Actualisé 16.03.2019 à 14:43

EscaladeDans la tête d'Alex Honnold, grimpeur oscarisé

Le Californien de 33 ans est le héros du documentaire primé lors des derniers oscars. Ce film sera diffusé le 24 mars sur National Geografic Chanel. Belle occasion de donner la parole au Mozart du «free solo».

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Laurent Grabet
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Le Californien de 33 ans a du succès et de l'argent mais il continue malgré tout à mener une vie de «SDF de l'escalade» traquant la moitié du temps des voies d'exception à bord de son van avec sa compagne.

Le Californien de 33 ans a du succès et de l'argent mais il continue malgré tout à mener une vie de «SDF de l'escalade» traquant la moitié du temps des voies d'exception à bord de son van avec sa compagne.

Laurent Grabet
«Gamin, je grimpais déjà comme ça aux arbres ou sur des bâtiments de ce genre», nous avait expliqué Honnold avec sa coolitude naturelle teintée de timidité en montrant de ses mains puissantes un locatif d'Interlaken (BE) situé derrière nous.

«Gamin, je grimpais déjà comme ça aux arbres ou sur des bâtiments de ce genre», nous avait expliqué Honnold avec sa coolitude naturelle teintée de timidité en montrant de ses mains puissantes un locatif d'Interlaken (BE) situé derrière nous.

Laurent Grabet
Primé aux derniers Oscar, le documentaire «Free solo» revient sur l'incroyable première réussie par Honnold à «El Cap» le 3 juillet 2017. Soit 900m de vertigineuse falaise granitique escaladée sans corde en 3h57mn avec la mort aux trousses...

Primé aux derniers Oscar, le documentaire «Free solo» revient sur l'incroyable première réussie par Honnold à «El Cap» le 3 juillet 2017. Soit 900m de vertigineuse falaise granitique escaladée sans corde en 3h57mn avec la mort aux trousses...

Jimmy Chin/National Geographic

«Une chute en plein solo me vaudrait de vivre les pires quatre dernières secondes de ma vie», nous avait confié pince-sans-rire Alex «no big deal» Honnold lors de son dernier passage en Suisse. Le tout dans le français impeccable que lui avait enseigné sa professeure de mère. Alex Honnold, ce nom ne vous dit rien? C’est celui d’un grimpeur professionnel américain de 33 ans un peu fou qui s’attaque à des falaises interminables en des temps parfois records mais surtout sans être encordé!

Autrement dit, le jour où le Californien chutera, il mourra! Sa discipline s’appelle le «free solo». Il s’agit également du titre d’un film qui lui est consacré et sacré meilleur documentaire lors des oscars fin février dernier. Cette œuvre bluffante, de Jimmy Chin et Elizabeth Chai Vasarhelyi, sera diffusé en primeur sur «National Geografic chanel», dimanche 24 mars.

Une IRM prouve qu’il est un «extra-terrestre»

On y voit Honnold s’attaquer à la mythique voie de «El Capitan» dans le parc national de Yosemite (Usa). Soit 900m de falaise granitique verticale dans laquelle les meilleurs grimpeurs se sont cassé les dents et dont le natif de Sacramento est venu à bout en même pas 4h le 3 juin 2017! Dans le film, on découvre, IRM à l’appui, que la peur semble n’offrir aucune prise sur l’athlète. Soumis à des images horribles ou violentes, une zone de son cerveau associée à ce sentiment est restée étrangement inactive.

Mais comme souvent, la réalité est bien plus complexe que ce que la science veut bien nous en dire. Même si sa faible inhibition pour le risque semble être en partie innée, Honnold s’est comme conditionné lui-même à dépasser sa peur. «J’ai tant ressenti ce sentiment que je l’ai finalement apprivoisé. Beaucoup de gens l’ignorent mais la peur peut se dépasser. Au final, elle se manifeste toujours dans le corps mais le mental garde le contrôle dessus et la maitrise s’installe», nous avait confié l’athlète.

Il fait «bugger» son pote valaisan

Honnold y est si bien parvenu que son amusant surnom dans le milieu est «no big deal», ce qui pourrait se traduire par «C’est pas grand-chose!». «Alex pense que rien n’est dangereux», confiait ainsi son complice Tommy Caldwell en 2015 lorsque tous deux raflèrent un Piolet d’or (ndlr : sorte d’oscar de l’alpinisme).

En un sens, le photographe et grimpeur valaisan de talent, Fred Moix, un copain d’Honnold confirme : «Je me rappellerai toute ma vie de ce jour de 2014 où j’ai vu Alex réussir un solo à vue (ndrl : à savoir sans repérage physique préalable) dans une fissure pas évidente du Val d’Orco (I). Mon cerveau buggait. Je ne comprenais pas comment il pouvait avancer avec tant de facilité dans un endroit pareil! Pour moi, Alex est le Mozart de l’escalade!»

Ni tête brûlée ni accro à l’adrénaline

Mais attention, l’Américain n’est pas une tête brûlée non plus. Il prépare minutieusement chaque solo important en procédant à des repérages avec corde, en nettoyant ses prises, en potassant les topos et en se renseignant auprès d’autres grimpeurs.

«Quand je grimpe solo, il n’y a pas de place pour les ‘’peut-être’’. Je suis toujours certain d’arriver en haut vivant. Il n’y a que ceux qui regardent mes vidéos sur YouTube en me traitant d’inconscient pour croire que je me lance comme ça!» nous avait-il confié à Interlaken.

Mais au fait, pourquoi faire tout ça si ce n’est ni pour la gloire ni pour l’adrénaline comme l’affirme Honnold? Et l’intéressé de nous répondre : «une bonne part du plaisir du solo intégral consiste à s’attaquer à quelque chose qui a l’air très dangereux et à se débrouiller pour que cela devienne safe. Bref à faire ce qu’il faut pour atteindre la maîtrise et une zone de calme…»

Le teaser du film «Free Solo 360»

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