Hockey sur glace - Daniel Manzato s’en va avec «un pincement au cœur»
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Hockey sur glaceDaniel Manzato s’en va avec «un pincement au cœur»

Le portier broyard, qui a disputé de beaux play-off avec Ge/Servette, revient sur «une saison formidable» qu’il n’oubliera pas de sitôt.

par
Christian Maillard
Daniel Manzato a tout donné dans sa cage avant de partir à Berne.

Daniel Manzato a tout donné dans sa cage avant de partir à Berne.

Eric Lafargue

Il y a forcément des trémolos dans la voix et beaucoup d’émotions. Même si son expérience a été courte avec Ge/Servette et spéciale durant cette pandémie avec des matches à huis clos et des mises en quarantaine, Daniel Manzato n’oubliera jamais son passage sous le tricot grenat, qui s’est terminé de manière intense en finale vendredi dernier à Zoug.

Le Vaudois, qui a fini son aventure dans la cage des Aigles, a eu droit encore à un vibrant hommage, lors du retour des héros, dans la nuit, où plus de 200 supporters genevois attendaient le car aux Vernets. Le portier, qui avait remplacé au pied levé Gauthier Descloux durant ces play-off, a eu droit à une émouvante ovation devant cette patinoire qu’il aimait tant. De quoi lui laisser encore plus de regrets de quitter un groupe qui l’appréciait également, lui qui évoluera à Berne la saison prochaine. Le gardien broyard de 37 ans, qui laissera sa place au jeune Stéphane Charlin (20 ans), revient sur ces beaux moments qu’il a vécus durant un an au bout du lac.

‹‹On peut avoir un peu de déception mais pas vraiment de regrets car on a tout donné. Je suis convaincu toutefois que cette finale aurait pu tourner de notre côté au premier ou au deuxième match si nous avions pu prendre une fois l’avantage››

Daniel Manzato, à propos de la finale perdue contre Zoug.

Daniel, il manquait peu de chose pour que vous quittiez Genève avec une médaille d’or autour du cou. C’est quoi votre sentiment, quelques jours après cette finale perdue à Zoug?

On peut avoir un peu de déception, mais pas vraiment de regrets, car sur la glace on a tout donné et on ne pouvait pas en faire plus. Je pense qu’il a manqué un tout petit quelque chose qui s’appelle la réussite.

Êtes-vous d’avis que c’est lors du premier ou du deuxième match de la série que vous avez manqué le coche?

Je suis en effet convaincu que cette finale aurait pu tourner de notre côté au premier ou au deuxième match, et même au troisième, si nous avions pu prendre une fois l’avantage. Mais voilà, la baraka qui nous avait accompagnés lors des deux tours précédents avait disparu. Maintenant, si c’est décevant de perdre en finale, il faut aussi reconnaître qu’on a affronté un adversaire redoutable, qui a dominé toute la saison régulière et qui avait aussi un peu d’expérience en plus que nous.

Grégory Hofmann, qui a marqué le seul but lors de l’acte I, a su, comme ses coéquipiers zougois, faire la différence dans cette finale devant Daniel Manzato.

Grégory Hofmann, qui a marqué le seul but lors de l’acte I, a su, comme ses coéquipiers zougois, faire la différence dans cette finale devant Daniel Manzato.

Eric Lafargue

Peut-être aussi que Zoug, qui n’avait pas été si convaincant en quart et en demi-finale face à Berne et Rapperswil, a su monter en puissance et mettre le turbo en finale, avec plus de profondeur que vous, non?

C’est aussi limpression que jai eue dès le début de cette finale. Les Zougois, qui avaient bien étudié notre jeu, se sont surtout montrés très physiques contre nos meilleurs joueurs avec un impact incroyable. Mais dans notre équipe nous savions qu’on allait affronter un tel adversaire. Maintenant, je le répète, si nous avions marqué le premier but lors de l’acte I, cela aurait pu changer la donne. Après, on a fait malgré tout un beau parcours…

‹‹En parlant beaucoup entre nous on s’est poussé chacun vers le haut. C’était notre force.››

Daniel Manzato, à propos de sa collaboration avec Gauthier Descloux et Sébastien Beaulieu.

Comment avez-vous vécu cette magnifique saison avec Ge/Servette?

Même si je n’avais pas joué ces derniers matches, c’était pour moi une année formidable. Honnêtement, ce n’était pas prévu que je me retrouve devant la cage durant ces play-off. Gauthier avait été si extraordinaire durant la saison. Avec lui, avec notre entraîneur Sébastien Beaulieu et à la fin avec le jeune Stéphane Charlin, nous avions un groupe de gardiens très soudé. Nous avons eu énormément de plaisir à travailler ensemble. C’est ce qui a fait que nos performances étaient intéressantes. En parlant beaucoup entre nous, on s’est poussé chacun vers le haut. C’était superenrichissant.

Et soudain, Gauthier Descloux s’est blessé contre Fribourg, lors de l’acte IV des play-off aux Vernets. Comment avez-vous réagi?

Après sa superbe année et la relation que nous avions tissée, au début j’étais surtout déçu pour lui. Si je ne le connaissais pas trop à mon arrivée à Genève, c’est vite devenu un ami proche. Or, dès le moment où j’ai dû le remplacer, je me suis dit que l’équipe allait m’aider à faire le maximum. Mais j’étais prêt car cette situation-là, on l’avait prévue tous les jours dans la saison avec Sébastien Beaulieu au cas où il y aurait une blessure. Du coup, au moment d’entrer en jeu, je n’ai pas ressenti de pression particulière, dans la mesure où le travail dans l’ombre avait été énorme.

Il y avait une grande amitié entre Daniel Manzato et Gauthier Descloux…

Il y avait une grande amitié entre Daniel Manzato et Gauthier Descloux…

Eric Lafargue

Gauthier Descloux, que nous avons croisé après la finale, nous a dit que vous aviez été pour lui une belle découverte. Il va également vous regretter…

C’est pareil pour moi! Il n’y avait aucune concurrence entre nous. Au contraire. Nous n’étions pas au même stade de notre carrière, lui au début où il s’affirme comme un des meilleurs en Suisse, et moi proche de la fin. Au-delà des résultats, mon but était de vivre une belle aventure et de donner mon maximum à ce groupe de Ge/Servette et c’est ce qui s’est passé. Avec Sébastien et Gauthier, quand nous avions des doutes, on en parlait librement et le fait d’échanger régulièrement et de se donner des trucs mutuellement, cétait notre grande force. C’est une relation qui sortait de lordinaire.

‹‹Le club a un immense talent à polir derrière Gauthier et je ne peux que comprendre ce choix››

Daniel Manzato à propos du choix des dirigeants de lancer Stéphane Charlin à sa place

Genève a décidé de poursuivre l’aventure avec le jeune Stéphane Charlin pour seconder Gauthier Descloux. Avez-vous été déçu par cette décision?

La décision a été prise assez rapidement peu avant Noël avec Marc Gautschi et Sébastien Beaulieu. Rien ne s’est fait par-derrière, on a été honnêtes entre nous. Moi j’étais prêt à continuer dans cette même configuration, mais le staff technique a estimé que c’était le moment de lancer Stéphane. Alors oui, sur le moment, quand on te dit qu’on va prendre un plus jeune à ta place, il y a un pincement au cœur, car je me sentais vraiment bien dans ce groupe où javais beaucoup de plaisir à travailler. Mais d’un autre côté, j’étais très lucide. Le club a un immense talent à polir derrière Gauthier et je ne peux que comprendre ce choix.

Vous allez rebondir à Berne, dans un grand club qui reste sur une saison compliquée. Et si vous vous retrouviez en finale contre Genève la saison prochaine?

On verra bien. Là c’est un nouveau chapitre pour moi et je ne connais pas grand-chose de ma nouvelle équipe, je n’ai pas eu énormément de contacts avec les dirigeants. J’ignore comment cela va se passer, mais cela va sûrement être une aventure intéressante, avec Philip Wüthrich. C’est également un jeune gardien que j’ai déjà vu jouer, mais je ne le connais pas très bien personnellement. Je me réjouis de collaborer avec lui. C’est un beau challenge d’échanger, j’adore ce rôle-là au niveau des gardiens.

Daniel Manzato va désormais collaborer avec le jeune Philip Wüthrich à Berne.

Daniel Manzato va désormais collaborer avec le jeune Philip Wüthrich à Berne.

Raphael Moser/Tamedia

En attendant, vous voilà en vacances…

J’ai encore des réunions avec Genève, la cérémonie de clôture et un repas avec l’équipe où je vais quitter des amis. Ce sera ensuite le moment de prendre contact avec Berne pour voir quand est prévue la préparation d’été. Et probablement quelques jours de vacances avec la famille, ma femme et mes trois enfants, ce qui me permettra de digérer cette période très intense avec un match tous les deux jours. Mais quand je repense à notre retour aux Vernets avec tous ces fans qui nous attendaient à 3 heures du matin, c’était beau et je m’en souviendrai encore longtemps.

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