Football: Cuadrado: «Jouer sur l'aile, c'est avoir l'amour du déséquilibre»

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FootballCuadrado: «Jouer sur l'aile, c'est avoir l'amour du déséquilibre»

Juan Cuadrado nous a accordé une interview dans le cadre de sa visite au Lunch de la fondation Gilbert Facchinetti. Confidences du Colombien de la Juventus avant la finale de la Ligue des champions face au Real.

par
Stéphane Combe
Juan Cuadrado a joué un rôle déterminant dans la victoire face au Barça en quarts de la LdC

Juan Cuadrado a joué un rôle déterminant dans la victoire face au Barça en quarts de la LdC

Keystone

Juan Cuadrado, la Juventus n'est plus qu'à une marche d'un fabuleux triplé Ligue des champions, Coupe et championnat. Ce match face au Real, c'est le plus important de votre vie?

Je suis en tout cas conscient que l'on peut marquer l'histoire. Le Real a déjà remporté trois trophées cette saison (ndlr: Supercoupe d'Europe, Mondial des clubs et Liga), et nous deux. Vu la forme des deux équipes, on peut dire que le vainqueur sera le roi de l'Europe.

Depuis deux mois, vous enchaînez les matches décisifs. Quel est le secret pour repartir au combat?

Quand tu joues à la Juventus, tu sais que la probabilité est grande de jouer plusieurs finales en fin de saison. Dans un sens, c'est un avantage car tu peux t'y préparer. Tu sais que le club a l'objectif de tout gagner, tout le temps. L'inconvénient, c'est la fatigue accumulée, mentale surtout. Il faut recommencer de zéro à chaque fois. Mais notre motivation est telle qu'on oublie cette fatigue.

Si vous deviez donner la plus grande force de cette Juventus 2016-2017, quelle serait-elle?

On parle beaucoup de la qualité de notre défense, mais c'est un tout. Chacun d'entre nous a une forte mentalité de vainqueur. On applique un principe simple, qui est que personne n'est plus fort que l'autre au sein de l'équipe. C'est ce qui nous permet de former une famille sur le terrain et en dehors. Et puis le système fonctionne bien.

Justement, Massimiliano Allegri opte depuis janvier pour un 4-2-3-1 dans lequel vous brillez sur l'aile droite. Comment définiriez-vous votre rôle?

Tant que je joue sur le côté, ça me va. Dans la tactique mise en place, le mister me demande à la fois d'attaquer et de me sacrifier si nécessaire lorsque l'on n'a pas le ballon.

D'où vos dix cartons jaunes cette saison, le total le plus élevé de l'équipe?

C'est ça. Mais cette position me correspond parfaitement. Bien sûr, ce que je préfère reste de faire la différence dans les vingt derniers mètres en dribblant. Jouer sur l'aile, c'est avoir l'amour du déséquilibre.

Derrière vous, le latéral droit est un certain Dani Alves. Un mot sur ses folles performances face à Monaco?

Il a été phénoménal depuis quelques mois. Ça fait plaisir car il avait connu quelques problèmes à son arrivée du Barça. Mais on connaissait ses forces et il s'est beaucoup battu. On voit lorsqu'il s'amuse: il te passe toujours le ballon au bon moment.

Vous êtes de nombreux Sud-Américains parmi les titulaires réguliers de la Juventus (ndlr: Cuadrado, Alves, Sandro, Dybala et Higuain), y a-t-il un peu de rivalité continentale entre vous?

Au contraire, je dirais que nous sommes d'autant plus amis. On parle la même langue ou presque et on apporte de la joie au quotidien. Même si l'Italie est mon deuxième pays, notre culture est plus souriante. Dani Alves met toujours la musique à fond, Paulo Dybala adore danser et nous taquiner toute la journée. On est un peu une petite famille dans la grande.

Avant l'arrivée de Dani Alves, votre compère derrière vous sur l'aile droite était un Suisse, Stephan Lichtsteiner…

Stephan fait partie de ceux qui ont connu les six titres nationaux à la suite. Ça en dit long sur ses qualités. Avec lui, on a beaucoup de points communs, dont cette envie de se projeter vers l'avant dès que possible.

À 29 ans, vous êtes paradoxalement l'un des joueurs les plus jeunes de l'effectif de la Juve. Ça vous étonne?

Tant que l'on a la force de jouer à 100% durant un match entier, je ne vois aucun problème à cette moyenne d'âge élevée.

Vous trouvez donc Gigi Buffon fin prêt pour la finale malgré ses 39 ans?

Lui, c'est une légende. (Rires.) Il n'y a rien d'autre à dire. Quand tu as un gardien pareil à affronter à l'entraînement, tu ne peux que progresser.

Quel est le joueur qui vous a le plus impressionné sur un terrain?

Je vais peut-être vous surprendre, mais je dirais Borja Valero et David Pizarro, mes anciens coéquipiers de la Fiorentina.

Et quid de Cristiano Ronaldo, que vous allez affronter samedi et qui porte, comme vous, le numéro 7?

Évidemment, c'est un bon joueur. Mais ce n'est pas parce que Ronaldo a le 7 que je le porte aussi. (Rires.) Comme je suis croyant, ce chiffre est très important pour moi.

Vous priez avant les matches?

Toujours. Il y a des moments durs dans la vie. Mais si tu as la foi, si tu fais confiance à Dieu, tu en retires une force supérieure.

Une force qui vient aussi de votre père, assassiné dans la rue alors que vous aviez quatre ans?

(Bref silence.) Ma mère a servi de père et mère. Elle m'a beaucoup aidé. L'absence de mon père, je l'ai convertie en rêve pour ma famille et ma vie. J'ai toujours senti que mon père allait m'aider différemment. Je n'ai plus mon père terrien, mais j'ai toujours mon père éternel. C'est en puisant là ma force que mes rêves se sont réalisés. Chaque matin, je me lève en ressentant cette relation père-fils. Ce n'est pas une relation religieuse, c'est une amitié avec un père. Ce père, ou Dieu, appelez-le comme vous le voulez, est un refuge.

Vous avez déjà créé votre propre fondation en Colombie. Que faites-vous exactement?

Nous avons 150 jeunes dans une école de football, où nous dispensons aussi des cours de théâtre et de musique. Je finance le tout, mais le plus important est ailleurs. Souvent, les enfants ne me demandent pas de jouer au football avec eux, mais de les prendre dans mes bras et de les écouter. Le 24 juin, nous organisons un match de bienfaisance pour eux à Medellin avec de grandes stars colombiennes et mon ami Paul Pogba.

La Juventus vient de lever l'option d'achat, après votre prêt payant de deux ans par Chelsea. Vous aviez déjà fait l'objet d'une copropriété entre Udinese et la Fiorentina, vous vous sentez parfois comme une voiture en leasing?

(Rires.) Disons que je ne m'en préoccupe pas au quotidien, d'autant que ça fait déjà deux ans que je suis à la Juventus et que je m'y sens très bien. Je suis heureux d'y rester.

Mais un retour en Premier League ne vous intéressait pas? La presse anglaise avait laissé entendre que Conte, qui vous avait raté à la Juve, souhaitait éventuellement vous récupérer.

Je n'ai pas spécialement suivi les rumeurs. En Angleterre, j'ai vécu une belle période avec Chelsea, mais sans obtenir beaucoup de temps de jeu. Il y avait des clauses dans le contrat qui sont entrées en vigueur et je suis ravi de continuer trois ans à Turin.

Que peut-on vous souhaiter pour votre suite avec la Juventus?

Continuer à rêver. Et gagner la «Champions» samedi.

Et la Coupe du monde 2018 avec la Colombie?

Ce serait le rêve absolu. On a une superbe équipe aussi, alors qui sait?

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