Actualisé 17.02.2020 à 14:02

Crypto AG était démasquée depuis 25 ans au moins

Espionnage

Si l'opinion publique a la mémoire courte, dans les milieux du renseignement, on ne pouvait ignorer que depuis 25 ans que la NSA était derrière. Même «Le Matin» en parlait, il y a 20 ans.

par
lematin.ch
Crypto AG dans le canton de Zoug, une société dont l'histoire ne pouvait passer inaperçue aux yeux de ses clients les plus méfiants. En tout cas depuis les années 90.

Crypto AG dans le canton de Zoug, une société dont l'histoire ne pouvait passer inaperçue aux yeux de ses clients les plus méfiants. En tout cas depuis les années 90.

Keystone

Le scandale médiatique de l'affaire d'espionnage autour de Crypto AG près de Zoug a suscité pas mal de réactions outrées, mais aussi des réactions sceptiques. La réputation sulfureuse de Crypto AG et ses liens avec les services de renseignement américains étaient connus depuis longtemps. Depuis 1992, de nombreux articles suspicieux ont été publiés autour de cette entreprise et les futurs clients de la société ne pouvaient guère les ignorer.

Un Cheval de Troie

En 1995, aux Etats-Unis, dans une édition de «The Baltimore Sun» du 10 décembre, un dossier d'une belle densité est consacré à ce sujet: «La NSA, écrit le journal, semble avoir réussi un tour de passe-passe international, aussi effronté et brillant que le Cheval de Troie de l'histoire, en instaurant une coopération secrète avec la firme suisse... L'Iran, l'Irak, la Libye et la Yougoslavie ayant acheté de l'équipement à Crypto AG n'ont jamais imaginé que lorsqu'ils codaient leurs messages avec les Suisses, ils envoyaient peut-être une copie facilement décryptable directement à la NSA.»

Article prémonitoire

Malgré les dénégations de Crypto AG, on peut s'imaginer qu'à cette période, les services de renseignement du monde entier devaient connaître les accusations qui pesaient sur la firme suisse et réfléchir à deux fois avant de lui passer commande. La suite de l'article du «Baltimore Sun» est presque prémonitoire: «De nombreux détails des accords entre Crypto AG et la NSA ne sont pas connus, observe le journal américain, y compris quand cette coopération a commencé, si elle a pris fin et quelles machines étaient impliquées. Toute l'histoire ne sera connue que lorsque les documents secrets américains seront déclassifiés, probablement bien après la fin du siècle.» Et c'est ce qui s'est passé avec le document «Minerva» qui a servi de fil rouge au documentaire réalisé par la SRF et diffusé la semaine dernière par «Temps Présent».

Dans «L'Hebdo» et «Le Matin»

D'autres articles ont été publié dans la presse helvétique dans les années qui ont suivi, notamment dans le magazine «L'Hebdo» et dans «Le Matin». Cependant un certain doute doute était toujours permis, puisque Crypto AG niait toute implication avec la NSA. Aujourd'hui, grâce à la déclassification du dossier, le doute n'est plus permis. Mais il serait étonnant que les dirigeants de cette entreprise et les plus hautes autorités helvétiques ne se soient pas davantage intéressés à cette société. Il serait tout aussi étonnant qu'ils aillent jusqu'à prétendre aujourd'hui qu'ils en ignoraient tout.

Dans cette dépêche de l'ATS du 24 février 2000, reprise dans l'édition du «Matin», la mainmise des services secrets américains sur l'entreprise est établie de la même manière qu'aujourd'hui. Mais sans la confirmation de la NSA. (Image: Facebook/Étonnant dans le temps)

Dans cette dépêche de l'ATS du 24 février 2000, reprise dans l'édition du «Matin», la mainmise des services secrets américains sur l'entreprise est établie de la même manière qu'aujourd'hui. Mais sans la confirmation de la NSA. (Image: Facebook/Étonnant dans le temps)

Eric Felley

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