Motocyclisme: Coup de cœur: le choix de Monsieur Jorge

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MotocyclismeCoup de cœur: le choix de Monsieur Jorge

Jorge Lorenzo rejoint Marc Marquez chez Honda. Le choix du champion, vainqueur dimanche du GP d'Italie, mérite un immense coup de cœur.

par
Jean-Claude Schertenleib
Keystone/Photomontage

La sensation est parfaite: vainqueur dimanche du GP d'Italie avec sa Ducati, Jorge Lorenzo rejoint le team Repsol-Honda. Il y sera, ces deux prochaines années, l'équipier du champion du monde en titre Marc Marquez, dream team idéale si l'on additionne les palmarès des deux Espagnols, opération qui va faire le délice des gazettes et du public. Et peut-être même des adversaires traditionnels des deux hommes.

Ce choix de monsieur Jorge mérite bien un immense coup de cœur. Parce qu'il a surpris tout le monde ou presque dans un milieu où les bruits les plus fous se répandent chaque minute avec plus ou moins de force, vagues irrégulières qui s'effacent souvent avant même d'arriver à la plage. Ou plutôt, à la signature des documents qui lient un homme avec une équipe et dont le ton est généralement saupoudré de vert, la couleur du dollar tout-puissant.

Un choix courageux

Mieux: Jorge Lorenzo, après avoir répondu sur la piste aux critiques qui émanaient du directoire de Ducati, n'a pas craint de faire ce choix. Qui n'a rien d'une sinécure, parce que Marc Marquez est un incontestable numéro 1 et qu'il est surtout le seul capable de maîtriser – pas toujours, il est vrai! – cette Honda qui fait peur à tant de monde et qui dévore ses pilotes avec l'appétit du Moloch. Le pauvre Dani Pedrosa est l'illustration ô combien touchante du caractère si complexe d'une moto qui est pourtant la dominatrice du championnat depuis plusieurs saisons, grâce à son chat génial, Marc Marquez.

Parlons-en de celui-ci, car dans cette décision, dans ce transfert surprise, il mérite aussi un immense coup de chapeau. En début d'année, il avait clairement annoncé la couleur en confiant que l'essentiel, pour lui, ce n'était pas le nom de son équipier, mais qu'il fallait absolument trouver un pilote de tout premier niveau. À cette époque, il ne pouvait pourtant pas savoir ce qui… ne se tramait pas encore. On avait évoqué le nom de Johann Zarco, puis celui d'un homme en devenir, Franco Morbidelli, voire d'un débutant, Joan Mir; tous des pilotes rapides, c'est vrai, mais qu'on n'imaginait pas capables de bousculer le champion.

Avec Jorge Lorenzo, Marc Marquez sait que ce sera différent. Et le fait qu'il a accepté sa venue – car, dans sa situation, il peut tout exiger – est plus qu'un signe, c'est un acte de courage. Parce que son futur second n'est pas seulement le plus fin de tous les pilotes de GP, il est surtout quelqu'un à l'ego démesuré, qui ne craint pas de parler de lui à la troisième personne et de créer alentour une ambiance qui peut rapidement devenir délétère, parce que nourrie aux petites phrases vicieuses, à la jalousie congénitale et aux intrigues diverses.

Dimanche en fin de journée, lors de la conférence de presse post-GP d'Italie, on s'est demandé ce qui était arrivé à Lorenzo quand il a fait ami-ami avec Valentino Rossi, le pire «ennemi» de Marc Marquez. On comprend ce matin un peu mieux: la saison 2019 est commencée avant même que l'actuelle n'atteigne le cap de la mi-course.

Marc Marquez-Jorge Lorenzo sous les mêmes couleurs, c'est le remake moderne du couple Ayrton Senna-Alain Prost chez McLaren, en formule 1. Le choix de monsieur Jorge, c'est la promesse d'un demain encore plus fou que le présent.

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