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rugbyCoupe d'Europe - Saracens: l'invisible Mark McCall dans la lumière (MAGAZINE)

Par Colin DRONIOU Londres, 22 mai 2014 (AFP) - Peu connu même s'il vient de décrocher pour la deuxième fois d'affilée le titre d'entraîneur de l'année en Angleterre, le technicien Mark McCall a pourtant déjà dépoussiéré le palmarès des Saracens avant leur première finale de Coupe d'Europe contre Toulon samedi.

Pleinement en charge de l'équipe depuis janvier 2011, il avait alors préservé son invincibilité et avait offert son premier titre de champion d'Angleterre au club fondé il y a 183 ans. Re-belote cette année avec 87 points -un record en saison régulière- qui place les "Sarries" en position de réaliser un doublé Premiership-Coupe d'Europe. Mais si son club, sa cohorte d'internationaux ou de dirigeants prestigieux et explosifs sont en vogue, lui est jusqu'ici resté dans l'ombre. Arrivé en 2009 dans les bagages de l'entraîneur sud-africain Brendan Venter rencontré aux London Irish en fin de carrière, McCall est passé N.1 quelques mois plus tôt lorsque le volcanique Sud-Africain est devenu directeur sportif. Depuis, il forme avec son supérieur un tandem aussi efficace que différent et l'ex-Springbok, retourné chez lui, revient uniquement une fois par mois à Londres pour vérifier que tout se passe bien. "On me dit souvent que fonctionner comme ça doit être horrible mais c'est tout le contraire en fait", apprécie le technicien de 46 ans. Avant de percer sur le banc, le Nord-Irlandais a d'abord joué comme centre, dans un certain anonymat malgré ses 13 sélections entre 1992 et 1998. Cadre de l'équipe d'Ulster, il y a accompli la plupart de sa carrière à l'exception de son escapade à Londres, avant d'y revenir pour soulever la Coupe d'Europe en 1999 comme capitaine d'honneur. Blessé au cou, il n'avait pu jouer et a ensuite mis fin à sa carrière. L'entraîneur des arrières nord-irlandais de l'époque étant vendeur de voitures à mi-temps, il ne pouvait assurer les séances. McCall a donc pris la place laissée libre, montant ensuite seul en scène en 2004. Avant de passer deux ans à Castres entre 2007 et 2009, il avait remporté avec l'Ulster la Ligue Celtique en 2006 et envoyé, record du club, pas moins de neuf joueurs en équipe d'Irlande. "Avec Venter qui supervise, il a amené une certaine rigueur de travail, une éthique et une honnêteté vis-à-vis des joueurs qui fait qu'il est respecté, explique l'ex-Sarries Thomas Castaignède. Il veut un groupe homogène. C'est quelqu'un de discret et qui a aussi su intégrer dans son staff des anciens éléments du club qui sont de très bons relais." Tellement intègre que parfois, face à l'impossibilité de départager les deux N.9 Neil de Kock et Richard Wigglesworth, il leur propose de tirer à pile ou face ! "Au-delà du rugby, il a amené une culture dans le club où tout le monde est tourné vers le même objectif, dit de lui le premier, qui évolue aux Saracens depuis 2006. Il a créé une vraie cohésion, un vrai collectif." "Sa connaissance du jeu est incroyable, ajoute le second. Si vous mentionnez un match des trois dernières années, il pourra vous dire exactement ce qu'il s'est passé et pourquoi. Il est aussi très doué pour laisser les gens faire ce qu'ils savent bien faire". C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il prend rarement la parole et laisse s'exprimer ses adjoints. En bon Irlandais, McCall n'en est pas pour autant un personnage fade et c'est un farouche opposant du "salary cap" à l'anglaise qui pénalise les clubs face aux Français. Quelques prises de positions musclées lui ont d'ailleurs déjà valu d'apparaître sur les écrans radars des instances. Ex-joueur de club à l'ancienne, Mark McCall est surtout devenu un entraîneur moderne très consciencieux. En septembre, ce fils d'un international irlandais de cricket a ainsi invité ses subalternes à se rendre à Munich pour découvrir les méthodes d'entraînement du Bayern après en avoir fait de même à New York avec les franchises de hockey et de football américain. cd/sva/jde

(AFP)

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