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CinémaCritique: «Dumbo», petit mais avec de grandes oreilles

Mickey et Tim Burton ont-ils trouvé un terrain d'entente artistique avec cette refonte d'un modeste classique de l'animation?

par
Jean-Charles Canet
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Maman les éléphanteaux qui font du cirque ont-ils des oreilles? Mais oui mon gros bêta s'ils n'en avaient pas ils ne voleraient pas.

Maman les éléphanteaux qui font du cirque ont-ils des oreilles? Mais oui mon gros bêta s'ils n'en avaient pas ils ne voleraient pas.

Disney
Eva Green incarne Colette Marchant, une trapéziste française.

Eva Green incarne Colette Marchant, une trapéziste française.

Disney
Un numéro avec Colette (Eva Green) qui se termine dans le filet.

Un numéro avec Colette (Eva Green) qui se termine dans le filet.

Disney

De «Dumbo», le bref (une heure et quelques minutes) long métrage d'animation sorti de la ménagerie Disney (en 1941) on retient un train de fantaisie, une séquence de rêve éthylique grand cru, des corbeaux voyous, une souris coach et, bien sûr, un éléphant avec de si grandes oreilles qu'il peut voler.

On se souvient aussi du Général Joseph W. Stilwell (Robert Stack) dans «1941» de Spielberg qui ordonne à ses troupe de tenir quoi qu'il en coûte un quartier de Los Angles en plein chaos, afin qu'il puisse finir d'écraser une larme en regardant «Dumbo» dans une salle quasi déserte.

Le général Stilwell, fan de« Dumbo» dans «1941» de Steven Spielberg

On se souvient encore enfant, juste après une reprise, de son affiche grand format mais de plus en plus fanée sur un cinéma pour qui ce fut la dernière séance avant démolition.

Autant dire que même si ce n'est pas le Disney le plus prestigieux , «Dumbo» a eu la faculté de marquer les esprits, le notre en tout cas.

De Tim Burton, on se souvient d'un cinéaste graphique, pince sans rire et bricoleur, dont l'humour, l'amour des monstres et le style gothique s'exprimait au travers de costumes et de décors d'une folle poésie macabre. Aussi d'une période bénie d'apogée créative qui accoucha d'«Edward aux mains d'argent», d'une part, et de «Batman - Le défi», d'autre part.

Mais c'était il y a longtemps. L'eau numérique a depuis coulé sous les ponts, emportant avec elle une partie de l'éclat artistique de l'ex-jeune maître.

Une bande-annonce de «Dumbo» - 2019

Voilà pourquoi Tim Burton n'est plus à nos yeux plus le «génie visionnaire» tant vanté dans la bande-annonce de «Dumbo», film qui sort mercredi prochain dans les bonnes crèmeries, mais il n'en reste pas moins un habile faiseur capable d'exécuter une commande en se ménageant toujours quelques éclats.

Honnête et convenable

Dans ces limites, «Dumbo» peut même être considéré comme un cru honnête et convenable. La première partie est ainsi très «Disney»: dans une esthétique de carte-postale joliment cadrées, Burton brode consciencieusement autour du long métrage d'animation tout en introduisant des personnages inédits. Colin Farrel, en papa veuf revenu de la guerre un bras en moins, ne force pas son talent, ni Danny de Vito en patron du cirque qui héberge Dumbo et sa maman protectrice.

Tout en retenue, les enfants sont en revanche burtoniens en diable, Nico Parker en particulier dont les traits confèrent au personnage de Milly une prestance qui a l'élégance de sortir des standards hollywoodiens.

La seconde partie s'éloigne complètement du dessin-animé (tout en retenant sa morale dite de «la plume») et laisse à Tim Burton un champ d'expression plus large. Tout en restant familial, le film devient esthétiquement plus personnel malgré l'inévitable aseptisation que produisent les effets numérique employés sans parcimonie.

Eva Green forever

Ici, la toujours fascinante Eva Green, qui campe une trapéziste française avec plus d'un tour dans son sac, tire son épingle du jeu alors que Michael Keaton, en cupide patron de parc d'attraction urbain, reste bizarrement éteint.

L'ensemble se suit sans déplaisir, laisse parfois passer une petite émotion, mais ne démontre pas qu'il était urgent (en excluant la logique financière) de reformater un modeste classique du cinéma d'animation.

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