Publié

quitationCSO - FEI/GCT: derrière les sigles, deux mondes s'affrontent (PAPIER D'ANGLE)

Par Astolfo CAGNACCI Paris, 12 juin 2015 (AFP) - La trêve n'a pas duré entre le Global Champions Tour (GCT), circuit majeur de saut d'obstacles, et la Fédération équestre internationale (FEI) qui lui interdit de lancer une nouvelle compétition par équipes multinationales sponsorisées, une menace pour la plus que centenaire Coupe des nations.

Une plainte a été déposée devant l'autorité belge de la concurrence, "visant le comportement anti-concurrentiel de la FEI qui abuse de son pouvoir de régulateur sportif", explique à l'AFP Me Filip Tuytschaever, un des deux conseils du plaignant. Derrière les mots et le cadre juridique, se pose le Néerlandais Jan Tops, redoutable homme d'affaires au physique giron. Champion olympique par équipes de CSO en 1992, le natif de Valkenswaard (sud) est devenu au fil des ans un marchand de chevaux incontournable avant de créer en 2006 le GCT. Entraîneur-conseiller de l'équipe du Qatar, M. Tops, par ailleurs époux de la cavalière australienne Edwina Alexander, est le grand manitou du saut d'obstacles, selon un fin connaisseur du milieu. La FEI a fini par approuver le circuit privé en 2007, faute de pouvoir contrecarrer une initiative plébiscitée par les cavaliers pour des raisons financières évidentes. Le GCT, qui génère des revenus de plusieurs dizaines de millions d'euros, a distribué en 2014 9 millions d'euros aux pilotes , sans compter les bonus. La compétition, ouverte aux 40 meilleurs cavaliers mondiaux, plante son décor dans les villes de prestige (Shanghai, Anvers, Paris, Rome) et autres localités empreintes de bonne société (Cannes, Estoril, Chantilly). M. Tops a vendu l'an dernier la moitié de ses parts au milliardaire américain Frank McCourt, ce qui a permis de lancer à Miami Beach l'édition 2015 d'un circuit qui compte désormais 15 étapes. Le couple Tops-McCourt entrevoit l'énorme gisement encore inexploité du saut d'obstacles, en raison de l'émergence de nouveaux marchés (Moyen-Orient, Asie) et de recettes publicitaires qui ne demandent qu'à exploser avec une couverture télévisée plus conséquente. Alors, pour injecter plus de dynamisme dans le CSO, les patrons se sont lancés sur la piste de la F1, mais avec des chevaux en chair et en os. Chaque écurie serait constituée de quatre cavaliers sans unité de pays, sous le parrainage de grandes marques de luxe ou d'automobiles, très friandes du CSO. Cela contraste avec la vénérable Coupe des nations et ses codes -défilé des équipes derrière les drapeaux et au son des hymnes nationaux-, qui date du début du XXe siècle. Pour conserver son pré-carré, la FEI se prévaut d'une clause d'exclusivité. Celle-ci prévoit qu'un cavalier ne peut participer à un évènement non homologué par la FEI pendant les six mois précédant sa participation à un concours FEI. Dans l'attente que la justice belge se prononce, les cavaliers hésitent pour le moment à donner un avis tranché. "Cela va un peu à l'encontre des Coupes des nations. Mais certains peuvent être tentés s'il y a plus d'argent", remarque le Normand Patrice Delaveau, double vice-champion du monde (individuels/équipes) en 2014 à Caen. "Ce seront les sponsors et non plus les propriétaires, qui ne l'étaient déjà pas beaucoup, qui seront mis en valeur avec ce système", s'inquiète Geneviève Mégret, un des plus importantes propriétaires français. "Ce serait la fin de toutes les choses patriotiques auxquelles je suis attachée. Il faut aussi penser aux chevaux. Mais il y a aussi des choses à faire évoluer", ajoute la propriétaire de l'amazone Pénélope Leprévost. asc/abl

(AFP)

Votre opinion