Finale de l’US Open - Daniil Medvedev écrit sa propre histoire
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Finale de l’US OpenDaniil Medvedev écrit sa propre histoire

Impérial, le Russe a profité d’un Novak Djokovic fragilisé par la portée de l’événement pour s’offrir son premier titre du Grand Chelem.

par
Mathieu Aeschmann
Novak Djokovic félicite Daniil Medvedev, nouveau champion de l’US Open.
Matthew Stockman/Getty Images/AFP

Novak Djokovic félicite Daniil Medvedev, nouveau champion de l’US Open.
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AFP

Le monde du tennis s’attendait à introniser un sixième immortel au panthéon des détenteurs du Grand Chelem. Il a finalement accueilli, dimanche soir, un nouveau vainqueur en Majeur. Plus léger sur ses jambes, plus libre dans sa tête, Daniil Medvedev a brisé le rêve de Novak Djokovic en remportant une finale de l’US Open à sens unique (6-4, 6-4, 6-4). Il aura donc fallu le 28e et dernier match d’une saison presque parfaite pour voir le ciel new-yorkais tomber sur la tête du Serbe. À l’image de Serena Williams contre Roberta Vinci en 2015 (à la 27e marche), tous les superpouvoirs historiques du No 1 mondial l’ont progressivement abandonné pour dérouler un tapis rouge à l’insolente confiance du Russe.

Soyons honnêtes: il y a eu défaillance ce dimanche sur le court Arthur Ashe. Mais restons justes: elle ne se serait sans doute pas produite contre un joueur moins abouti que Daniil Medvedev. Le tennis est un sport qui décline sans cesse la théorie des vases communicants. Si Novak Djokovic a tremblé au moment de s’emparer du Graal, c’est surtout parce qu’il a affronté un joueur qui a tout fait juste.

Le Russe a d’abord très bien servi –15 aces, 82 % de points gagnés derrière sa première balle - un préalable pour insérer le doute dans la tête du meilleur relanceur de l’histoire. Il a ensuite choisi la bonne tactique, profitant de sa plus grande fraîcheur physique pour envoyer d’emblée ce message à Novak Djokovic: «je ne vais rien forcer à l’échange, il faudra que tu sois capable de me déborder». Il faut du cran pour défier «Djoko» sur son terrain de la régularité et de la gestion du point. Daniil Medvedev l’a fait avec la malice d’un joueur d’échecs, neutralisant les débuts d’échange en ciblant le centre du court, le tout en arrondissant parfois sa trajectoire d’habitude si plate.

Les larmes de Djoko

Tel un boxeur cyclothymique, le Russe alternait ainsi des jeux de service violents comme une série d’uppercuts et des séquences anesthésiantes depuis sa position ultra-reculée en retour. Un manège qui laissait Novak Djokovic sans repère, soudain contraint de se ruer au filet pour fuir l’échange. Le monde à l’envers. «C’est un putain de génie, un joueur authentique qui a suivi un chemin unique», s’extasiait Gilles Simon au sujet de la science du jeu de Medvedev dans L’Équipe de dimanche. Un joueur génial, rare, un peu fou… Or ce portrait allait prendre une nouvelle dimension dans les derniers instants de cette finale.

Sur sa première balle de match (5-2), le Russe servait en effet une double faute avant de laisser filer son engagement. Au changement de côté suivant, Novak Djokovic fondait en larmes; suscitant cette ovation du «Ashe» qu’il attendait depuis des années. Malgré le score, le match se retrouvait alors pris dans un tourbillon d’émotions qui le faisait tenir en équilibre sur un fil, surtout lorsque Medvedev servit une autre double faute sur sa deuxième balle de match. Le No 1 mondial allait-il inventer une nouvelle résurrection improbable? Elle fut brisée par un dernier service gagnant dans le brouhaha d’un stade en éruption. Le Russe pouvait se laisser tomber en faisant la carpe… Douce folie.

«Novak, je suis désolé pour toi et pour tes fans… Tu jouais pour quelque chose de si grand aujourd’hui. Mais sache que, pour moi, tu es le plus grand.» L’hommage d’un Daniil Medvedev redevenu raisonnable ne consolera sans doute pas Novak Djokovic d’avoir calé si proche du plus beau des exploits. Celui du public, par contre, pansera ses plaies. «Même si j’ai perdu ce soir, vous avez fait de moi un homme heureux, remerciait le Serbe avec élégance. Je n’ai jamais ressenti cela à New York. Vous avez touché mon âme.» Certaines victoires n’ont pas de trophée.

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