Salez (SG): Coup de folie ou crime passionnel?

Publié

Salez (SG)Coup de folie ou crime passionnel?

Le Suisse de 27 ans qui a bouté le feu à des passagers avant de les poignarder est mort. Une femme de 34 ans a aussi succombé.

par
Evelyne Emeri
Les sièges où étaient assises deux des victimes sont littéralement calcinés. Le wagon endommagé du SOB a été mis sous séquestre policier. Les passagers indemnes ont été pris en charge par une cellule psychologique.

Les sièges où étaient assises deux des victimes sont littéralement calcinés. Le wagon endommagé du SOB a été mis sous séquestre policier. Les passagers indemnes ont été pris en charge par une cellule psychologique.

20Minuten

«Le terrorisme n'est pas notre piste privilégiée. D'autres mobiles sont plus probables.» Le porte-parole de la police cantonale saint-galloise, Bruno Metzger, est catégorique, mais n'en lâchera pas davantage quant aux motifs qui ont poussé Simon S., jeune Suisse vivant au Liechtenstein, à commettre pareil acte. Un détail tout de même, qui pourrait se révéler essentiel: «Nous ne savons pas encore s'il a parlé au moment des faits.»

Filmé en flagrant délit

Les investigations débutant, les limiers saint-gallois et le ministère public protègent scrupuleusement leurs indices. S'agissant tant de la scène de crime que de l'identité ou de la profession de l'assaillant, tant de la nationalité de ses victimes que de leurs éventuels liens de parenté ou encore du résultat de la perquisition au domicile de l'auteur. Hier matin, le service communication de la police alémanique croulant sous les appels de la presse du monde entier, les journalistes étaient renvoyés sur le site de la police et sa page Face­book.

Par chance, une caméra de surveillance, installée dans le wagon de la compagnie Südostbahn (SOB), a permis de filmer cette tragédie. Cette vidéo de samedi 14 h 20 montre ce Suisse de 27 ans, armé d'un couteau, asperger plusieurs passagers d'un produit inflammable (essence, alcool à brûler?) avant d'y mettre le feu. Malheureusement, l'homme n'en a pas terminé. Il plante encore son arme tranchante dans les corps de malheureux clients de la ligne du Rheintal saint-gallois et s'automutile.

Alerté par le détecteur de fumée, le conducteur du train immobilise son convoi dans la petite gare de Salez, située sur le tronçon reliant Buchs à Sennwald et longeant la frontière avec le Liechtenstein. Un homme qui attendait son train sur le quai comprend très vite le drame qui se joue à l'intérieur. Il grimpe à bord pour extraire l'agresseur, qui est, lui aussi, en flammes et permet d'éviter un massacre plus conséquent. Ce héros a été intoxiqué et fait ainsi partie des six personnes blessées – non compris l'attaquant – par le feu et/ou les coups de couteau. Les plus grièvement atteintes sont une jeune fille de 17 ans et une fillette de 6 ans. Également touchés mais dans un état moins critique, une femme de 43 ans, un jeune de 17 ans et un quinquagénaire.

Tueur par amour?

Reste la sixième victime. Une passagère de 34 ans, celle-là même qui a reçu le plus de liquide inflammable, projeté par le jeune assaillant. Leurs pronostics vitaux ont été engagés dès les premières minutes. Tous deux ont du reste succombé à leurs graves blessures hier en milieu de journée.

L'hypothèse que la trentenaire ait été la cible du meurtrier est évoquée et largement prise en compte par les enquêteurs. La police ne confirme toutefois pas cette information à ce stade des recherches. Information selon laquelle l'Alémanique aurait agi par amour et perpétré un crime passionnel. Le mobile de l'amoureux éconduit reste une question ouverte. Comme beaucoup d'autres. Souffrait-il de troubles psychiques? Avait-il des problèmes privés ou relationnels? S'agit-il d'un geste isolé dû à un coup de folie?

Les forces de l'ordre restent très prudentes et frileuses. Le tueur n'était pas connu des services de police saint-gallois et pas davantage dans la Principauté. Il n'avait pas non plus de casier judiciaire. Il est, en outre, avéré qu'il a agi seul.

Tard hier soir, Blick a publié sur son site Internet des témoignages des voisins de Simon S. au Liechtenstein. Ils le décrivent comme un solitaire, victime de moqueries. Une connaissance dit de lui: «C'était un gars sympathique, calme. Mais j'ai le sentiment qu'il avait des problèmes avec lui-même.» Le jeune homme, grand et mince, portant des lunettes, travaillait à temps partiel chez un fournisseur de pièces automobiles de la région. «Il a été taquiné toute sa vie, confie son proche. Il était souvent seul.» Ses voisins le voyait assis dans le jardin à lire, mais il ne disait jamais bonjour.

Les policiers et le parquet attendent beaucoup des témoignages des nombreux passagers indemnes qui voyageaient à bord du train fatal. Ils espèrent également pouvoir entendre les victimes hospitalisées dès que la Faculté leur en donnera l'autorisation. Quant au pilote de la locomotive, il est dans un tel état de choc qu'il n'a pas pu être interrogé.

Surveillance pas modifiée

Interpellés suite à l'attaque de Salez, les CFF ont fait savoir qu'ils n'ont pas l'intention de modifier leur dispositif sécuritaire pour le moment. Ils préfèrent attendre les conclusions de l'enquête saint-galloise avant d'entreprendre d'éventuelles adaptations sur leur réseau ferroviaire.

Ton opinion