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SociétéCoucher avec un robot, c'est tromper?

Tandis que près d'un Américain sur dix se voit bien avoir une relation sexuelle avec un androïde, 31% ne considèrent pas cela comme une infidélité.

par
Saskia Galitch et Sandra Imsand
Une relation sexuelle avec un robot? Ce n'est encore que de la science-fiction, mais certains avouent fantasmer sur l'expérience.

Une relation sexuelle avec un robot? Ce n'est encore que de la science-fiction, mais certains avouent fantasmer sur l'expérience.

Blutgruppe/Corbis

Soumis, doux, incapable de contestation et toujours prêt à tout, le robot est un être idéal, fantasmé depuis des décennies. En témoigne le sondage* qui vient de paraître aux Etats-Unis selon lequel 33% des Américains, hommes et femmes confondus, rêvent d'avoir un androïde comme domestique – 9% d'entre eux allant même jusqu'à imaginer se faire prodiguer des services très, très intimes! Ils sont même 31% à estimer que «coucher avec une machine, ce n'est pas tromper». Un point de vue débattu dans l'excellente série suédoise «Real Humans», actuellement diffusée sur Arte, et que certains peuvent trouver choquant et moralement douteux.

«Aberrant»

Ainsi Carla Nessi, du Centre de formation et de thérapie relationnelle La Maison du couple, à Lausanne, qui estime qu'une relation sexuelle avec un robot est une infidélité. Elle précise: «Dans la sexualité, je considère normal ce qui convient aux deux partenaires. Mais que si l'un d'eux est en souffrance, cela ne convient pas. A titre personnel, je trouve aberrant et bizarre de remplacer un homme chaud et tendre par une machine. Pour moi, en cas de recours de ce type, je pense que la relation est en danger, comme dans les liaisons extra-conjugales, car l'énergie psychique n'est plus mise au service de la relation de couple mais à l'extérieur.»

«Poupée gonflable améliorée»

D'un tout autre avis, la doctoresse en sexologie genevoise Juliette Buffat, qui considère ces humanoïdes comme une version améliorée de la très classique poupée gonflable, suggère qu'il «est probablement moins déstabilisant d'avoir un ou une rival(e) «machine» que de chair et de sang». Et que pense-t-elle de la possibilité d'une relation sexuelle humain-robot? «C'est parfaitement compréhensible d'un point de vue masculin», note le médecin.

Avant d'expliquer: «En général, la libido féminine se nourrit du sentiment d'être désirée par l'autre. Alors être excitée par un androïde, je ne vois pas trop comment c'est possible.» Elle reprend: «Cela dit, si un homme est en manque, autant qu'il compense via un androïde figurant une dame!» Carrément? «A priori, pour pouvoir faire l'amour à sa machine, il va devoir utiliser un peu son imaginaire. Je pense que c'est beaucoup moins nocif que des masturbations si celles-ci passent par des images pornographiques qui sont souvent très déconnectées de la réalité et l'éloignent petit à petit de la sexualité féminine.»

Et quid du niveau légal? Une relation extraconjugale avec un humanoïde serait-il un motif de divorce acceptable? Comme le relève l'avocate lausannoise Catherine Jaccottet, «dans le droit suisse du divorce, l'adultère n'a plus de portée juridique, il n'est pas considéré comme un concept pertinent». Dont acte.

* Sondage réalisé entre février et mars 2013 auprès d'un échantillon de 1000 adultes, hommes et femmes, représentatif de tous les milieux sociaux.

«Plus proche de la science-fiction que de la réalité»

Un robot androïde doté d'une intelligence artificielle qui assouvirait les désirs sexuels des humains, ce n'est pas pour demain! «Même si de grands progrès ont été faits depuis les débuts de la robotique, un tel androïde est hors de portée de la technologie actuelle», estime le Dr Francesco Mondada, du Laboratoire de systèmes robotiques à l'EFPL. De plus, pour le chercheur, «dans la recherche en robotique actuelle, les capacités sociales, créatives et émotionnelles des robots sont très loin d'être aussi développés que dans les films de science-fiction». Francesco Mondada explique qu'un pan très important de son métier repose sur l'acceptation de la technologie par le public. «Nous travaillons sur des projets qui permettent une intégration harmonieuse des robots dans la vie quotidienne.» Or il est prouvé que les utilisateurs ne sont pas prêts, à juste titre selon le spécialiste, à accepter des robots qui remplacent l'humain sur des aspects sociaux et émotionnels. Le chercheur de l'EPFL estime que ce genre de projets jouerait sur des fantasmes liés au fait que le robot donne une impression de vivant, ce qui permet de projeter des émotions humaines. «Cela reflète notre envie de créer notre propre créature.»

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