauvreté "inquiétant". "Le président fait de la publicité politique inappropriée", s'est indigné Franck Bamba, secrétaire national du Front Populaire Ivoirien (FPI), principal parti d'opposition. "C'est certainement en partie lié au fait que c'est une année électorale, mais ça reste tout à fait anormal." La Côte d'Ivoire vivra en octobre prochain une élection présidentielle qualifiée de cruciale, car censée parachever la stabilisation du pays après les violences postélectorales de 2010-2011, qui ont fait plus de 3.000 morts, et plus généralement refermer 10 ans de crise politico-militaire. Le président Ouattara est pour l'instant le seul candidat d'envergure à ce scrutin. "Il faut veiller à ce que ce genre de récupération ne frustre pas le camp adverse", remarque Yves Ouya. Pour éviter cela, la présidence a invité plusieurs responsables de l'opposition, notamment du FPI, à assister à la finale en Guinée Équatoriale dimanche. "Un bon signal", selon Franck Bamba. Mais si Alassane Ouattara martèle depuis lors les mots "unité" et "réconciliation", des supporters, certes très minoritaires, lançaient lundi des slogans bien moins rassembleurs, témoignant du chemin restant à parcourir. "Coupe ni, Dioula coupe lo", "Cette coupe-là, c'est pour les dioulas", entendait-on par moments dans la foule, le long du passage du bus des champions. Le terme "dioula" regroupe plusieurs ethnies du nord de la Côte d'Ivoire, qui pendant près de 9 ans (2002-2011), fut contrôlé par une rébellion pro-Ouattara, tandis que le sud était tenu par une armée loyale à l'ex-président Laurent Gbagbo, désormais détenu par la Cour pénale internationale. pid/jf/fal

(AFP)

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