23.03.2012 à 06:36

Putsch au MaliCouvre-feu et issue incertaine à Bamako

Annoncé par des militaires, le coup d'Etat au Mali a suscité une vague de condamnations à l'étranger. Les frontières ont été fermées et un couvre-feu a été décrété. On dénombre au moins trois morts.

L'entrée des ministères maliens à Bamako.

L'entrée des ministères maliens à Bamako.

AFP

Au moins trois personnes ont été tuées au Mali lors d'un coup d'Etat contre le président Amadou Toumani Touré.

Annoncé par des militaires, il a suscité une vague de condamnations à l'étranger. Les frontières ont été fermées et un couvre-feu nocturne est décrété.

«Le président est bien à Bamako, dans un camp militaire d'où il dirige le commandement», a affirmé une source militaire loyaliste, ce qu'a confirmé un membre de l'entourage de Amadou Toumani Touré, précisant qu'il était avec des membres de la garde présidentielle. Tous ont rejeté des rumeurs le donnant réfugié dans une ambassade étrangère ou en route pour un pays voisin.

Rébellion touareg

Le Mali, vaste pays enclavé d'Afrique de l'Ouest, doit faire face à une rébellion touareg meurtrière depuis mi-janvier, qui a provoqué le déplacement de 206'000 personnes au Mali et dans les pays voisins, selon l'ONU.

Tout a commencé mercredi lorsque des soldats se sont mutinés pour réclamer plus de moyens pour la guerre contre les rebelles dans le Nord, immense région désertique également en proie à des activités de groupes islamistes armés, dont Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

La mutinerie, partie de la ville garnison de Kita (15 km de Bamako), a gagné Koulouba (près de Bamako) où se trouve la présidence, puis la capitale et Gao (nord-est), abritant un commandement anti-rébellion de l'armée.

Jeudi, les mutins ont annoncé avoir mis «fin au régime incompétent» du président Touré. Ils ont décrété la dissolution de «toutes les institutions» et un couvre-feu, de 18 heures à 6 heures. Ils ont fermé les frontières du Mali «jusqu'à nouvel ordre» et invité les fonctionnaires à reprendre le travail mardi 27 mars.

Plusieurs tués

Dans les combats avec la garde présidentielle près de Koulouba, un mutin a été tué mercredi, selon une source militaire, alors que l'ONG Amnesty International a recensé trois personnes tuées par balles. En deux jours, environ 40 blessés, dont «trois à quatre civils», la plupart touchés par des balles perdues, ont été hospitalisés à Bamako et Kati, selon la Croix-Rouge malienne.

Plusieurs personnes ont été arrêtées, dont des membres du gouvernement de M. Touré et des chefs militaires loyalistes à Gao, selon des sources concordantes.

Les autorités maliennes ont dû gérer ces dernières semaines la colère contre la guerre sur deux fronts: au sein des troupes, qui dénonçaient des soldats mal préparés et sous-équipés face à des adversaires lourdement armés, et au sein des familles de soldats, qui critiquaient une réaction molle et le silence officiel sur les conditions des leurs, dont certains ont été exécutés.

Les putschistes ont fustigé «l'incapacité» du gouvernement «à gérer la crise» dans le Nord, promettant de «restaurer le pouvoir» civil et d'installer un gouvernement d'union nationale.

Jeudi soir, ils semblaient peiner à contrôler des auteurs de saccages et de pillages. Au siège de la radio-télévision publique ORTM, «il ne reste plus une seule caméra», des soldats ont emporté divers biens publics et privés, selon des employés.

Condamnations

L'annonce du coup d'Etat a suscité à l'étranger une vague de condamnations, ouvrant la voie à des sanctions contre le Mali.

A New York, les pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont appelé au «rétablissement immédiat de l'ordre constitutionnel et du gouvernement démocratiquement élu», dans une déclaration lue par l'ambassadeur britannique à l'ONU Mark Lyall Grant. La Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD) ont annoncé qu'elles suspendaient leur aide au Mali.

(ats)

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