19.11.2020 à 20:39

BasketballDamien Leyrolles: «On apprend à chaque match»

Le sélectionneur de l’équipe de Suisse féminine dresse un bilan positif de la dernière fenêtre international, comptant pour les éliminatoires de l’Euro 2021. Et se projette sur la suite.

von
Brice Cheneval
Resté en quarantaine, Damien Leyrolles n’a pu diriger son équipe lors de la dernière fenêtre internationale, disputée à Sarajevo.

Resté en quarantaine, Damien Leyrolles n’a pu diriger son équipe lors de la dernière fenêtre internationale, disputée à Sarajevo.

KEYSTONE

Avant de se focaliser sur l’équipe, parlons de vous. Après avoir été testé positif au Covid-19, vous avez été contraint de rester en quarantaine et vous n’avez donc pas pu accompagner vos joueuses dans la bulle de Sarajevo (Bosnie-Herzégovine). Comment allez-vous aujourd’hui?

Ça va très bien. Ce qui est frustrant, c’est que quand l’équipe s’est envolée pour la Bosnie, je me sentais en pleine forme! J’ai été testé positif le 30 octobre puis une deuxième fois le 6 novembre. Mais entre-temps, je n’avais plus de symptômes. Ne pas pouvoir participer à une compétition qu’on prépare depuis de longues semaines, c’est rageant. Là, ça l’était d’autant plus que je n’étais pas au fond de mon lit. Entre les deux matches (ndlr: contre la Russie le 12 novembre puis l’Estonie le 14), j’ai pu retourner travailler.

Avez-vous craint que votre absence déstabilise vos joueuses?

Non, j’avais vraiment toute confiance en Domenico Marcario (ndlr: son habituel assistant, qui a assuré l’intérim). Cela fait un petit moment qu’on bosse ensemble. Il a coaché les U18 puis les U20 les années précédentes, il suit donc la génération qui forme notre équipe senior aujourd’hui. Après, c’est sûr qu’il s’est retrouvé médiatiquement plus exposé et ce n’est jamais facile. Mais point de vue connaissances et compétences, je n’étais pas du tout inquiet.

Quel bilan tirez-vous des deux matches face à la Russie (défaite 42-98) et l’Estonie (victoire 63-60)?

Globalement, c’est une fenêtre très positive. Le contexte était particulier, il nous manquait deux joueuses majeures (ndlr: Marielle Giroud et Nancy Fora, testées positives au Covid-19), l’équipe a pu très peu s’entraîner... Mais on a vu qu’il y avait des joueuses capables de se mettre au niveau.

Quel goût vous laisse cette gifle infligée par la Russie?

On savait qu’on ne régatait pas dans la même catégorie. La Russie est une nation majeure du basket, toutes les joueuses ou presque sont pros alors que nous ne sommes encore que des amateurs… Mais on apprend à chaque match. Sur les dix joueuses qui ont débuté, trois effectuaient leurs débuts au niveau international: Cloé Marie, Virginie Bruchez et Tatiana Streun. Cela leur a permis de se rendre compte de ce qu’est le très haut niveau. Si on avait pu compter sur nos joueuses majeures, l’écart n’aurait pas été aussi important mais on n’aurait pas gagné pour autant. On n’arrivera jamais au niveau de la Russie mais ce match nous a donné des indicateurs pour rivaliser avec d’autres équipes.

Il y a ensuite cette belle réaction devant l’Estonie…

Après la Russie, les joueuses auraient pu sombrer. Mais elles ont relevé la tête, ont fait preuve de solidarité. Domenico a aussi su trouver les ressources pour les remotiver, le mérite lui revient. Je suis très content de cette victoire car elle récompense l’équipe mais aussi le staff. On était quand même mené de 7 points à la pause. Dans un match où on savait qu’il y aurait peu de points, c’est compliqué. On aurait pu se liquéfier mais on est monté d’un cran défensivement, ce qui nous a donné du rythme devant. On ne peut pas dire qu’on ait fait un match parfait, loin de là, mais dans l’envie ça l’était. À l’arrivée, on a battu deux fois l’Estonie dans ces éliminatoires, équipe censée être plus forte car mieux classée au classement mondial (ndlr: l’Estonie est 60e, la Suisse 65e).

«Après la Russie, les joueuses auraient pu sombrer. Mais elles ont relevé la tête, ont fait preuve de solidarité. »

Damien Leyrolles

Vous avez également pu compter sur la montée en puissances de certaines joueuses, à l’image de Charlotte Kohler et Evita Herminjard…

Ça, c’est bien. Cela montre qu’on peut compter sur de jeunes joueuses prometteuses. Marielle Giroud n’est pas éternelle (ndlr: 32 ans), il faudra bien qu’il y ait de la relève derrière. Cette génération doit assurer le présent et l’avenir de l’équipe féminine.

Sur l’ensemble de ces deux matches, qu’est-ce qui vous a plu et moins plu?

Il y a une qualité qu’on ne pourra pas nous enlever: notre solidarité. On a toujours répondu présent à ce niveau-là. Nous, le staff, martelons que cela peut nous aider à gagner des matches, même si ça ne représente qu’un petit pourcentage. En revanche, techniquement on a des lacunes et on le paye cash. Notre championnat étant ce qu’il est, les joueuses doivent acquérir de l’expérience internationale pour pouvoir régater avec les autres nations. Au niveau de la taille, c’est compliqué également. Il nous manque de grands gabarits. En même temps, cela nous pousse à travailler différemment, à s’orienter vers un style plus agressif que les autres.

«Il y a une qualité qu’on ne pourra pas nous enlever: notre solidarité. On a toujours répondu présent à ce niveau-là»

Damien Leyrolles

Les éliminatoires s’achèveront lors de la prochaine fenêtre internationale, en février, où vous affronterez la Bosnie puis la Russie. Ces deux équipes vous devancent actuellement d’un point au classement du groupe, ce qui rend la qualification mathématiquement accessible…

Comptablement, on n’a rien de plus à tirer. Ce sont deux équipes bien meilleures que nous, contre lesquelles on a aucune chance. D’autant que comme elles sont à la lutte pour la première place et que la différence de points compte, elles voudront toutes les deux nous infliger la plus grosse défaite possible. Mais on ne va pas se présenter en victime expiatoire. On doit se servir de cette fenêtre pour la suite, pour continuer à progresser. Il faudra en profiter au maximum pour emmagasiner de l’expérience. L’objectif étant, à terme, d’être en mesure de participer au championnat d’Europe 2025. Pour 2023, ce sera peut-être un peu trop tôt. Mais on a bon espoir que notre jeune génération arrive à maturité deux ans plus tard…

Le point au classement

Après quatre matches, la Suisse occupe la troisième place du groupe C de ces éliminatoires, avec deux victoires (contre l’Estonie) et autant de défaites (face à la Russie et la Bosnie). L’équipe de Damien Leyrolles totalise six points, soit un de moins que les deux premiers, la Russie et la Bosnie, séparés à la différence de points (+89 pour les Russes, +54 pour les Bosniaques).

Mathématiquement, la Suisse peut encore se qualifier pour la phase finale de l’Euro 2021. Cela semble toutefois peu probable puisqu’elle devrait boucler sa campagne en tête de son groupe. Respectivement 12e et 39e au classement FIBA, la Russie et la Bosnie sont aujourd’hui bien trop fortes.

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1 commentaire
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Sigismond Lamy

19.11.2020 à 20:52

Passionnant, tout simplement passionnant... Tous ces articles dans le Matin qui nous font vibrer au quotidien, c'est quand même fantastique... Pourquoi lire Hugo, Tolstoï, Goethe, Platon quand on a accès à une telle manne littéraire ??