Humeur - Covid-19: de «l’étiquetage» à la discrimination
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HumeurCovid-19: de «l’étiquetage» à la discrimination

Nous projetant, face à un avenir incertain, imaginons que les vaccinés portent un autocollant bleu et les non-vaccinés un rouge.

par
Eric Felley
Les patients sensibles devraient pouvoir réclamer que du personnel «bleu»

Les patients sensibles devraient pouvoir réclamer que du personnel «bleu»

Getty Images

Depuis que la courbe des cas du variant Delta est partie à la hausse, beaucoup se projettent dans l’avenir en imaginant des mesures, en annonçant l’obligation du pass sanitaire pour le restaurant, le cinéma ou se focalisant sur la vaccination du personnel de santé. C’est ainsi que le président des Vert’libéraux, Jürg Grossen (VL/BE), conseiller national, a fait l’actualité dimanche dernier. Il propose que les personnes qui travaillent dans la santé, dans les EMS ou dans les crèches portent un autocollant qui permette de distinguer si elles sont vaccinées ou non. Histoire de protéger les patients dont elles s’occupent.

Se cacher sous le lit…

Première question: qui doit porter l’autocollant? Les bons ou les pas bons? Voilà un premier obstacle pour les consciences. Les premiers seront réticents à le faire vis-à-vis de leurs collègues. Les seconds seront réticents à être aussi simplement stigmatisés. La solution serait que les deux portent un autocollant. Les vaccinés en porteraient un bleu et les autres un rouge. Les patients qui verraient arriver un infirmier signalé rouge pourront soit se cacher sous le lit en attendant qu’il reparte, soit tirer la sonnette d’alarme pour demander qu’on ne leur envoie que du personnel bleu.

Une société à deux couleurs

Dans les milieux professionnels, on parle de «l’étiquetage» du personnel comme on parle de l’étiquetage des fraises dans un supermarché. Ce n’est pas très sérieux, mais cela a le mérite d’être clair. Ce ne serait pas une société à deux vitesses mais à deux couleurs. Une fois le principe adopté pour le personnel soignant, d’autres politiciens que Jürg Grossen voudront l’étendre aux enseignants, au personnel des établissements publics, au personnel des trains, aux chauffeurs de bus… Bref, à toute personne qui fréquente d’autres personnes dans son travail.

Finalement, certains revendiqueront le droit de reconnaître un vacciné d’un non-vacciné dans la rue afin de pouvoir changer de trottoir le cas échéant. On n’est jamais trop prudent. Si tout cela permet d’éviter de devoir refermer les établissements publics, les fitness et les discothèques, alors cette société a deux couleurs aura fait ses preuves pour la communauté. Mais, car il y a un grand mais, avant d’en arriver là, il est utile de rappeler que le statut vaccinal de chacun de nous est placé sous la haute protection du secret médical. Jusqu’à nouvel avis, nous sommes tous blancs.

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