Reportage: Dans les coulisses des sons Samsung
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ReportageDans les coulisses des sons Samsung

Comment sont conçues les notifications et autres petites musiques des différents appareils de la marque? Visite dans les studios d’enregistrement, à Séoul.

par
Christophe Pinol
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C'est ici, dans un studio d'enregistrement complet, que sont créés les moindres bips de la marque...

C'est ici, dans un studio d'enregistrement complet, que sont créés les moindres bips de la marque...

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... Les sons des smartphones – aussi bien les notifications que les sonneries, ou encore l'enregistrement de la voix coréenne de Bixby – mais également ceux des montres, réfrigérateurs et autres machines à laver.

... Les sons des smartphones – aussi bien les notifications que les sonneries, ou encore l'enregistrement de la voix coréenne de Bixby – mais également ceux des montres, réfrigérateurs et autres machines à laver.

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Voici la chambre anéchoïque, parfois aussi surnommée «chambre sourde». Une pièce complètement isolée des bruits extérieurs, dont les parois et le plafond sont surtout entièrement recouverts de dièdres, des découpes de mousse permettant d'atténuer la moindre réservation sonore à l'intérieur.

Voici la chambre anéchoïque, parfois aussi surnommée «chambre sourde». Une pièce complètement isolée des bruits extérieurs, dont les parois et le plafond sont surtout entièrement recouverts de dièdres, des découpes de mousse permettant d'atténuer la moindre réservation sonore à l'intérieur.

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Prenez un appareil quelconque… C’est avant tout son design que l’on remarque – son aspect, ses couleurs –, puis ses fonctionnalités. Mais combien d’entre nous font attention à ses différentes sonorités? Pourtant, du chuintement si caractéristique marquant l’ouverture de son smartphone, aux différentes tonalités des sonneries, en passant par la notification d’un message, ou encore l’alarme du réfrigérateur nous signalant que la porte est restée ouverte, rien n’est laissé au hasard dans les usines Samsung. Soigneusement conçus par des ingénieurs, chacun de ces sons nécessitent des semaines, voire parfois des mois de travail.

Pour comprendre comment le fabricant sud-coréen élabore les ambiances sonores de ses différents appareils, nous avons rendez-vous au Mobile Sound LAB, à Séoul, près du quartier de Gangnam. C’est ici, dans un studio d’enregistrement complet, que sont créés les moindres bips de la marque: ceux des smartphones – aussi bien les notifications que les sonneries, ou encore l’enregistrement de la voix coréenne de Bixby – mais également ceux des montres, réfrigérateurs et autres machines à laver.

S’inspirer des sons de la vie quotidienne

«On accorde une énorme importance à l’élaboration des sons de nos appareils, nous explique Nam Myoung-woo, concepteur sonore et directeur du laboratoire, en nous accueillant dans ses locaux. Aussi importante que la voix d’une personne, la musicalité d’un smartphone va nous permettre de susciter de l’émotion chez les utilisateurs, de jouer avec leur humeur, tout en véhiculant un message». En d’autres termes, les différentes sonorités d’un appareil constituent un véritable langage en soi.

Et pour être le plus compréhensible possible, quoi de mieux que de s’inspirer des sons de la vie quotidienne? Ainsi, celui qui accompagne le basculement dans l’application Samsung Pay provient du bruit d’une véritable carte de crédit tirée hors de son portefeuille, lorsqu’elle glisse sur une autre carte bancaire. Même chose pour l’ouverture du mode photo: Samsung a beau avoir stoppé la fabrication d'appareils photos, c’est le son de l’obturateur d’un de ses anciens modèles, le NX20, qui a servi avant d’être synthétisé et retravaillé.

«Pour le bruit de frappe sur le clavier, nous voulions retrouver le sentiment de pénétrer à l’intérieur d’un environnement, continue le directeur. L’idée était de reprendre le toc-toc que l’on fait en frappant à une porte avant d’entrer dans une pièce. Nous avions à ce titre enregistré tout une série de variantes différentes: un index tapant sur le sol, sur une table… En fin de compte, on a obtenu un bruit feutré assez intéressant en toquant sur le bord intérieur d’une porte».

Le son avait été créé à l’époque pour accompagner la sortie du Galaxy S6, qui renouvelait complètement la gamme avec son châssis de métal et de verre remplaçant le plastique des appareils antérieurs. Avant ça, la marque avait opté pour une orientation très organique avec le S3: un appareil ressemblant à un galet et des bruitages s’inspirant de la nature. A l’époque, c’est d’ailleurs le son d’une goutte d’eau que l’on obtenait en touchant l’écran. «On avait passé beaucoup de temps pour trouver le liquide idéal et obtenir le bruit recherché. On avait essayé avec de l’eau, du vin, du lait… En finalité, c’est le jus d’orange qui rendait le mieux. Pas avec une goutte tombant dans le liquide, comme on pouvait l’imaginer, mais plutôt celui de l’éclatement d’une bulle dans un verre».

Un langage universel

Dans son studio, Nam Myoung-woo multiplie les démonstrations et nous fait alors écouter une petite mélodie qui grimpe dans les aigus, puis la même, s’enfonçant cette fois dans les graves… «Laquelle correspond à un climatiseur dont on augmente la puissance, selon vous?», nous demande-t-il, jovial. Il enchaîne: «Si des Suisses perçoivent cette nuance aussi bien que nous, Coréens, cela prouve que l’on a bien fait notre travail. Le but étant de trouver des sons universels, qui soient aisément compréhensibles sur la planète entière».

Mais la marque de fabrique de Samsung reste encore la fameuse mélodie «Over the Horizon», composée spécialement par l’entreprise à la création de la gamme Galaxy. Six notes ascendantes qui accompagnent la réception d’un message ou constituent la sonnerie par défaut. Le thème est utilisé chaque année pour célébrer la sortie des nouveaux Galaxy S, mais systématiquement revisité par un compositeur renommé. La musique a ainsi pris au fil des ans des accents jazz, rock ou électroniques. Le nouvel arrangement est cette année dû à Steven Price, compositeur oscarisé pour la musique du film «Gravity». Un artiste qui semblait tout indiqué pour introduire les nouvelles sonorités du Galaxy S10 – très cosmique, avec ses sons éthérés et chargés d’écho – notamment à travers la nouvelle interface One UI.

«Over the horizon» version 2019

«Over the horizon» version 2017

«Over the horizon» version 2016

L’endroit le plus silencieux au monde

On a ensuite droit à une visite de la chambre anéchoïque, parfois aussi surnommée «chambre sourde». Une pièce complètement isolée des bruits extérieurs, dont les parois et le plafond sont surtout entièrement recouverts de dièdres, des découpes de mousse permettant d’atténuer la moindre réservation sonore à l’intérieur. On y teste habituellement micros ou enceintes sans qu’aucune perturbation ne vienne fausser les mesures. Ici, dans «l’endroit le plus silencieux au monde», selon Nam Myoung-woo, ce sont toutefois les téléphones et leurs sonneries que l’on pousse dans leurs derniers retranchements. Une fois la porte refermée derrière nous, l’effet est saisissant et l’on comprend alors la notion de «silence assourdissant». Dans cet environnement, l’acuité auditive s’accroît considérablement et le moindre bruit de notre corps – une déglutition comme une simple respiration – prend soudainement des proportions impressionnantes.

Reste que tous ces efforts pour garantir la qualité d’un son ou son élaboration se retrouvent réduits à néant lorsque les utilisateurs décident de passer leur portable en mode silence. Nam Myoung-woo n’en prend pourtant pas ombrage lorsqu’on lui fait la remarque: «L’utilisateur a le droit de changer son environnement sonore si ça lui chante. Les sons que l’on met à dispositions ne sont d’ailleurs que des exemples.

Récemment, en consultant les données des utilisateurs, j’ai constaté que 40% utilisent les sonneries par défaut, 30% les changent pour en adopter d’autres de la gamme Galaxy et le reste en downloadent de nouvelles ou mettent l’appareil sous silence. Pour nous, l’important est que les utilisateurs soient satisfaits». D’ailleurs, en mode silence, ce sont les vibrations qui prennent le relais. Des «sonorités» elles aussi élaborées par le service de Nam Myoung-woo, cette fois en collaboration avec le service haptique de la marque.

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