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SuisseCoup de griffe sur les retraites

Même les caisses de pension en bonne santé se voient accorder un feu vert pour baisser le taux d'intérêt appliqué à une partie du capital vieillesse.

par
Lise Bailat
Les cotisations sur le salaire à partir de 83'000 francs annuels pourraient bien ne plus rien rapporter.

Les cotisations sur le salaire à partir de 83'000 francs annuels pourraient bien ne plus rien rapporter.

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Les appels à la prudence s'empilent à grande vitesse dans le domaine des rentes du 2e?pilier. Pour sa première prise de parole publique, la toute nouvelle Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle a donné un signal clair: elle a décidé que même une caisse de pension en bonne santé peut appliquer un taux d'intérêt inférieur au taux minimal légal, voire un taux nul, sur la part surobligatoire de la prévoyance (voir les conséquences sur l'infographie). En d'autres termes? Une partie du capital vieillesse accumulé durant une carrière, les cotisations sur le salaire à partir de 83?000?francs annuels, pourrait bien ne rapporter, comme intérêts que quelques cacahuètes… Voire tout autant qu'un bas de laine placé sous un matelas!

Les syndicats s'insurgent

Pourquoi une telle décision? «Cette mesure devrait surtout uniformiser la pratique. Mais elle ne touche que les assurés actifs et devrait être appliquée avec une certaine réserve», explique Vera Kupper Staub, la vice-présidente de la Commission de haute surveillance. «Nous n'encourageons pas les caisses à baisser les taux d'intérêt!» précise André Dubey, professeur honoraire à l'Université de Lausanne et membre de la Commission fédérale. «Mais si un conseil de fondation estime qu'il est nécessaire de le faire pour conserver un équilibre financier, alors nous jugeons que c'est acceptable.»

Mieux vaut une mesure légèrement douloureuse maintenant que drastiquement impopulaire dans quelques années semble ainsi dire la commission. «Nous savons tous que la prévoyance professionnelle est soumise à d'énormes défis. La résolution des problèmes ne peut être simplement déléguée aux générations futures», a sobrement commenté le président de la commission, l'ancien député PLR Pierre Triponez.

Le syndicat Unia estime, lui, qu'on s'en prend à l'argent cotisé par les travailleurs. «C'est incompréhensible! Si une caisse de pension est saine et n'est confrontée à aucun problème, il n'y a pas de raison de réduire les taux d'intérêt!» s'exclame Nico Lutz, porte-parole du syndicat. Le débat va sans doute se répéter avec le taux de conversion des rentes, encore plus sensible.

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