Ski alpin: Daniel Yule, l'écolo qui prend l'hélico
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Ski alpinDaniel Yule, l'écolo qui prend l'hélico

Engagé pour le climat, le slalomeur valaisan ne renonce pas à se déplacer en hélicoptère pour gagner du temps.

par
Ugo Curty
Wengen
Après sa victoire à Adelboden, le technicien a rejoint le Valais par les airs.

Après sa victoire à Adelboden, le technicien a rejoint le Valais par les airs.

Keystone

Daniel Yule est devenu le slalomeur suisse le plus prolifique de l'histoire (3 succès) après sa victoire à Adelboden dimanche dernier. Depuis plusieurs mois, le Valaisan a pris de l'ampleur et peut aujourd'hui être considéré comme un ambassadeur du sport suisse au sens plus large.

Sa popularité dépasse le monde du ski, notamment grâce à son intelligence, sa personnalité attachante et son engagement pour la protection du climat. Par ses prises de position tranchées et des actes concrets, le technicien a plusieurs fois critiqué l'inertie du monde du ski sur ce sujet.

Montana - Wengen en 30 minutes

Un engagement vertueux qui ne l'empêche pas de se déplacer en hélicoptère ces derniers jours. Daniel Yule a utilisé à deux reprises un tel appareil en cinq jours, d'abord pour quitter Adelboden lundi dernier, puis pour rejoindre Wengen depuis Crans-Montana vendredi.

A titre d'exemple, un trajet entre la station du Haut-Plateau et celle de l'Oberland bernois permet d'économiser deux heures avec l'hélicoptère plutôt que le train. Mais, selon la plateforme «energie-environnement.ch», en privilégiant les airs, le voyage est alors 30 fois plus polluant pour la planète.

Comme Marcel Hirscher

Même s'il réfute le terme, Daniel Yule présente ce choix comme un «mal nécessaire». «Les gens se demandaient souvent comment Marcel Hirscher faisait pour être si fort, expliquait-il vendredi à Wengen, visiblement embarrassé par le sujet. C'est le premier qui a optimisé ses déplacements de la sorte. Quand nous faisions 10 heures de voiture pour rejoindre l'Autriche fin janvier depuis Wengen, il faisait le même trajet en jet. Je n'étais pas encore arrivé chez moi à La Fouly qu'il était déjà dans son lit en Autriche. Ce sont des petits détails qui n'ont pas forcément un impact sur une seule course, mais cumulés sur une saison, ils font une différence énorme. Ces plages de repos permettent de gagner ce dixième de seconde qui peut te faire passer de la quatrième à la première place.»

Le Valaisan n'est pas un cas isolé sur le circuit de Coupe du monde, où les meilleurs ont recours à ce genre de pratiques. Mais, c'est surtout sur le plan symbolique que le bât blesse. En mars dernier, le sportif affirmait vouloir «faire partie de la solution pour le climat» dans une interview accordée au site spécialisé «skiactu.ch».

Il appelait notamment la Fédération internationale à réduire le nombre de courses pour minimiser la pollution des déplacements «à l'image de la fédération suédoise qui cherche à avoir une empreinte carbone neutre». «Naturellement, les voyages sont inhérents à la Coupe du monde de ski, toutefois le but serait de minimiser leurs impacts.»

Actions concrètes pour le climat

Mais Daniel Yule ne se contente pas que de parler. Il effectue déjà des actions concrètes au quotidien pour minimiser sa marque sur la nature. Comme il l'a expliqué dans plusieurs interviews, il mange beaucoup moins de viande, ne voyage plus vers des destinations exotiques pour ses vacances ou participe à des actions de nettoyage des pistes au printemps. «Je ne veux donner de leçon à personne, mais simplement éduquer les gens à un phénomène que l'on ne peut plus nier, affirmait-il en avril dernier dans les colonnes du «Nouvelliste». Après, chacun peut prendre ses propres décisions en toute liberté.»

Daniel Yule a reversé la moitié du «prize money» de ses deux dernières courses de la saison dernière à l'association «Protect our winters», qui s'engage contre le réchauffement climatique. La somme a atteint 7'500 francs, notamment grâce à son podium (3e) à Soldeu.

Un certain paradoxe

Hier encore, il est apparu en double page dans le «Sonntagsblick», affirmant ne plus avoir acheté d'habits «depuis deux ans» pour éviter de consommer. «J'ai réparé mes pantoufles avec du ruban adhésif pour ne pas avoir à acheter une nouvelle paire», expliquait le skieur dans le quotidien, photo des schlaps scotchées à l'appui.

Une communication active sur le sujet qui apparaît comme paradoxale avec de polluants déplacements en hélicoptère. «Ces déplacements en hélicoptère ne me font pas plaisir en soi, a-t-il reconnu vendredi à Wengen. Mais si je veux pouvoir me battre avec les meilleurs, je suis obligé de faire ainsi. Je mets en place un projet avec des partenaires, justement pour être en mesures de compenser ce genre d'activités. Mais c'est encore trop tôt pour en parler publiquement.»

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