Emmurée: D. a avoué à sa fille où était le corps de la mère

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EmmuréeD. a avoué à sa fille où était le corps de la mère

Le 23 octobre, le cadavre de la femme de D.* était retrouvé dans une cavité sous leur maison d'Orbe. La chronologie des faits et des détails capitaux se font jour.

par
Evelyne Emeri
D. est soupçonné d'avoir dissimulé le corps de son épouse, M.-L., sous le vide sanitaire des escaliers de l'entrée (derrière les planches).

D. est soupçonné d'avoir dissimulé le corps de son épouse, M.-L., sous le vide sanitaire des escaliers de l'entrée (derrière les planches).

Yvain Genevay

Depuis la découverte de la défunte dans un sous-sol expressément fabriqué sous les escaliers de l'entrée de la maison, le procureur chargé de cette macabre affaire, Laurent Contat, est toujours resté sur la réserve. Soucieux de mener ses investigations avec la police de sûreté loin de l'agitation populaire et médiatique. Contacté par téléphone, il confirme toutefois «que l'autopsie du corps de la victime est terminée. Et qu'elle n'a effectivement pas permis d'établir ni les causes ni les circonstances du décès. D'autres analyses, notamment toxicologiques, vont être entreprises.»

Fortement soupçonné d'avoir fait disparaître son épouse et de l'avoir emmurée dans une cache sous leur demeure d'Orbe (VD), D.*, 51 ans, n'a pas quitté sa cellule de détention provisoire depuis son arrestation dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 octobre. Le parquet lui a notifié la qualification des actes qui lui sont reprochés. «A ce stade, il est prévenu de meurtre, subsidiairement d'omission de prêter secours, et d'atteinte à la paix des morts», précise le magistrat vaudois. Qui en restera là.

Des doutes durant des semaines

Grâce à une source proche de l'enquête, nous avons pu reconstituer la chronologie qui a abouti à la découverte du cadavre de M.-L.*, épouse de D. Ainsi, jeudi 20 octobre en fin de journée, la fille du couple – qui a quitté le Nord vaudois il y a trois ans pour la France voisine – se rend à Orbe avec ses trois enfants. Elle-même a vécu quelque temps dans cette dépendance délabrée et lugubre, située sur la parcelle du vétuste manoir de Montchoisi. A l'étranger au moment des faits, son frère de 19 ans y résidait toujours (il est actuellement chez des amis). Depuis mi-juillet, sa grande sœur de 29 ans n'arrivait plus à joindre sa maman au téléphone – elle ne venait que rarement voir ses parents. Son père la rassurait en lui disant que sa mère allait bien, qu'elle voyageait. Des explications évasives qui suscitent de gros doutes. Elle sait sa maman fragile, borderline et suicidaire.

A son arrivée, son papa est seul, comme depuis de trop longues semaines. Pas la moindre trace de M.-L. Le lendemain, il lui avoue que sa maman est décédée et lui indique où elle se trouve. Sous l'escalier. La jeune femme est sous le choc. Et reste dormir sur place avec ses enfants. Le samedi 22 octobre, en fin de journée, elle quitte les lieux avec les siens, discrètement, sans dire au revoir, et file chez sa meilleure amie à Chavornay (VD). Son compagnon l'y rejoint. Après deux heures de discussion, face à une décision kafkaïenne, elle se résout à appeler le 117. Trois policiers la rejoignent à Chavornay et l'interrogent durant quatre heures sur les révélations que lui a faites son père.

Les forces de l'ordre partent au domicile du suspect tard dans la nuit. L'homme est là, il n'a pas cherché à fuir. Le dimanche, le domaine est envahi par la police cantonale, l'identité judiciaire, les légistes, le procureur. Et des machines de chantier. Les fouilles dureront plusieurs heures pour déterrer la dépouille ensevelie de cette femme de 55 ans.

D. avait, depuis peu, construit un couvert en bois devant la maison. Pour sa voiture, disait-il. Et précisément sur le rectangle de terre qui jouxte le vide sanitaire en béton sous les escaliers du perron: la future sépulture de la mère de famille. Là où les enquêteurs l'ont retrouvée. Emmurée. Les voisins n'ont même pas été surpris par cette nouvelle construction dont l'entrée était souvent bâchée. Ils ne s'étonnaient plus de rien, la demeure et ses alentours étaient dans un tel état d'abandon. Ils toléraient ce locataire qui ne payait plus son loyer depuis quatre ans et qui vivotait de petits boulots, parce qu'il rendait service aux propriétaires (courses, entretien des extérieurs…).

Elle voulait en finir

Ce fait divers effroyable revêt des éléments particulièrement troublants qui donnent une tout autre appréciation qu'un «simple» homicide. Le couple était séparé depuis trois ans et continuait à vivre sous le même toit. Monsieur surprotégeait madame et peinait à la laisser partir, malade, malheureuse depuis l'enfance, avec un parcours de vie extrême. Selon nos informations, M.-L. voulait en finir, elle n'en pouvait plus. Elle avait aussi des désirs précis par rapport à sa mort. Elle était terrorisée par l'incinération, elle avait été grièvement brûlée, petite. Elle ne voulait pas non plus être enterrée.

Comment la conjointe de D. est-elle morte? Dans quelles circonstances? D. l'a-t-il aidée à partir? Est-elle passée à l'acte? Est-ce un accident? Il n'y aurait jamais eu de violences physiques entre eux. A cause de sa maladie, c'est elle, au contraire, qui aurait pu avoir des excès. Son mari a-t-il caché son corps sous l'escalier en lui construisant un tombeau pour répondre à ses exigences morbides? Par amour?

Pas de plainte des enfants

Pour les deux enfants de M.-L. et de D. qui ne souhaitent pas s'exprimer publiquement, la situation est dantesque. Excepté le fait qu'ils n'ont pour l'heure aucune réponse, la sœur a dénoncé son père et l'a mené en prison. Et son frère cadet, qui vivait avec ses parents, ne s'est pas méfié de l'absence de si longue durée de leur mère. Il a du reste été auditionné durant huit heures par la Sûreté dès son retour de vacances.

Dénoncer son propre père et supporter le départ d'une maman, coup sur coup et dans ce contexte-là, terrifiant. Une fratrie si tiraillée, si disloquée qu'elle préfère ne pas avoir accès au dossier d'enquête. Plutôt que de porter plainte.

* Nom connu de la rédaction

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